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Slumdog Millionaire de Danny Boyle

Par Geouf

Résumé: Jeune homme issu des bidonvilles de Mumbai, Jamal Malik est en passe de remporter le gros lot du célèbre jeu télévisé Qui veut gagner des Millions ? Mais comment un gamin des bidonvilles peut-il connaître les réponses au jeu alors qu’habituellement même les personnes les plus cultivées se plantent au bout de quelques questions ?

 

Danny Boyle est l’un des plus talentueux réalisateurs en activité. Véritable touche-à-tout de génie, il a petit à petit réussi à se débarrasser de son étiquette réductrice de « réalisateur british cool » (contrairement à un certain Guy Ritchie qui semble refaire éternellement le même film) pour devenir un artiste complet et reconnu. De la comédie noire (Petits Meurtres entre Amis) au film d’horreur (28 Jours plus tard) en passant par la comédie romantique (le sous-estimé Une Vie moins ordinaire) et la science-fiction (Sunshine), Boyle saute avec bonheur et avec une maitrise égale d’un genre à l’autre. Et 2009 semble bien être partie pour être l’année de la consécration (pas trop tôt !) puisque son nouveau film, le fameux Slumdog Millionaire qui nous intéresse ici, a déjà remporté pas moins de quatre récompenses aux Golden Globes.

Et pourtant, ce n’était pas vraiment gagné, puisque si le film paraissait prometteur à la vue de son excellente bande-annonce, il restait une grosse interrogation quant à savoir si Boyle allait tenir la distance sur un pitch aussi réduit et a priori répétitif (les aventures d’un jeune indien issu des bidonvilles lui permettent de répondre aux questions de Qui veut gagner des Millions ?). De plus, les affiches du film proclamant fièrement « The feel-good movie of the year » (soit, grossièrement traduit, « Le film qui rend heureux de l’année ») ne laissaient pas d’inquiéter, faisant présager un film niais et rempli de guimauve (un peu comme l’étrange Millions, seul petit couac de sa carrière). Mais c’était avoir bien peu de foi en Boyle qui bien évidemment ne fait rien comme tout le monde.

Car bien heureusement, ce qui intéresse Boyle ce n’est pas de montrer comment Jamal a réussi à répondre à chaque question du jeu (ce qui serait bien laborieux) mais de nous présenter une très touchante histoire d’amour sur fond d’aventures tragi-comiques en Inde. Une occasion aussi pour le réalisateur d’explorer ce pays mythique, de ses bidonvilles au Taj Mahal, au détour de plusieurs plans magnifiques. Dès les premières secondes du film, on reconnaît le style de Boyle : la camera à l’épaule et l’image avec ce grain si particulier mais capable de nous proposer des images extraordinaires. Mais au-delà de la belle image, Slumdog Millionaire propose à travers les tribulations de ses trois personnages principaux une étude de l’Inde et de ses contradictions. Le mépris envers les gens des bidonvilles, le cinéma de Bollywood (excellente scène de l’autographe) l’utilisation des enfants pour la mendicité (et leur mutilation occasionnelle pour ramasser plus d’argent), la prostitution des jeunes filles, les tensions entre musulmans et hindous, rien n’est passé sous silence, ce qui fait que le film est souvent plus tragique que drôle. Mais malgré toute cette noirceur, Boyle arrive de façon quasi magique à nous présenter une magnifique et touchante histoire d’amour. Une histoire entre Jamal et Latika, petite fille « recueillie » par les deux frères à la mort de leur mère, et qui perdurera au-delà des années et des événements.

C’est d’ailleurs ce qui a toujours fait la force des films de Danny Boyle, car au-delà du style visuel ou des démonstrations de force techniques, et quel que soit le genre abordé, le réalisateur introduit toujours des personnages forts et attachants. L’amour de Jamal pour Latika est aussi pur et préservé que lorsqu’il était gosse, malgré les épreuves (les enfants sont séparés plusieurs fois), au-delà des apparences (Latika finit balafrée par Salim) et surtout au-delà des préjugés (la jeune fille n’est plus « pure » puisqu’elle a été violée par Salim et a été transformée en « pute de luxe » pour mafieux libidineux).

Donc non, définitivement, Slumdog Millionaire n’est pas un banal « feel-good movie », c’est beaucoup plus que ça. C’est un voyage initiatique, un pamphlet contre les préjugés, une exploration en profondeur de l’Inde et surtout une magnifique love story comme on en voit trop peu souvent sur les écrans. C’est tout simplement un film qui va droit au cœur…

Note : 8/10


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