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A Bruges, on ne boit pas que de la bière...

Par Eric Bernardin

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Certains vont se dire que cette église ne ressemble pas à l'église Notre Dame, l'un des joyaux de la Venise du Nord. Et il n'auront pas tort. Nous sommes pourtant bien à Bruges, commune située dans la proche banlieue de Bordeaux. En effet, la mairie de cette ville a mis à disposition de notre club de dégustation une pièce dans la maison des associations, sise à côté de l'église Saint-Pierre.

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Au programme donc, ni bière, ni moules-frites : du vin, et rien que du vin. Accompagné du casse-croûte habituel, composé de jambon, pâté, tomates, quiches, fromages ... et de la tarte aux figues et pignons, dont j'ai donné la recette jeudi dernier. Heureusement que j'ai apporté ce dessert, car personne n'avait pensé à amener de vin doux. Il eût alors fallu achever ce repas sur l'inénarrable accord Las Cases & camembert Président.  Pas dégueu, mais pas top festif non plus...

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Avant de commencer le récit de cette dégustation, je ne peux résister à une petite digression sur les toilettes locales. Vous l'aurez compris, les toilettes, c'est ce que l'on aperçoit à droite sur la photo. Ce que vous voyez au milieu, c'est un lavabo. Mais comme tout le monde ne semble pas l'avoir compris, un petit mot écrit au dessus le précise  : ce n'est pas un urinoir ;o)

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Je pense que vous l'avez déjà compris : nous sommes des adultes responsables. Ayant onze vins à boire, nous pouvons difficilement nous passer de crachoirs. Sauf que personne n'y avait songé (pas plus qu'aux couteaux et fourchettes...). On a donc improvisé avec divers récipients trouvés sur place, dont certains assez baroques. Je n'en dirai pas plus...

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J'ai amené le seul vin blanc de la soirée. Pas vraiment neutre, comme choix. C'est l'un de vins produits par mon futur employeur : Andréa 2005, de Tirecul la Gravière. Servi à l'aveugle, il a dérouté tous les dégustateurs quant à son origine. Alsace, Bourgogne, Allemagne, Châteauneuf, Languedoc... Il faut dire que l'assemblage sémillon-muscadelle en sec n'est pas très courant.  Cela engendre un nez mélangeant des notes de chèvrefeuille à celles d'agrumes confits, le tout souligné par des arômes de pierre humide et de fumée. En bouche, c'est rond, assez gourmand, souligné par une acidité tranchante. Le tout s'achève sur des notes finement boisées et une noble amertume. Un bon vin, quoi!

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Le premier rouge a une robe opaque, légèrement tuilée. Le nez est sur la fraise écrasée, la boite à cigare, et le cuir, confirmant l'évolution certaine de ce vin. La bouche est plutôt fraîche, limpide, d'une bonne intensité, avec une finale qui se durcit quelque peu, laissant entrevoir une pointe alcooleuse. Beaucoup partent sur du Pomerol. Ils n'ont pas totalement tort puisqu'il est composé à 100% de merlot, cépage très fortement majoritaire de cette appellation. Néanmoins, on en est très loin puisqu'il vient d'Afrique du Sud. Il s'agit de Séjana 1999, vinifié par Alain Moueix. Ceux qui lisent le blog depuis très très longtemps se souviendront peut-être que j'avais dégusté le cabernet sauvignon du même millésime, Naledi (à mon humble avis un cran au-dessus).

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Le nez du deuxième vin nous emmène de suite sur un Cabernet. Cassis (fruit et bourgeon), menthe, pointe animale. La bouche est ample, mûre, avec des tannins veloutés, et une sacrée fraîcheur. Vraiment un bel équilibre! Loire et Bordeaux sont évoqués. Tout faux :  c'est un vin de Hongrie, effectivement composé de de cabernets (sauvignon à 65%, franc à 30%) et de merlot (5%). La cuvée Bock 1999, produite par Jozsef Bock. Plus connue pour ses Tokaj, ce pays semble faire des rouges qui ferait pâlir nombre de vins français...

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Les arômes du troisième vin me font penser à un vin espagnol par son côté exubérant de liqueur de mûre, d'épices exotiques et de caramel au beurre. La bouche est bien mûre, avec des tannins bien fondus. Ca se gâte un peu dans la finale, trop dure et un peu chaude. Dommage. Ceux qui le voyaient en Bordeaux avaient raison. C'est la cuvée des Cerisiers 2005 du Château de Francs (Côtes de Francs).

