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Un nouveau visage de l'esclavage

Publié le 02 décembre 2008 par Rim
Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes. (Déclaration universelle des droits de l'homme. Article 4)
Il y a quelque temps, ARTE a diffusé un reportage sur les « bonnes » au Liban : « Bonnes à vendre », voilà le titre de ce reportage qui reflète une part infinitésimale du cauchemar qu’endurent des milliers de bonnes au Liban.
Si j’en parle c’est parce que, au-delà de l’aspect purement médiatique d’un reportage, je connais bien le pays, ses coutumes, ce qui se passe à l’intérieur de ses frontières et sous le voile des interdictions d’en parler.
Dans un pays qui n’est toujours pas réellement sorti de la guerre, une nouvelle mode a vu le jour il y a quelques années : les bonnes. Virus importé sans doute par ces libanais qui ont immigré en Afrique ou en Amérique latine où un blanc devient très vite roi, avec des « bonnes » et des « boys » à son service. La femme alors abandonne son foyer, ses enfants et même son mari, pour des futilités plus importantes, genre matinée de commérages entre copines, après midi de shopping ou de feuilletage de magazines incultes.

De plus en plus de femmes de pays défavorisés quittent leurs familles pour travailler dans des maisons libanaises. Peu de femmes libanaises travaillent. C’est un rôle laissé à l’homme. C'est au mâle de subvenir aux besoins de sa famille. Pourquoi donc prendre une bonne pour s’occuper de la maison, de la nourriture, des enfants ? Tout simplement parce que la bonne (ou plusieurs) est devenue un phénomède de mode dans la société libanaise ; ça vous rehausse dans les yeux de vos voisins, ronge de jalousie le cœur de vos voisines, vous êtes socialement au dessus de celles qui continuent à s'adonner à des "tâches ingrates". Ainsi la bonne doit gérer la maison comme si elle en est la maîtresse, s’occupe des enfants comme si elle en est la mère. Et avec la maison et les enfants le mari se joint au cortège des devoirs de la bonne.
Des milliers de femmes débarquent chaque année dans une jungle qui ne parle pas leur langue, qui n’a pas la même couleur de peau ni les mêmes coutumes. Sri-lankaises surtout, philippines pour les riches pour le côté prestige, « agréables aux yeux et parlant anglais » (en plus elles coûtent plus que le double). Des recruteurs peu scrupuleux sillonnent les quartiers démunis de leurs pays d’origine pour choisir les « élues » qui s’expatrieront ». Au Liban, le client fait son choix sur catalogue, paye la commission incluant le billet d’avion, le permis de travail et une assurance. Le recruteur fixe le jour J du grand voyage. Un avion est parfois affrété pour transporter ce cheptel humain vers l’inconnu. Arrivées à l’aéroport de Beyrouth, on entasse toutes ces femmes dans une grande pièce vide de tout. Les recruteurs (ou leurs représentants) récupèrent les passeports et se chargent des formalités d’entrée. C’est la dernière fois que ces femmes verront leur passeport ; il sera remis ensuite à ses patrons, désormais ayant droit sur sa liberté et même sur sa vie. Elles restent des heures interminables, entassées dans des conditions sans le moindre confort, sans eau, sans nourriture, assises à même le sol, oubliées par tous. Une longue attente qui peut durer des heures. Des fois, si l’avion arrive dans la soirée, elles restent abandonnées jusqu’au matin, avant d’être transportées en bus vers les agences de recrutements où elles attendent leur maître-sauveur.
Mais le cauchemar qui commence au moment où elles ont quitté leur pays ne s’arrête pas à l’arrivée à « domicile », car c’est là, dans une grande majorité de cas, que commence une histoire d’esclavage et de torture au quotidien. La barrière de la langue ne facilitant pas l’intégration de ces femmes, elles sont souvent battues, violées, séquestrées, affamées, torturées psychologiquement et physiquement. Pour la maîtresse de maison c’est un objet sur lequel on crache sa colère, on libère ses tensions. Pour les enfants de la maîtresse c'est le comportement copié sur leur mère, avec un peu plus d'horreur puisque, dans leur innocence, les enfants frôlent l'extrême de toute chose. Pour le mari de la maîtresse c’est l'objet sexuel par excellence.
Ces femmes n’ont alors que le choix de subir ces atrocités dans le silence le plus total, car personne ne les écoute. Quand elles craquent, salies et meurtries par la bassesse des foyers, elles se suicident ou s’enfuient. Mais où partir quand on n’a ni passeport ni argent? Les malheureuses que les forces de l’ordre rattrapent sont traitées comme des voleuses, emprisonnées; la maltraitance est multipliée et le cauchemar se transforme alors en enfer. La justice donne toujours raison au « propriétaire » ayant tout droit sur sa « propriété ». La justice ne sort de sa léthargie hypocrite qu’en cas de meurtre ou d’immolation, car beaucoup de « patrons » n’ont aucun scrupule à mettre fin à la vie d’une malheureuse venant de nulle part.
L’esclavage n’appartient pas aux tréfonds de l'histoire, il a tout simplement changé de visage, pris un autre aspect, adopté un nouveau nom, simple question d’adaptation de l’espèce humaine aux changements des mentalités et à l'évolution des lois.

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