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« introduction À la stratÉgie » par andrÉ beaufre - 4

Par Francois155

But de la stratégie :

Cette partie est directement liée à la précédente : en définissant ce qu’est le but, Beaufre illustre en fait concrètement sa définition de la stratégie comme la dialectique des volontés.

Commençons tout d’abord par noter le singulier mis au mot « but » : si le politique fixe des objectifs, qui peuvent être offensifs (« conquête, imposer l’acceptation de telles ou telles conditions onéreuses »), défensifs (« protection du territoire ou de tels ou tels intérêts »), « ou même viser simplement le statu quo politique », il n’y a qu’un seul but pour le stratège. De même que les objectifs sont divers, les moyens dont il dispose, et qu’il doit utiliser au mieux, le sont également : dans l’absolu, donc, des objectifs, des moyens mais un but.

Ce but est unique car il vise une décision unique. Or, si l’on veut tirer « une seule loi générale » permettant d’atteindre tous les objectifs énoncés plus haut, c’est « celle qui, écartant toute notion de moyen par lequel la décision serait obtenue, ne considère que l’essence même de la décision que l’on recherche ». Par exemple, « la décision par la bataille victorieuse », en ne s’attachant qu’à un moyen (« la bataille victorieuse »), est incomplète puisqu’elle n’englobe pas tous les objectifs possibles : elle ne considère pas l’essence de la décision.

En réalité, « cette décision c’est l’acceptation par l’adversaire des conditions que l’on veut lui imposer. Dans cette dialectique des volontés, la décision est un événement d’ordre psychologique que l’on veut produire chez l’adversaire : le convaincre qu’engager ou poursuivre la lutte est inutile ».

Le véritable terrain de la décision, c’est la psychologie adverse : on peut certes la contraindre par la victoire militaire mais pas uniquement voire, dans certains cas, et on pense immédiatement aux guerres contre-insurrectionnelles, cette victoire-ci est « irréalisable ».

A mi-chemin entre la conception traditionnelle (« romantique et militaire ») de Clausewitz, « dans laquelle le moral ennemi était brisé par l’intermédiaire d’une victoire militaire », et la sienne, Beaufre cite Lénine qui a intégré la dimension de l’action politique à la lutte : « retarder les opérations jusqu’à ce que la désintégration morale de l’ennemi rende à la fois possible et facile porter le coup décisif ».

Toutefois, la conception léniniste, « qui pensait en révolutionnaire et ne voyait que l’action politique comme une sorte de préparation d’artillerie de caractère moral », ne convient pas à l’auteur.

André Beaufre conçoit ainsi cette « formule générale » du but de la stratégie :

« Atteindre la décision en créant et en exploitant une situation entraînant une désintégration morale de l’adversaire suffisante pour lui faire accepter les conditions qu’on veut lui imposer ».

C’est bien là, en effet, « l’idée générale de la dialectique des volontés ».


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