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Krrish

Publié le 14 octobre 2008 par Sylvainetiret
Surprise sur prise
De temps à autre, au milieu de toute une production cherchant à montrer comment on a pensé plus et mieux que ses prédécesseurs, peut surgir une espèce de vent rafraîchissant. Apparaît alors une naïveté sans autre prétention que celle de divertir, comme mise au jour par ce vent qui balaye les scories d’un art trop cérébral. Pas grand-chose, juste un petit moment de détente qui vous transporte dans un ailleurs aux couleurs de ciel bleu, de bons sentiments, de musiques dansantes et légères. Juste de quoi se laver la tête des mille et une pleurnicheries plus ou moins sanglantes ou acides qui peuplent désormais nos écrans. « Krrish » est ce genre de surprise. Affiche Inde (krrishthemovie.com)
Perdue comme un bout de guimauve dans un pot d’oranges amères, seul représentant de la production indienne dans un Festival de Deauville 2007 du Cinéma Asiatique essentiellement porté sur le social, le sanglant, ou le sabre en tout genre, largement desservi par une affiche plus proche de celle de « Cat Woman » que de celle de « Chantons sous la Pluie », rien ne laissait pourtant espérer une telle bouffée d’air pur. En hôte attentionné, D’Ornano City n’avait pas lésiné sur l’accueil : un crachin ruisselant et glacé comme on n’en trouve qu’au nord de Reykjavík, un ciel bas à se cogner le front contre les nuages, la forêt de parapluies de la vingtaine d’aficionados battant le pavé à l’entrée du Morny, cinéma partenaire pour l’occasion. La salle au premier accueillait doucement les derniers retardataires essuyant d’un revers de ciré leurs fronts humides, et la projection démarra sans crier gare. Et là, le miracle commença.

Affiche Inde (krrishthemovie.com)


Krishna Mehra (Hrithik Roshan) est un petit garçon joufflu et surdoué dont la découverte d’un QI surnaturel plonge la grand-mère, Sonia (Rekha), avec qui il vit, dans le douloureux souvenir d’un fils devenu déjà surdoué après une rencontre avec des extra-terrestres mais dont les capacités intellectuelles le conduisirent à la fois à une carrière d’informaticien éblouissante et à une mort prématurée. Sonia décide alors de retirer Krishna du regard du monde et de l’élever seule dans une campagne reculée, au pied d’une montagne enneigée. Là, Krishna grandit à l’abri, ses pouvoirs surnaturels n’épatant que des villageois peu enclins à le dénoncer. Jusqu’au jour où débarque un groupe de randonneurs, dont la belle Priya (Priyanka Chopra), et son amie Honey (Manini M. Mishra), deux journalistes indiennes à Singapour. Après avoir sauvé la belle d’une chute de parapente, Krishna noue une amitié avec Priya, amitié ne tardant pas à se transformer en émoi amoureux. A la fin des vacances, le groupe rentre à ses occupations citadines, et Priya promet à un Krishna plus naïf que nature de garder le contact.

Affiche Inde (krrishthemovie.com)

