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Portrait d'une crise, suite

Publié le 13 octobre 2008 par Edgar @edgarpoe
Quelques lignes décousues sur ce que j'ai pu lire d'intéressant sur la crise récemment, en plus du papier de Stephen Roach déjà commenté.

Sur les causes de la crise, il y a les explications macroéconomiques usuelles.

Causes macroéconomiques classique


La crise signale le climax d'un problème de répartition, dans lequel la distorsion croissante de la répartition des richesses en faveur des riches diminue le pouvoir d'achat disponible moyen. Les riches ne prennent pas plus de trois repas par jour et thésaurisent, alors que les consommateurs appauvris ralentissent leurs dépenses.

Cette explication commande un remède simple : il faut relancer la demande, par des mesures visant à solvabiliser les ménages les plus démunis. Et il faudra les solvabiliser réellement, pas en les encourageant à se surendetter...

Comme l'urgence est accordée au système bancaire, il est à craindre que lorsque les problèmes bancaires seront un peu résolus, plus personne ne se souciera des ménages.

Il faudrait pourtant qu'en Chine et aux USA, les ménages se remplument et pas seulement une hyper élite épargnante. Pour cela, l'Amérique devra sans doute se décider à produire chez elle les biens qu'elle consomme, pour limiter son déficit commercial et la perte de substance économique qu'elle subit, depuis qu'elle accepte une délocalisation massive de son appareil de production.

Il y a cependant un facteur additionnel à la crise qui la rend spécifique, c'est la place de l'informatique.

L'informatique en question


Cette crise n'est pas la première crise financière. Mais ce qui la rend plus complexe c'est qu'elle est engendrée par le défaut d'un marché entièrement conceptuel : les subprimes, et les produits encore plus sophistiqués (credit default swaps et autres produits dérivés complexes) sont des produits virtuels, dont la valeur est extrêmement difficile à estimer. Si difficile en réalité que seuls des modèles mathématiques poussés permettent de définir des prix. Ces biens ont une valeur extrêmement incertaine mais un prix mathématiquement établi...

Modélisation aidant, donc, les banques ont créé une masse grandissante d'instruments financiers qui ne reposent que de façon lointaine sur des biens tangibles. Ceci n'a été rendu possible que par l'informatique. C'est l'informatique qui gère les transactions, qui valorise les portefeuilles, qui pilote et permet une activité financière croissante.

Lire Michel Volle sur ce sujet, extraits :

l’informatique a permis de lancer d’un simple clic les opérations les plus compliquées, pour peu qu’elles aient été programmées au préalable, et la simplicité de la manœuvre a masqué la complexité de l’opération. Par ailleurs les réseaux ont permis d’unifier le marché financier mondial. Il a été dès lors possible de diluer le risque en logeant les placements les plus dangereux dans les actifs apparemment les plus sûrs.

[...]

Oui, c’est l’informatique qui a permis la création d’un espace financier mondial où la distance géographique, les frontières, n’existent plus, et où tout acteur peut jouer sur toutes les « places » du monde, sur tous les actifs.

Oui, c’est elle qui a permis de diversifier et complexifier les outils, de mélanger les actifs, de telle sorte que la « toxicité », comme on le dit si bien, à pu contaminer l’ensemble des patrimoines – et de façon telle qu’il est devenu pratiquement impossible d’évaluer la portée de la contamination.

Oui, c’est bien elle encore qui a fait de l’espace financier mondial un bloc solidaire, contaminé dans sa masse même, qui ne peut tomber qu’en bloc ou pas du tout.


Dans le même sens, un article du New York Times titré l'ère des machines (The rise of the machines) contient une citation de George Dyson : “Le problème commence, comme le montre la crise actuelle, lorsque la réplication incontrôlée [facilitée par l'informatique] est appliquée à la monnaie elle-même. Les produits financiers extrêmement sophistiqués (les produits dérivés) sont issus, non de facteurs de production ou d'autres biens, mais découlent eux-même d'autres produits financiers".

L'informatique seule n'a pas suffi à provoquer la crise. Paul Craig Roberts rappelle qu'en 2004 c'est l'actuel secrétaire américain au Trésor, Henri Paulson, qui a obtenu de la SEC, l'autorité américaine de contrôle des marchés, d'assouplir les limites à l'utilisation des produits dérivés par les banques d'affaires. Roberts rappelle que la chute du fonds spéculatif LTCM, en 1998, était aussi déjà un problème de valorisation des instruments financiers. L'article s'appelle "la fin de l'hégémonie américaine"...

Il rappelle aussi que le budget du Pentagone est d'environ 700 milliards de dollars, ce qui correspond à un plan Paulson annuel - les Etats-Unis ont une défense qui leur coûte autant que toutes les autres armées de la planète ; pour autant, elle ne résiste pas à l'enlisement dans les sables irakiens et afghans. Pour lui, les Etats-Unis ne s'en sortiront qu'en effectuant des choix draconiens...

A suivre...





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