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D'excellente famille

Par Liliba

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« Non seulement Jésus était le Fils de Dieu, mais il était d’excellente famille du côté de sa mère. »

Monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen, archevêque de Paris de 1821 à 1839.

Présentation de l'éditeur : En 1964, les Le Bléveau vivent paisiblement sur leurs terres dans le respect de leurs traditions. Octave et Marc-Aurèle perfectionnent leur swing sur les greens d’un cousin écossais tandis que leurs soeurs, Suzanne et Fiona, consacrent leurs loisirs aux oeuvres de charité de tante Berthe. Comme tous les jeunes gens bien nés de leur génération, ils se posent peu de questions et assument sans faillir leurs devoirs : honorer Dieu, servir la France, montrer l’exemple. Plus pour longtemps...

En quelques années, sous leurs yeux incrédules, une série de tremblements de terre secoue l’ordre ancien. Une société nouvelle émerge où l’argent prime sur la naissance, l’arrivisme sur les bonnes manières, l’individu sur l’intérêt général et la jouissance immédiate sur le Salut éternel ! Même l’Eglise se modernise et les rouges investissent les palais nationaux ! Comme tant d’autres, cette excellente famille bascule en vingt ans à peine de l’univers de la Comtesse de Ségur à celui d’un Paul-Loup Sulitzer. Adieu convenances, prières et peur du scandale… Bonjour sexe, fric et révélations croustillantes…

Par les échanges épistolaires des membres de la famille Le Bléveau, aristos pure souche mais fauchés plus vrais que nature, et au travers de plusieurs documents familiaux, nous suivons l'évolution des uns et des autres sur une trentaine d'année (de 1964 à 1989). L'intimité de la famille face au tourbillon de l'histoire, dévoilée par la lecture de leur correspondance est non seulement drôle mais également un vrai témoignage d'une époque bel et bien révolue, et d'un monde à l'agonie. Les Le Bléveau "subissent" l'effritement de leur monde et doivent faire face aux années yé-yé (les jeunes gens, et surtout les jeunes filles, ne savent plus se tenir !), à Vatican II (une honte !), Mai 68 (qui ne les touche pas tant que ça tant ils sont peu au fait de l'actualité politique et de la réalité de la vie, la "vraie") et l'arrivée de la gauche en 1981 (un drame ! désopilant).

J'ai d'autant plus ri que je me suis retrouvée, moi ou ma famille, dans les nombreux clichés et jeux de situations narrés par l'auteur. J'aurais pu remplacer les noms de personnages par quelques uns de mes oncles ou tantes, grands-parents, cousins... et je vais vite le faire lire à ma Maman qui devrait s'y retrouver complètement, puisque c'est de sa génération qu'il s'agit (rassurez-vous, ma génération à moi a quelque peu évolué, fort heureusement !).

Les rapports à l'église, l'autorité des parents et l'obéissance (relative !) des enfants, la révolte de ces mêmes enfants contre leur milieu (Suzanne et Fiona, "indomptables" jumelles qui rentreront malgré tout dans la norme, feront des mariages bien tradis et auront une ribambelle d'enfants...), les mariages sans amour, ou ceux qui se délitent mais qu'on ne casse pas pour sauver les apparences, le poids du passé, qui est pour certains un appui à la droiture et une aide de vie mais pour d'autres un bâton auquel il ne veulent plus se soumettre, les non-dits, les secrets honteux... autant de détails qui m'ont replongée dans mes racines, mon éducation, mon milieu... avec la délectation intense d'en être un peu sortie... tout en y revenant de plus en plus maintenant que je vieillis et que j'ai des enfants...

Certes, les personnages sont carituraux, telle la mère, dépressive chronique, qui jamais n'a embrassé ses enfants, son mari, malheureux dans son couple, mais père aimant et lucide, la tante, bonne pâte prête toujours à consoler, accueillir, les fils, l'un mettant en avant outrancièrement les valeurs de son monde, l'autre en rebellion, les gendres ou brus... On y rencontre des couples mal assortis, des mariages bancals mais qui durent tant bien que mal (le divorce, quelle horreur !), les valeurs s'effritent autant que les croyances, la religion n'est plus une aide, le passé devient un poids plutôt qu'une fierté... Certes oui, dans ce monde-là, tout n'est pas rose, mais c'est justement les petits travers des uns et des autres, leur petitesse parfois qui permet aux personnages imaginés (peut-être pas tant que ça, ça sent le "vécu", cette histoire ! ou tout du moins les caractères s'inspirent-ils surement de gens rencontrés) par l'auteur d'être touchants, désarmants, attachants...

Ah traditions et éducation ! Impossible de s'en défaire tout à fait, non ? C'est bien finalement ce que montre ce récit : même révoltés, même insoumis ou "originaux", les Le Bléveau restent attachés à leur famille et à ses codes, à ce qu'on leur a inculqué pendant des générations et des générations, à ce passé, glorieux parfois, honteux de temps en temps, mais ce passé qui fait qu'ils sont ce qu'ils sont, et qu'ils en sont malgré tout fiers.