Reprenant le travail avec quelques jours de retard pour cause d’écervellerie, Priya et Honey se retrouvent menacées de la porte et s’inventent alors l’alibi de la découverte d’un scoop qui a retenu leur attention durant ces congés prolongés : la découverte d’un jeune indien aux pouvoirs extraordinaires. Devant l’impératif de donner corps à son scoop, Priya fait venir Krishna à Singapour, en lui faisant miroiter un projet de mariage. Le naïf jeune paysan parvient à convaincre de haute lutte sa grand-mère de le laisser quitter la campagne protectrice, apprenant par là même la raison de son isolement depuis l’enfance. Confronté brutalement au monde sans état d’âmes de la ville, Krishna découvre d’une part la duplicité féminine, mais aussi d’autre part le bien que ses pouvoirs extraordinaires peuvent apporter au monde, pourvus que lui-même reste anonyme derrière le masque d’un super-héros qui prend alors le nom de Krrish. Sauvant la veuve et l’orphelin, il mettra au passage à jour le complot qui avait, en son temps, conduit à la disparition de son père, en combattant l’odieux Dr. Siddhant Arya (Naseeruddin Shah), un savant mégalomane qui rêve de dominer le monde grâce à un ordinateur capable de prévoir l’avenir.
Pour un novice en cinéma du sous-continent, il n’est évidemment pas simple de relever ce qui est propre au film séparément de ce qui est propre au genre. Il est à la mode de parler de la production de Bollywood, cet Hollywood made in Bombay, même s’il n’est pas interdit de se souvenir de glorieux prédécesseurs avec leurs styles particuliers. Néanmoins, « Krrish » sent bien plus le film commercial que l’entreprise d’auteur. Le format, inaccoutumé de nos jours, du film de trois heures avec entracte semble relever du genre. Les séquences de danse et de chant semblent également ressortir de la même catégorie, à la fois proche dans l’idée des comédies musicales américaines des années 40/50, tout en en restant loin du style sur le plan de la technique. Les danses sont sautillantes et coordonnées, sans contact excessif entre hommes et femmes. Il y manque peut-être peu de l’aspect « troupe » des productions aussi bien indiennes habituelles qu’étatuniennes classiques. L’aspect romance naïve avec fleurettes et violons semble également à ranger dans le même rayonnage. A l’opposé, l’intervention d’extra-terrestres, d’un justicier masqué aux super-pouvoirs, des effets de caméra à base de ralentis et d’accélérations subites, de mouvements plus évocateurs de jeux vidéos que de déplacements réels, … ont un air bien trop proche des standards américains pour ne pas sentir l’influence. Les scènes de bataille chorégraphiées comme des ballets d’arts martiaux fleurent le kung fu honk-kongais à plein nez. De là à voir dans le traitement une mixture de Spiderman / Matrix / Kung Fu / James Bond, il n’y a qu’un pas qu’il est bien aisé de franchir. Ceci dit, et même si le goût pour les jeunes premiers, comme à Hollywood, conduit ici à l’embauche devenant apparemment classique d’une Miss Monde dans un rôle phare (ici, c’est Priyanka Chopra qui s’y colle), la pudeur indienne (et les récents démêlés de Richard Gere sont là pour témoigner qu’il ne s’agit pas d’un faux-semblant) impose une retenue dans les ébats qui apporte une petite note désuète aux regards blasés des spectateurs occidentaux.
On en aura fini avec les généralités quand on aura dit la parenté du réalisateur, Rakesh Roshan, de l’acteur principal, Hrithik Roshan, son fils, et du compositeur, son frère. Et que ce travail de clan fait suite à un premier épisode de cette histoire, « Koi Mil Gaya » qui s’était, d’après les connaisseurs, déjà taillé un franc succès.
Que dire de plus quand on en est réduit, comme ce brave Sylvain, à découvrir le genre au travers de cet unique opus ? Peut-être en restant dans la naïveté de la découverte, celle du spectateur - comme on dit d’un patient recevant de la morphine pour la première fois qu’il est naïf de morphine – faisant pendant à celle de cette histoire en forme de bluette surannée. Et, pour dire les choses simplement, comme il est agréable de se retrouver dans cet univers d’enfance de façon assez inattendue en sortant quasiment de la projection de « Still life » ! Contraste saisissant et rafraîchissant. Environ trois heures de projection, un entracte expédié à la vitesse de l’éclair pour cause de contrainte de programmation et d’absence de publicité dans le cadre du festival, et pourtant aucun ennui, aucune lassitude devant les bondissements et les sourires bêtas de sautillants jeunes gens qui prennent manifestement plaisir à nous trimballer dans une bande dessinée colorée et à l’exotisme mâtiné de modernité occidentale. Les danses juvéniles du héros musculeux comme un culturiste arracheraient un sourire affectueux au pire grincheux qui soit. Le jeu qui franchit allègrement les limites du théâtral est envahi d’une telle conviction et d’une telle bonne humeur qu’on se surprend à penser qu’il faudrait un cœur de pierre pour leur en vouloir. Et juste pour le fun, le parler indien mêlé naturellement, mélange dont les anciennes colonies ont le secret, de phrases entières dans un anglais à l’accent roulant, fait comme un jeu de piste qu’on finit par s’amuser à repérer au long de la projection. Je doute que cela était un effet recherché, mais pourquoi bouder ce plaisir supplémentaire offert par les circonstances ?
Au plan technique, les images sont d’une propreté à toute épreuve. Comment dire mieux ? Si on s’attendait à une réalisation hésitante, en bon européen paternaliste, on en est pour ses frais. Si Spielberg avait soudain changé de nationalité, on aurait probablement eu la même maîtrise technique à l’écran. Tout a été avalé puis digéré avec une efficacité redoutable. Juste une petite surprise concernant la musique dont il faudrait être rudement spécialiste pour y entendre une origine indienne. Rançon à la culture internationale ou simple méconnaissance du novice ? Allez savoir !
Quant à l’histoire elle-même, inutile de chercher à entreprendre un décodage quelconque tant les choses sont transparentes et sans autre prétention que la distraction. Et comme la mission est accomplie, inutile de se torturer l’esprit à la recherche d’autre chose que le simple plaisir de la surprise.


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