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La tentation du parti Socialiste de passer l’âme à gauche

Publié le 07 novembre 2008 par Argoul

La France est en retard, pour cause depuis 30 ans de rois fainéants et d’illusions idéologiques des deux bords (fortune populaire ou débrouille individuelle). Mais la France n’est pas morte, surtout si elle sait laisser la place aux générations nouvelles et aux diversités. A droite, l’ouverture et le pragmatisme affichés jusqu’ici sont de bon augure, même si toute action est exposée à critique. Le projet politique du président français élu en 2007 était relativement clair : se retrousser les manches et aborder tous les problèmes non traités depuis des décennies. Il a commencé, suscitant les habituelles levées de boucliers des inerties dérangées dans leur ronron. Va-t-il réussir dans les faits ? Son attitude agitée et de fait accompli est-elle la bonne ? Aux électeurs de juger, dans 4 ans. Toute politique structurelle demande du temps, ce qui n’est pas accordé par la société du spectacle ni par les histrions médiatiques qui doivent mériter leurs dizaines d’années de SMIC de salaire annuel en zappant sans cesse sur du neuf.

Reste le projet politique de l’opposition : on l’attend toujours. A moins qu’il soit tout entier dans le rapport Attali (libération de la croissance), le rapport Védrine (la France et la mondialisation) et les rapports Besson (France 2025 ou politiques de l’emploi). La gauche porte donc une responsabilité : quitter les blocages théoriques, les références aux âges d’or et les tabous de débat.

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Le fait que les militants aient choisi (faiblement, mais réellement) le courant Ségolène Royal plutôt que celui d’un Hollande-bis, d’un Besancenot pâle ou d’un retour à Mitterrand laisse un espoir - en tête de seulement 4%. Mais les 45% d’abstention et les 19% de la motion Hamon sont préoccupants. Pourquoi ne pas laisser à Besancenot le fantasme que la fin des temps est proche ? Mélanchon a compris, il est parti – ce que jamais Fabius n’a osé. La « crise » conforte les socialistes les plus fragiles dans les archaïsmes. Ils voient dans le krach financier une Apocalypse, ce dévoilement de ce qui est caché. Jamais ceux-là n’ont renoncé à une histoire comme Destin, à la suite de l’eschatologie biblique, reprise et sécularisée par Marx. La montée des malheurs annonce pour eux la fin du monde. Ils traduisent : la fin du monde présent, américaine, libérale et capitaliste. Place donc aux utopies messianiques datant de la nuit des temps : égalités de tous, rationnement universel et austère fraternité. Ils se réfugient dans le rêve de vie monastique en étroites communautés, protectionnistes, régies par la Règle, redistribuant toutes les richesses. Les Justes – ceux qui pensent « bien » - croient devoir être récompensés dans cet « au-delà » du présent. Ils se sentent dès à présent heureux de jeter le bouc émissaire dehors, enfin entre eux, au chaud dans le troupeau. Et d’attendre le Mahdi, ce guerrier du Bien dans les Apocalypses islamiques, le calife occulté qui ressortira du néant, tout comme Frédéric Barberousse hier, endormi avec ses chevaliers dans les montagnes de Thuringe, prêt à se réveiller et à rétablir l’Allemagne dans son ancienne grandeur… Benoît Hamon aurait-il une stature de calife ? A moins que l’adoration eschatologique ne se reporte sur une Ségolène en Madone régénérée ?

New-York et Washington apparaissent Gog et Magog, voire Sodome et Gomorrhe comme le montre un étrange « commentaire » de Rachid sur une note de l’Abrincate assimilant capitalisme et pornographie. Il n’y a qu’un pas entre théorie du Complot et Apocalypse millénaire, entre anticapitalisme et antisionisme, entre socialisme et réaction…

Car que propose-t-on à « gauche » du PS ? Le retour à l’État-providence, au pouvoir tout-puissant d’un Président-Papa, au surveiller et punir des fonctionnaires-missionnaires férus « d’intérêt public » comme hier les prêtres l’étaient de la Volonté de Dieu ? Est-ce la revanche du rideau de fer sur le château de verre ? Du bunker théorique contre les libertés de la pensée, de l’expression et de l’entreprise ? Les socialistes de gauche entrent en croisade contre les renards capitalistes amateurs de « poules » mouillées – certes irresponsables et immatures, mais pour cause de fermier !

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Où est le concret, là-dedans ? La poupée de Sarkozy matérialise (et commercialise) a l’envi ce fantasme de créer son ennemi comme on le veut pour y planter ses épingles favorites. Rien de vrai dans la poupée, une simple construction fantasmatique. Quand on ne comprend rien à son ennemi, on s’en fait une image à soi. Tout comme on trouve toujours d’excellents arguments… après. La poupée inerte sert à compenser par la vengeance dérisoire son impuissance. Impuissance à appréhender le monde tel qu’il est, incapacité à le penser, inaptitude à faire tout simplement de « la politique », c’est-à-dire autre chose que du laisser-faire ou de l’autoritarisme planificateur. La démagauchie a de beaux jours devant elle.

C’est pourquoi la référence à l’Apocalypse millénariste, et le rappel que cet obscurantisme est devenu puissant chez les Musulmans peu éduqués et déboussolés par la modernité, n’est pas anodin. Près d’un cinquième des socialistes semblent avoir perdu leur âme, celle qui les faisait se dresser pour l’épanouissement des êtres humains concrets depuis 1789. Le PS va-t-il passer l’âme à gauche ? Ce serait l’autre façon de dire qu’il est mort… Ségolène va-t-elle régénérer ce parti moribond ? Tout dépendra avec qui elle allie son courant : Hamon ? ce serait la mort annoncée. Aubry ? ce serait régressif. Delanoë ? ce serait le plus raisonnable, mais peut-elle se re«marier» avec François Hollande ?

Jean de Patmos, Apocalypse, in La Bible de Jérusalem
Jean-Pierre Filiu, L’Apocalypse dans l’Islam, Fayard 2008
Marcel Pacaut, Frédéric Barberousse, Fayard
Fantasmes de Rachid dans le blog l’Abrincate


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