Biographie de l'auteur

Laurence Deflassieux, elle-même d’excellente famille, est née à Paris. Diplômée de l’Institut d’art et d’archéologie, elle a d’abord été journaliste, spécialisée dans les Beaux-Arts. De 1993 à 1998, elle anime des séminaires de formation comportementale tandis que son intérêt pour la Grèce antique la conduit à entreprendre des recherches archéologiques et épigraphiques dans la région de Thessalonique. En 1999, son mémoire sur Béroia, cité de Macédoine, étude de topographie antique est publié chez De Boccard. D’excellente famille est son premier roman.

Un coup de coeur de Cuné (en 2006 !)

Extraits :

"J'ignorais seulement qu'à l'heure actuelle on vit avec les enfants et non à côté, comme il y a vingt ans. Repas, week-ends, fêtes : ils sont toujours là, et bien là !

J'ai calculé que je passais au bas mot les deux tiers de ma vie sociale, culturelle, mondaine avec des nains de moins de huit ans. Je peux réciter à la virgule près "Babar en ballon", "Tic et Tac au zoo", "Porcinet va camper" ; je connais par coeur les oeuvres complètes de Chantal Goya, Anne Sylvestre et Henri Dès, et je chante sans une hésitation tous les génériques de "L'ile aux enfants", "Albator', "Candy", "Rue Sésame" et "Goldorak" ! Je régresse doucement.

Mais où est passée ma jeunesse insouciante ?"

"Les temps ont changé, Fiona, et le porte-drapeau de la Libération des Femmes, ce n'est plus Simone de Beauvoir, non, c'est Moulinex. Ou Seb. Suivis de près par Pampers et Péridurale...

Et si je devais dessiner mon blason je placerais, sur fond d'azur, à dextre un bâton de poisson pané, à senestre une Cocotte-Minute et au Chef, coiffant l'ensemble, ma couronne de Mère Courage en Légo multicolores."

"Oui, pourquoi garder le beau, le poétique, les hautbois, les musettes, quand on peut faire plat et moche ? Ne parlons pas des burettes en pyrex, ni des hosties stockées dans des bols à olives, ni de l'autel en forme de suppositoire...

Ô Suzanne, où se sont envolés les archanges joufflus souffleurs de trompette ? Les amours rieurs et fessus tressant une guirlande au front de la Vierge ? Les ostensoirs rayonnant comme des soleils ? L'encensoir et son nuage enivrant ? Les coupes de vermeil et d'émaux ? Les enfants de choeur en dentelles et robes rouges ? Les étendards, les processions de Fête-Dieu où nous jetions des pétales de pivoines parfumés, les nénuflexions, les chants magiques "Ave, Maris Stella, Dei mater alma ! Tantum ergo, sacramentum" ? Dans ces cérémonies mortelles, "Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Suzanne ?"

Je sais que mes propos sont réac, mais ils me sortent des tripes. Vatican II a vidé les églises plus radicalement que tous les bouffeurs de curé réunis. Plus de décorum, plus de public ! Irais-tu voir "La Traviata" interprétée par une fanfare municipale, chantée par une chorale en short dans un décor signé Ikéa ?"

"Tu le vois, comme toujours j'ai le cul entre deux chaises. Ma foi est solide, mais le coeur n'y est plus. Je suis une bourgeoise à moitié au foyer, un quart au boulot, un quart dans ses cogitations vaseuses, une chrétienne ricanante, une désinvolte par vocation, une insolente attachée aux traditions, une mère sans vrais principes et remplie de doutes, une névrosée aux humeurs imprévisibles."

"L'idée absurde que l'individu a droit à l'amour comme à la Sécurité sociale est bien le plus gros mensonge, la plus vaste imposture véhiculée par les cinéastes à la noix, les romanciers de mes fesses, les poètes de sous-préfecture, les chanteurs niaiseux ! Ah ! Les coeurs vibrant de concert, la fusion des corps, des âmes et des pensées, la communion des esprits ! Rappelle donc Baudelaire à ton crétin de mari : "Dans l'amour comme dans presque toutes les affaires humaines, l'entente cordiale est le résultat d'un malentendu. Ce malentendu, c'est le plaisir. L'homme crie "Oh ! Mon ange". La femme roucoule : "Maman, Maman" et ces deux imbéciles sont persuadés qu'ils pensent de concert. Le gouffre infranchissable, qui fait l'incommunicabilité, reste infranchi."

"Finalement, les mariages arrangés dans nos excellentes familles avaient du bon et tenaient mieux la route, parce que ni mari ni femme n'attendaient les violons, les gondoles, les soupers, les soupirs, le grand frisson et tout le saint-frusquin. Magie du hasard, cerise sur le gâteau, l'amour se nichait parfois dans la corbeille des mariés ! Mais il y avait moins de frustrés, d'aigris et de déçus, puisqu'il n'y avait pas de promesses fallacieuses ni de serments d'amour éternel. ... Dans les mariages de raison, moins de pleurs et de grincements de dents. Adultère, oui, divorce, non."


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