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Arrêtez un peu de me schtroumpfer l’air avec l’Helvetica! (reloaded :-)

Publié le 13 octobre 2008 par Cdsonline

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Pour répondre au gentil concours organisé par le designer suisse Mirko Humbert ici, voici que je remets à l’honneur un petit billet d’humeur d’il y a un bout de temps, ayant totalisé à l’époque l’extravagante somme de 0 commentaire (on se demande bien pourquoi! :-) où j’évoquais deux belles polices, une “sanserif” et l’autre “serif” bien dessinées, bien balancées et à forte… personnalité : La Futura (ci-dessus) dessinée en 1925 par Paul Renner, une Géométrique Moderniste au trait bien plus subtil qu’il n’y paraît à première vue et l’Aldus (ci-dessous) dessinée en 1953 par Hermann Zapf, une Humaniste croustillante et modelée dans sa savoureuse compacité.

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Dans la grande tradition typographique, compte tenu du nombre de polices parfaitement conçues et dessinées, l’Helvetica et la Times font plutôt figure de parents pauvres, un peu “disgraziate” comme on dit dans la langue de nos adversaires footballistiques transalpins…
L’Helvetica apparaît au 20e siècle comme la re-sucée suisse d’une police “réaliste” allemande sanserif : l’Akzidenz Grotesk. Le tracé de ses premières graisses en 1956 par Max Miedinger révèle un trait monocorde, avec des ouvertures étroites, donnant l’image d’une certaine épaisseur sans raffinement, une obstination brute, grossière et mécanique. Les versions “light” apparues plus tardivement ont eu tendance à réduire les connotations de banalité obstruse de l’Helvetica sans pour autant accroître de manière significative sa lisibilité…
La Times New Roman est quant à elle une sorte de pastiche patchworkisée par Victor Lardent pour Stanley Morison à Londres en 1931. La Times se voit ainsi dotée d’un axe qui l’assimile à une police humaniste (45°) mais avec des proportions maniéristes (exagération d’épaisseurs, d’angles, de tensions…) avec du baroque dans ses graisses (contrastes excessivement dramatisés) et des terminaisons aussi sèches et aiguës qu’une fonte “néoclassique” !
Ce sont donc ces deux polices, L’Helvetica et la Times, venues au monde sans réelle personnalité affirmée, fruits du compromis et de l’adaptation opportuniste, qui sont les plus utilisées dans notre univers contemporain, et notamment les indéboulonnables résidentes du monde informatique, massivement dominé faut-il le rappeler, par l’esthétique microsofto-billgatesienne, “esthétique” étant à prendre ici au sens ironique du terme bien sûr…(à noter que pour éviter l’épineux problème du règlement des droits d’auteur, ces polices-système sont en fait des clones plus ou moins dérivés des originaux, l’Helvetica se présentant notamment sous le nom d’Arial…)
“Z’avez besoin d’une police de texte avec empattements : y a la Times !”
“Z’avez besoin d’une police de titrage sans empattements : y a l’Helvetica !”
Les deux fontes sont comme le mot schtroumpf dans le langage des Schtroumpfs, elles permettent de schtroumpfer tout ce qu’on veut. Si vous n’avez rien à dire, schtroumpfez-le donc en Helvetica ou en Times, vous ne ferez ainsi aucun tort au contenu de vos propos… et votre lecteur, comme dans toutes les bonnes ibères auberges, y trouvera ce qu’il y schtroumpfera


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