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"La tuerie du Pont d'Andert", le notaire Sébastien-Benoît Peytel et Balzac en avocat de la défense.....

Par Bernard Vassor

Par Bernard Vassor

Félicité Alcazar Peytel ....... Sur la route de Belly (en Savoie ), dans la nuit du 1 septembre 1838, deux cadavres sont trouvés étendus sur le sol. Une femme enceinte, Félicité Alcazar Peytel*, et son jeune domestique Louis Rey dont on suppose qu'il était l'amant de sa patronne. Elle le connaissait avant son mariage pendant son séjour chez son beau-frère M. de Montrichard. Le 28 octobre 1839, le mari de la défunte Sébastien-Benoît Peytel est guillotiné sur le champ de foire de Bourg. Peytel jeune, par Gavarni ...... Entre temps, le notaire de Belley a été arrêté sous la prévention de deux meurtres, celui de sa femme et de son domestique. Pour sa défense Peytel prétend que son domestique qui conduisait un char dans lequel il se trouvait avec sa femme, descendit du véhicule dans un endroit désert. Voulant le dépouiller d'une somme de 7400 francs dont il était porteur. Le domestique (d'après Peytel ) tira deux balles dans sa direction, qui atteignirent son épouse à la tête. Avant de mourir elle lui demande de prendre ses pistolets...Peytel tire une fois, manque sa cible, continue sa poursuite tire une seconde fois, encore manqué ! Arrivé derrière lui il lui assène un coup de marteau dans les reins, Louis Rey se retourne lève sa main armée du pistolet déchargé, mais le notaire le frappe de nouveau à la tête et le tue. Voilà sa version donnée au procureur général de Lyon. Le notaire parti chercher des secours à Belley est interrogé par des gendarmes, qui doutant de ses dires le conduisent à la prison de la ville. Le lieutenant Wolff commandant de la gendarmerie lui indique : "vous êtes partis à trois... vous revenez seul, je vous arrête"  Les expertises des médecins contredisent la version de Sébastien Peytel. Son avocat, maître Margerand lui délègue un collègue maître Guillon qui le visitera sur place dans la prison où il a été transféré à Bourg. Ensuite les maladresses s'accumulèrent dans les choix de sa défense. Il ne vit pas une seule fois son avocat pendant toute la durée de sa détention. L'accusation évoque les relations intimes entre le domestique et l'épouse du notaire, Le crime aurait donc été provoqué par la jalousie. Peytel est formel, pour sa défense, il ne veut pas mettre en cause la moralité de sa femme. Gavarni arrive trop tard pour témoigner au procès qui a commencé le 27 août aux assises de l'Ain. Peytel condamné à mort le vendredi 30 août à minuit, après une délibération d'une heure. Il  formule alors un recours en cassation. Mis au secret, son courrier est surveillé. L'émoi est grand dans le Landernau journalistique et littéraire parisien; Lamartine qui avait été le témoin de son mariage l'assure de "sa sympathie et de la lumière immanquable (?) dans cette situation douloureuse"*, Toussenel et Louis Desnoyeret d'autres hommes de lettre peinent à croire à la culpabilité de SébastienPeytel qu'ils connaissaient bien: "ce grand garçon barbu et expansif, fastueux, batailleur et bon camarade, de nombreux fournisseurs parisiens attestent de l'honnêteté du malheureux homme"  C'est alors qu'Honoré de Balzac, voulant prendre la défense de Peytel qu'il connaissait de longue date. (Il avait publié des articles dans le journal "Le Voleur" fondé en 1827, que Peytel avait co-dirigé avec Emile de Girardin et Latour-Mezerayen 1830-1831) fit un article brillant, mais déplacé, donnant une nouvelle interprêtation de l'affaire,qu'il donna à Dutacq, fondateur du journal "Le Siècle", article qui fut repris dans "La Presse" de Girardin juste avant la décision du pourvoi en cassation, article qui parut le 3 octobre,braquant ainsi les magistrats chargés de la requête en cassation. Le 10 octobre la cour rendit son verdict et rejeta le pourvoi. Dessin de Balzac représantant Gavarni faisant la nique au bourreau ........ Balzac qui voit là "son affaire Callas" avec l'aide de Gavarni, politise l'affaire, une nouvelle maladresse ! Gavarni est connu pour ses sympathie anti-gouvernementales, on sait les opinions  légitimistes de Balzac, et pour couronner le tout, Honoré fait appel à la duchesse d'Abrantès "jouant les soeurs de charité". Toutes ces démarches et la publicité faite autour de cette affaire desserviront Peytel aussi bien auprès des magistrats que de la population de Belley. Sans parler du malaise éprouvé lors de la dénonciation de "certains vices moraux de la défunte", même si ils étaient réels ,les termes pouvaient incommoder le public. Dans une lettre du 9 septembre à Dutacq, Balzac annonce fièrement : "Mon cher Dutacq, ce pauvre garçon n'est pas coupable, et il y a "mal jugé", nous triompherons--- Gavarni après notre entrevue avec Peytel était fou de joie, et notre tâche ne sera pas aussi difficile que je le croyais" Puis, on découvrit que Gavarni avait signé une reconnaissance de dettes de 10 000 francs à l'accusé et l'on apprit que Balzac et lui, avaient été défrayés du voyage et de leur séjour à Bourg pour le procès.*** Comme quoi, on peut être un immense écrivain et un mauvais avocat.... Pour couronner le tout l'accusation rappela fort opportunément un petit livre écrit par Peytel des années auparavant :  "La Physiologie de la poire", ouvrage dans lequel est ridiculisé le roi Louis-Philippe, le qualifiant de "poire Sainte-lésine", "fruit bouffi et disgracieux", "entouré de maires de préfets de ministres poiricoles". Il restait une dernière opportunité : le recours en grâce auprès du roi......Le petit ouvrage écrit quelques années plus tôt, ne fut sans doute pas étranger à la décision du roi de "laisser la justice suivre son cours"  .... * Lamartine, sollicité comme témoin de moralité, se félicitera, dans une lettre à Balzac, de ne pas se prononcer au procès sur la personnalité de Peytel, qu'il "ne connaisait qu'à peine", rappeloons qu'il avait été son témoin lors de son mariage. En outre, Peytel reçut 90 lettres de soutien de fournisseurs parisiens de journalistes et de littérateurs (beaucoup de gens à qui il avait rendu des services). **Félicité-Thérèse Alcazar était une créole originaire de La Trinité, elle avait trois soeurs, dont le mari de l'une, d'elles M.de Montrichard la décrivit en des termes peu flatteurs. (Balzac correspondance,  Garnier Frères 1964, tome 3, et article P.A. Perrot, Année Balzacienne1982 éditions Garnier Frères) comme une fille perdue dénuèe de toute espèce de bons sentiments, fausse au delà de toute expression, menteuse hypocrite, d'une vanité qui ne peut que la perdre un jour, d'une malhonnêteté et d'une grossièreté sans nom dans la classe où elle a été élevée (...) *** Dans une facture de relance de la maison Panhard rue Richer, en 1844, cinq ans plus tard, Balzac n'avait toujours pas payé la location de la calèche pour le voyage aller et retour Paris Bourg, Bourg Paris. ....... L'année suivante, éclate "l'Affaire Marie Capelle Lafarge". Balzac propriétaire du journal dont est presque l'unique rédacteur, "La Revue Parisienne"  entreprit la rédaction d'un article en faveur de madame Lafarge, qu'il renonça finalement à publier..... ..... Contrairement à ce que pourrait faire croire cet article, Balzac est l'écrivain pour qui j'ai la plus grande admiration.

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