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The second coming, un essai de traduction

Publié le 01 novembre 2008 par Edgar @edgarpoe
J'aime bien m'essayer à des traductions d'anglais, de temps en temps.

Je suis tombé par hasard sur la traduction d'un poème de Yeats, The second coming, par Yves Bonnefoy. Avec tout le respect qu'un quasi inculte (sur le plan littéraire) doit à un maître reconnu, elle m'a paru un peu décalée. J'ai vu chez Pierre Assouline que d'autres sétaient essayé à l'exercice, j'y ajoute donc ma pierre...

La tonalité du poème m'a l'air violemment anti-chrétienne, mais je n'ai pas trouvé d'analyse à ce sujet. Comme quoi on ne peut pas tout trouver en deux minutes avec un moteur de recherche...



Turning and turning in the widening gyre
The falcon cannot hear the falconer;
Things fall apart; the centre cannot hold;
Mere anarchy is loosed upon the world,
The blood-dimmed tide is loosed, and everywhere
The ceremony of innocence is drowned;
The best lack all conviction, while the worst
Are full of passionate intensity.
Surely some revelation is at hand;
Surely the Second Coming is at hand.
The Second Coming! Hardly are those words out
When a vast image out of "Spiritus Mundi"
Troubles my sight: somewhere in sands of the desert
A shape with lion body and the head of a man,
A gaze blank and pitiless as the sun,
Is moving its slow thighs, while all about it
Reel shadows of the indignant desert birds.
The darkness drops again; but now I know
That twenty centuries of stony sleep
Were vexed to nightmare by a rocking cradle,
And what rough beast, its hour come round at last,
Slouches towards Bethlehem to be born?
Il tourne tourne dans un tourbillon grandissant
Le faucon n'entend plus son maître;
Tout s'écroule, le centre ne tient plus ;
L'anarchie se répand sur le monde,
La marée teintée de sang monte et partout les innocents sont noyés ;
Les meilleurs se découragent, tandis que les plus vils s'emplissent de passions.
De grandes nouvelles certainement s'annoncent ;
Sans doute le retour est-il pour bientôt.
Le retour ! A peine ces mots prononcés,
Qu'une vision surgie de la quintessence me trouble la vue:
Quelque part dans le désert, une bête au corps de lion et à tête d'homme, le regard vide et sans plus de pitié que l'astre solaire,
avance lentement ses cuisses, sous les ombres tournoyantes des oiseaux indignés.
L'obscurité revient ; mais maintenant je sais
Que vingt siècles d'un sommeil de pierre
Ont été courroucés jusqu'à l'enfer par le mouvement d'un berceau,
Et quelle bête implacable, son heure enfin venue,
Lentement s'avance pour naître vers Bethleem ?

 

Tournant, tournant dans la gyre toujours plus large,
Le faucon ne peut plus entendre le fauconnier.
Tout se disloque. Le centre ne peut tenir.
L’anarchie se déchaîne sur le monde
Comme une mer noircie de sang : partout
On noie les saints élans de l’innocence.
Les meilleurs ne croient plus à rien, les pires
Se gonflent de l’ardeur des passions mauvaises.

Sûrement que quelque révélation, c’est pour bientôt.
Sûrement que la Seconde Venue, c’est pour bientôt.
La Seconde Venue ! A peine dits ces mots,
Une image, immense, du Spiritus Mundi
Trouble ma vue : quelque part dans les sables du désert,
Une forme avec corps de lion et tête d’homme
Et l’oeil nul et impitoyable comme un soleil
Se meut, à cuisses lentes, tandis qu’autour
Tournoient les ombres d’une colère d’oiseaux…
La ténèbre, à nouveau ; mais je sais, maintenant,
Que vingt siècles d’un sommeil de pierre, exaspérés
Par un bruit de berceau, tournent au cauchemar,
- Et quelle bête brute, revenue l’heure,
Trâine la patte vers Bethléem, pour naître enfin ?

Traduction d'Yves Bonnefoy

 





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