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Le nez du vin suivant annonce un vin d'une plus grande classe. Rien d'ostentatoire, mais dieu que c'est beau! Fruits noirs, encens, cèdre, épices torréfiés... J'adore. La bouche est d'une grande densité, avec des tannins au cordeau, une fraîcheur superbe, une trame inimitable : je connais ce vin. Je me lance :  Château Beauséjour "cuvée 1901" 2005! La personne qui l'a amené acquiesce. C'est bien lui. Je reconnais avoir un mérite limité. Depuis un an, j'ai dû boire trois bouteilles de ce vin qui à chaque fois m'émerveille (dont la dernière fois ICI).

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Pour le vin suivant, y a pas de doute, c'est un Médoc. Du poivron comme ça, il n'y a qu'eux qui savent le faire ainsi. Après, pour être précis, c'est pas évident. Bon, il n'y a pas que du poivron, il y a aussi des épices, un peu de sous-bois. Le nez m'inquiétait: je m'attendais à un vin un peu "vert". Il n'en est rien. La bouche s'avère douce, fine, d'une grande buvabilité, avec une finale ad hoc. Un vin très agréable somme toute, même si Pierrick qui l'a amené s'avoue déçu par cette bouteille (il s'est goûté nettement mieux). Ah oui, au fait, c'est bien un Médoc : Château Tour Saint Bonnet 2000.

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Là encore, le nez nous emmène en rive gauche, avec une classe au-dessus :  gelée de cassis, moka, cigare... La bouche est assez imposante, avec une belle maturité, des tannins veloutés et de la fraîcheur. Bref, un vin bien équilibré très agréable à boire. La finale "calcaire" nous oriente vers Saint-Estèphe. C'en est un : Château Phélan Ségur 2004.

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Suite à une histoire rocambolesque que je vous épargne, nous connaissons le vin que nous buvons ensuite. C'est un Daumas Gassac 1996. Longtemps considéré comme le plus grand des vins du Languedoc, sa renommée commence à pâlir, du fait d'une concurrence qui a sacrément progressé. Ce 1996 fait bien son âge : la robe est évoluée. Le nez aussi : fruits compotés, cuir, garrigue... La bouche s'avère douce, avec des tannins bien fondus mais manque un peu de puissance et de profondeur. La finale s'avère un peu "chaude". Un vin à son apogée (voire qui l'a un peu dépassée). Ceux qui en ont en cave sont invités à le boire rapidement!

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Le vin qui suit nous ramène en Médoc. Sa robe est sombre. Le nez bien mûr, encore marqué par un élevage de belle lignée. La bouche est mûre, presque moelleuse, avec une très belle matière. Les tannins sont racés, veloutés. De la bel ouvrage. Nous partons sur Pauillac. Bingo : c'est un château d'Armailhac 2005.

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Pour la plupart des dégustateurs, nous changeons maintenant de région: robe pourpre, plutôt opaque. Nez de belle tenue évoquant les fruits bien mûrs, les épices, le poivre. Syrah, pour beaucoup. La bouche a elle aussi du charme, avec sa matière charnue, son élégance et des arômes montrant une certaine évolution. Finale un peu sèche et amère sur des notes d'Havane. Dommage parce qu'il aurait pu faire partie des plus beaux vins de la soirée. Sinon, mes commensaux avaient raison. C'est bien un vin à base de syrah : c'est un Hermitage Gambert de Loche 2001

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Un bouquet final qui nous ramène en terre bordelaise : nez sur le cassis, le tabac, les épices et l'humus. Bouche de belle qualité, ronde, mûre, veloutée avec des tannins parfaitement intégrés, et une acidité qui soutient et étire le vin jusqu'à la finale de bonne persistance. Ce vin n'est pas un monstre de puissance, n'en fait pas des tonnes, mais qu'est-ce qu'il est bon! Je m'en ressers, tiens. J'ai vaguement évoqué son nom quelques lignes plus haut. C'est un Léoville Las Cases 1993. Où l'on voit que les bons domaines réussissent à faire des vins qui tiennent la route en année difficile.

Nous avons mangé ensuite la tarte aux figues qui s'est avérée aussi bonne que je l'imaginais, et ce n'est pas peu dire ;o) Ce fut la conclusion de cette belle soirée qui en annonçait une autre trois jours plus tard, mais ceci est une autre histoire...

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