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Vicky Cristina Barcelona

Publié le 09 octobre 2008 par Marivaudage
Woody Allen, 2008
Pitch : deux jeunes filles américaines décident de passer l'été à Barcelone. Elle se définissent comme les meilleures amies du monde mais beaucoup les sépare. L'une, Vicky (la délicieuse Rebecca Hall), a une conception bien raisonnable de la vie et de l'amour. Elle va d'ailleurs se marier à la fin de l'été avec un jeune homme bien sous tout rapports, aussi impeccable qu'ennuyeux. L'autre, Cristina (sans h, interprétée par la toujours troublante Scarlett Johansson) est fraîchement célibataire, a un tempérament d'artiste et envisage la vie sous un angle beaucoup plus passionné : pour elle, pas d'amour véritable sans souffrance. Leur séjour barcelonais sera vite troublé par leur rencontre avec Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre à la mode, au charme et à la franchise si latines et donc si exotiques pour ces frêles petites américaines. Le petit triangle amoureux qui va s'installer sera vite perturbé par l'arrivée de l'ex-femme de Juan Antonio, Maria Elena (Pénélope Cruz), qui s'avère excessivement méditerranéenne : hystérique, jalouse, généreuse. Le futur mari de Vicky, Doug, apportera également son grain de sel en débarquant de New York pour accélérer son mariage avec sa promise qui commene à avoir un peu la tête ailleurs au milieu de cet explosif marivaudage. Vicky Cristina Barcelona, c'est un peu la rencontre de Pedro Almodovar et d'Eric Rohmer : muy bueno !
En bon fan de base de Woody Allen, j'ai été le voir le jour de sa sortie. Alors, alors, alors .... qu'en pensé-je ? J'avoue que le fait que je ne hurle pas instantanément au chef-d'œuvre à l'issue du film (comme après Annie Hall, Manhattan, Le Sortilège du Scorpion de Jade, La Rose Pourpre du Caire ou Match Point) me fait dire que ça ne doit pas en être un, de chef d'œuvre - à mon humble avis.
Toutes les critiques que j'ai lues de Vicky Cristina Barcelona envisagent systématiquement ce film sous l'angle de la "période européenne" de Woody Allen. Après avoir tourné toute sa vie à New York, voici son 4ème film européen après les 3 qu'il a tournés à Londres. Et tous les journalistes de disséquer cette situation, de la comparer avec les "périodes américaines" de certains cinéastes européens etc etc. Franchement, quel intérêt ? J'essaie pour ma part de me faire une avis sur ce film in abstracto.
La première opinion qui me vient à l'esprit est que Vicky Cristina Barcelona est un vrai feel-good movie : ce film est tout simplement très charmant à regarder. Les acteurs sont beaux, jouent bien, les décors sont superbes et j'ai été impressionné par la photographie. Plusieurs fois dans le film, la composition des plans, les éclairages et les subtils mouvements de caméra m'ont franchement ému. Je ne me lasserai jamais de vanter les qualités photographiques des films de Woody Allen - qualités dont je trouve qu'on parle peu. On disserte beaucoup sur son humour ou sa virtuosité à raconter des histoires mais assez peu sur ses talents formels de cinéaste, qui sont pourtant immenses.
Au-delà de cet aspect esthétique, l'histoire est très bien écrite comme toujours, les dialogues sont drôles et les situations jamais téléphonées. Woody Allen ne prend jamais son spectateur pour un imbécile. Il déroule brillamment son scénario, avec un mélange d'humilité (rien n'est lourd) et d'espièglerie. On sent qu'il s'amuse de tout ce marivaudage et qu'il a envie de nous faire partager son amusement. Le film dégage également une lourde et chaude sensualité, que je trouve assez inhabituelle chez Woody Allen, et qui doit beaucoup au sex-appeal de l'infernal trio Cruz, Bardem et Johansson. Seule Rebecca Hall paraît plus légère, plus gracile. Elle n'en est pas moins exquise.
Esthétiquement, scénaristiquement, ce film est donc pour moi du niveau des bons, voire des très bons films de Woody Allen. Pourtant, je ne sais pas, il me semble qu'il manque quelque chose pour le placer parmis les oeuvres majeures de mon cinéaste préféré. En fait voilà, je n'ai pas senti d'intention, de message, qui pourrait flatter l'intelligence du spectateur. Ce film est un superbe écrin que j'ai trouvé un peu vide. Je n'ai pas bien vu où Woody Allen voulait en venir. A aucune moment, je ne me suis exclamé "Ah voilà là où il m'emmenait ! Voilà donc ce qu'il voulait nous dire ! Trop fort !". J'avais ressenti ça dans Match Point (la bague qui rebondit), dans La Rose Pourpre du Caire (la traversée de l'écran), dans Le Sortilège du Scorpion de Jade (la séance d'hypnose) ou dans Manhattan et Annie Hall (Diane Keaton : dans ces 2 films, cette fille est à elle toute seule un message, une intention, un propos !). Dans Vicky Cristina Barcelona, je n'ai pas eu de telle révélation et c'est donc par omission que je suis resté un peu sur ma faim.
Mais bon, après 40 films et 70 ans passés, Woody Allen continue à produire de vrais petits bijoux comme celui-ci, emplis de jeunesse et de fraîcheur. Ce type est absolument incroyable.

PS : Ah et puis vous n'aurez pas manqué de remarquer que ce blog a fait peau neuve : c'est plus net et surtout j'ai plus de place pour m'épancher ! Ca a un peu foutu en l'air la mise en page des vieux posts et je vais essayer de corriger ça petit à petit. Toutes vos remarques sont bienvenues :-)

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