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Louis Leterrier. Terra Cognita [Interview]

Par Sukie

N’ayant pas eu la chance de voir publiée cette interview dans l’Odysée de l’Express (#3001), pour cause de rendu tardif (oui c’est un comme les pénalités subies lors de devoirs ou d’impôts remis à la bourre), je couche ici mon questions-réponses avec Louis Leterrier à propos de son expérience à Hollywood.

Aja, Leterrier,Palud et Moreau. Qu’ont ces noms en commun? Français, trentenaires, ces frenchies ont signé outre Atlantique des blockbusters qui caracolent en tête des box offices. C’est à ces réalisateurs que l’ont doit très récemment Mirrors, Hulk, ou encore The Eye (le remake). On se souviendra qu’avant eux, Luc Besson ou encore Jean-Pierre Jeunet (Alien 4 : la Résurrection) avaient ouvert la voie.

Alexandre Aja prépare pour 2009 un thriller horrifique intitulé Pirhana-3D. De même que Pascal Laugier, réalisateur du très controversé Martyrs a été approché par les frères Weinstein pour remaker le cultissime Hellraiser. Dans cette poignée de réalisateurs expatriés à Hollywood, Louis Leterrier (Danny the Dog, Le Transporteur) se fraie une place parmi les grands. Son Hulk sorti l’été dernier a pris s’assaut les salles obscures. Prévu pour 2010 il prépare actuellement une toute nouvelle version du Choc des Titans. Entre deux tournages, il a gentiment accepté de répondre à mes questions sur son aventure hollywoodienne.

Père réalisateur, mère directrice artistique, grandir dans un milieu artistique a du t’amener de manière très naturelle vers le métier de réalisateur. Quelles sont tes influences, ton cinéma de référence, celui qui t’a fait dire “je veux devenir réalisateur”?

Mes parents sont bien sûr la source principale de mon aspiration à vouloir devenir réalisateur mais j’ai grandi en France dans les années 80 quand le cinéma qui était destiné à ma génération ne venait plus d’Europe mais de Hollywood avec la vague des Steven Spielberg, George Lucas, Joe Dante, Robert Zemeckis et autre Ivan Reitman. Tous les mercredi j’allais au cinéma avec ma grand-mère voir un bon (ou souvent un mauvais) film d’aventure, de science-fiction ou une comédie américaine. Tous ces films m’ont réellement influencé mais c’est EVIL DEAD II qui m’a donne envie de faire mon propre cinéma. C’était un film sans gros budget, sans star, sans prétention mais avec tout ce que j‘aimais.

Comment t’es tu retrouvé à réaliser des films à gros budget à Hollywood?
C’est une succession de très gros coups de chances qui m’ont permis de faire les films que j’aime et qu’ils soient des succès. Mais tout commence par une étape principale : Le choix des films. Que l’idée vienne de moi ou qu’un producteur (-ctrice) téméraire m’offre l’opportunité de réaliser un film qu’il a développé, je choisis de réaliser les films que je rêve de voir. Toute personne qui choisit un film pour entreprendre de remporter la mise ou se voir couvert de récompenses risque d’être âprement déçue car c’est toujours le public qui choisit et souvent de maniére très surprenante.

Réaliser Hulk a du être une aventure incroyable! Comment un réalisateur Français se vend il pour se retrouver aux manette de l’un des plus gros blockbuster de 2008?

Le plus humblement possible car, au départ, on sait que l’équilibre relationnel est encore fragile. Pour la plupart des studios US, les Français sont des auteurs qui savent faire un cinéma d’avant-garde (dont ils achèteront les droits des millions pour souvent ne rien en faire) mais n’ont jamais rien compris au cinéma très grand public, le « four quadrants » (les 4 quartiers de la population, les personnes de plus de 45 ans, les hommes, les femmes et le plus important pour le box office, les jeunes). Mais Luc Besson avait changé la donne dans les années 90.

L’argument de vouloir réaliser un film outre-Atlantique plutôt qu’en France est-il seulement un argument budgétaire, doublé de l’american dream? De l’autre côté la pression des producteurs US sur la façon de réaliser le film n’est-il pas une contrainte?

C’est donc un rêve d’enfant qui se réalise. Il y a beaucoup de pression mais en France les exigences en ce qui concerne le cinéma grand public sont similaires. Elles viennent des chaînes de télévision qui financent au lieu de venir du studio. Toute demande est motivée, à vous de savoir jusqu’où vous voulez laisser le studio influencer votre travail.

Est-ce possible pour un Français de faire un film personnel à Hollywood?
Tout-a-fait. Je crois que mes films US me ressemblent plus. C’est aussi parce que je suis plus a l’aise dans ma façon de concevoir, écrire, produire et réaliser mes films.

Hollywood vs La France est-il synonyme, comme beaucoup le pensent à Frustration vs plus d’indépendance? Quel pourcentage, sur l’ensemble de ton travail donnerais-tu à la frustration, avec du recul sur tes films?
Depuis que je réalise, je garde en tète une phrase de Steven Spielberg qui dit que « parfois, le compromis est le meilleur ami du réalisateur ». Les obstacles, les demandes folles, la mauvaise météo, me permettent souvent de réfléchir plus a ma façon de filmer une scène et rares sont les fois ou je regrette d’avoir change de cap.

Comment expliques tu le fait que la plupart des expatriés français soit issus du cinéma de “genre” (Aja, Laugier, Bustillo et Maury, Palud et Moreau)? D’autant que tous n’ont pas une grande renommée en France.

Moi non plus, mon genre de cinéma et moi-même n’avons pas une grande renommée en France. Tant mieux pour nous tous. Nous avons tous le même âge et je pense qu’ils réalisent comme moi leur rêve d’enfance, à savoir réaliser des films avec lesquels nous avons grandi mais qu’il est (était) impossible de financer en France.

Est ce que ça signifie que pour aller à Hollywood, il faut faire du cinéma qui intéresse Hollywood? Verrais-tu un François Ozon ou un Etienne Chatilliez à Hollywood?
Bien au contraire. Je mettrais ma main à couper qu’Etienne Chatilliez ou Francois Ozon ont plus d’appels du pied (avec ponts d’or a l’appui) de Hollywood que la plupart des réalisateurs français. Certains studios n’utilisent les réalisateurs que pour mettre en images leurs films mais la majorité des majors adorent les vrais, bons, réalisateurs. J’ai eu la chance de travailler aux cotes de Jean-Pierre Jeunet. Vous ne faîtes pas plus français que Jean-Pierre, pourtant, Hollywood se l’arrache.

J’ai l’impression que tu réalises tout de même plus de films aux US qu’ici. La France ne te manque t-elle pas? As tu des projets hexagonaux dans tes tiroirs?
La France me manque souvent mais nous sommes des nomades dans ce métier et qui sait si où mon prochain projet se fera.

Question piège. Quel sont les films hollywoodiens, réalisés par des Français que tu préfères?
Ah, ah, c’est dur comme question. J’y réfléchi et je réponds lors de notre prochaine interview.

Si tu avais un conseil à donner aux futurs réalisateurs français en quête d’Hollywood, quelle serait la règle la plus importante de survie?
La règle que je me suis imposée depuis le début : rester humble et passionné. Tout ce que vous faites, faites-le avec le plus grand intérêt car ce métier s’apprend en accumulant une somme de détails, de rencontres, de connaissances.


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