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Free man on a freight train

Publié le 12 octobre 2008 par François Monti
J’ai lu il ya déjà quelques mois déjà « Riding toward everywhere », le dernier Vollmann. Encore un essai, après « Poor people » et avant « Imperial ». Et, disons le franchement, c’est un essai mineur. Le fan de Vollmann le lira, le lecteur moyen n’y trouvera sans doute pas vraiment son compte. Il raconte ses aventures lors de voyages ou de tentatives de voyage sur des trains de fret, comme un hobo de temps lointains. Eviter les équipes de sécurité, réussir à monter ou sauter de trains en marche, le bonheur de passer des heures dans des wagons sans savoir où on va, le malheur de passer des heures dans des wagons sans savoir où on va : après cinquante pages, retour constant du même. Dans les textes journalistiques de Vollmann, ce sont les rencontres qui ont toujours été importantes. Il y en a ici de nombreuses, qui touchent ou font rire à des niveaux divers mais il manque à l’ensemble une dimension que ses précédents livres avaient. Je ne parle bien sûr pas de pages, mais bien de ces révélations constantes et fascinantes sur l’objet ou les gens étudiés ainsi que sur l’auteur lui-même. Elles sont plutôt absentes. Ceci dit, il y a quand même ici quelques phrases, quelques paragraphes donnant une image particulièrement claire du personnage et de son approche de la vie. Les plus claires, sans doute, depuis certains moments de « Rising up and rising down ». Je m’en suis souvenu en retombant par hasard cet après-midi sur quelques notes prises à la lecture. Il faut dire que la mention légale d’ouverture donne le ton : « the activities described in this book are criminally American ». Certains ne veulent pas voir en Vollmann le grand écrivain américain qu’il est pourtant, tous devraient cependant se rendre compte qu’il est aussi le grand écrivain de l’Amérique. On pourrait illustrer ce point pendant un long, long papier et ce n’est pas mon objectif mais il est évident que Vollmann fait, à travers la majorité de ses livres, le portrait de son pays. Un portrait qui n’est pas une monographie : fait de journalisme comme de fiction, de rêves et de cauchemars, de réalisme froid et de poésie baroque, son travail est celui d’une obsession, l’obsession de la liberté, cette liberté que son gouvernement dit depuis si longtemps représenter et que Vollmann cherche à retrouver et ressentir partout. D’une certaine façon séduit par l’image d’une époque dorée où l’on était plus libre, il pourrait bien être le Huck Finn du vingtième-siècle. Ce n’est pas un hasard s’il il y a dans « Riding toward everywhere » de nombreuses références à Twain et à son vagabond : il considère celui-ci comme un précurseur des hobos sur les traces desquels il se met lorsqu’il compte s’éloigner de la civilisation plastique dans laquelle il vit. De même, en courant après ces trains de marchandise, il s’éloigne, comme un fuyard, des humiliations sécuritaires des aéroports – il y a quelques scènes frappantes où il raconte le traitement subi par lui ou par son père -- et du Patriot Act. Plutôt que de vraiment rêver à l’âge d’or qu’il sait au fond de lui n’être qu’un mythe, son objectif est de rappeler à tous ce qu’a été l’Amérique, et ce qu’elle peut encore être. Plutôt qu’une simple fascination pour la marge, c’est aussi pour ça qu’il s’enorgueillit d’avoir commis tous les crimes sans victimes qui lui sont venus à l’esprit. Et c’est aussi par plus que simple opposition au matérialisme qu’il n’a pas plus de carte de crédit que d’adresse mail : il s’agit d’éviter au maximum les possibilités de se voir réduire à un certain type d’esclavage, que ce soit technologique, corporatiste ou étatique --d’où les nombreuses scènes où Vollmann perd des heures à chercher un hôtel où on acceptera un paiement cash, c’est-à-dire un hôtel où on ne le fichera pas. Pourtant, Vollmann ne perd pas conscience de sa chance de vivre à notre époque : s’il se sent moins libre qu’il l’aurait été il y a cent ans, il sait que la vie est plus facile aujourd’hui. Il ne veut pas non plus la fin de la société plastique, du moins pas avant sa mort : elle lui permet de faire ce qu’il fait par choix plus que par nécessité. Certains appelleraient ça une contradiction. C’est plutôt de l’honnêteté, un refus de se voiler la face et de faire comme si. William T. Vollmann est un homme libre, lucide, qui joue carte sur table. C’est aussi un écrivain qui ne sera vraiment compris en Europe qu’en se détachant de nos clichés sur les USA et en tachant de comprendre ce qui fait ce pays. Le paradoxe est que Vollmann nous aidera sans doute à comprendre son pays et qu’en retour son pays nous aidera à le comprendre lui. Il est un fait, par exemple, que son approche de la liberté est très américaine et demande un certain ajustement pour la plupart des lecteurs européens. C’est aussi dans cette optique-là que, malgré sa moindre importance, « Riding toward everywhere » fut un bon moment de lecture.
William T. Vollmann, Riding toward everywhere, Ecco, $26.95

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