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Battisti : la main de la France derrière la décision brésilienne ?

Publié le 15 janvier 2009 par Hmoreigne

Le gouvernement brésilien a fait part mercredi de son choix d’octroyer le statut de réfugié politique à l’ex-activiste italien d’extrême-gauche, Cesare Battisti.  En Italie le choc est rude. La décision est ressentie comme offensante. En filigrane, le couple Sarkozy est suspecté d’avoir à l’occasion d’un voyage officiel “soufflé” la solution aux autorités de Brasilia.

Les années sont passées mais le souvenir des années de plomb est resté. A 54 ans Battisti n’est pas un repenti. L’ancien chef des “Prolétaires armés pour le communisme” n’a jamais formulé de regrets par rapport à son engagement dans la violence armée.

En 1979 il est arrêté en Italie dans le cadre de l’enquête sur la mort du bijoutier Pierluigi Torregiani, incarcéré et condamné pour “participation à bande armée” et “recel d’armes”. Il s’échappe en 1981 pour la France, puis le Mexique. Il revient à Paris en 1990, où il débute une double carrière de gardien d’immeuble et de romancier noir remarqué.

En 1993, il est condamné par contumace à la prison à perpétuité en Italie pour l’assassinat entre 1978 et 1979 de quatre personnes. Battisti clame pourtant son innocence et assure n’avoir jamais tué personne.

Comme Petrella, Battisti trouve refuge en France, au bénéfice de la “doctrine Mitterrand”, qui accorde protection aux Italiens accusés de terrorisme sous réserve, qu’ils renoncent à leurs activités politiques. En 2002, sous la pression du gouvernement Berlusconi, un premier Italien, parfaitement inséré est extradé. Il s’agit de Paolo Persichetti, alors enseignant à l’Université de Vincennes. En février 2004, Cesare Battisti est arrêté à son tour sur demande de la justice italienne. Il est remis en liberté sous contrôle judiciaire le mois suivant. En juin 2004, la Cour d’appel de Paris se déclare favorable à son extradition. Battisti se pourvoit en cassation. Craignant le pire, il quitte la France mais publie Ma cavale, un ouvrage qui constitue une tentative de disculpation.

En mars 2007 Battisti est arrêté à Rio de Janeiro, avec l’aide de la police française. Nicolas Sarkozy est alors ministre de l’Intérieur. En avril 2008, le procureur général brésilien  rend un avis favorable à son extradition, refusant de considérer les crimes de Battisti comme politiques. Il juge au contraire qu’”Ils ont été marqués par une certaine froideur et un certain mépris pour la vie humaine.”
Le 28 novembre dernier, le comité national pour les réfugiés du Brésil rejette sa demande d’asile. Dernier acte de cette longue saga, mercredi. Le ministre brésilien de la justice recommande que l’asile politique soit accordé à l’ancien activiste italien. Ce dernier pourrait retrouver la liberté dès que la cour suprême aura approuvé l’ordonnance de remise en liberté.

L’annonce suscite une vague d’indignation à Rome où le secrétaire d’Etat à l’Intérieur, dénonce un choix “grave et offensant” : “Ce choix est grave car il introduit la possibilité d’une remise en liberté de Battisti, actuellement emprisonné au Brésil. Il est offensant car penser qu’il puisse être considéré en Italie comme un persécuté politique revient à bafouer notre démocratie.”

C’est pourtant là, toute la ligne de défense de Battisti. Le 9 janvier, il déclarait à l’hebdomadaire brésilien Epoca : «Je suis certain que si je vais en Italie, je serai l’objet de vengeance. Je serai assassiné.» Le chef de la diplomatie italienne Franco Frattini au-delà de sa “surprise” et de son “grand regret” a demandé instamment au président Lula de revenir sur la décision de son gouvernement. La décision brésilienne “démontre encore une fois une insensibilité totale et un manque de respect pour notre démocratie”, a affirmé à l’AFP Sabina Rossa, députée du Parti Démocrate (centre gauche), membre d’une autre association de victimes du terrorisme et dont le père a été tué par les Brigades rouges.

La décision brésilienne n’est pas une vraie surprise pour les Italiens. Le quotidien La Stampa, l’avait laissé entrevoir en s’appuyant sur “une source très haut placée et fiable du ministère de la Justice brésilien”. Selon cette dernière, Battisti aurait bénéficié du soutien du parti du président Lula (Parti des travailleurs) dont les pressions ” auraient convaincu le garde des Sceaux, à pencher pour un refus de l’extradition demandée par l’Italie. 

Et la France dans tout ça ? La consultation du site Purepeople.com est éclairante. Le site rappele que c’est grâce à l’intervention de Carla Bruni et de sa soeur Valeria Bruni-Tedeschi que l’ex-membre des Brigades rouges Marina Petrella a échappé, à l’automne dernier, à une extradition synonyme d’emprisonnement à perpétuité.

La suite est encore plus croustillante. “(…) On se rappelle que Nicolas Sarkozy et son épouse s’était rendus au Brésil au moment de Noël, dans le cadre d’une visite diplomatique aux airs de vacances. Le chef d’Etat s’était évidemment entretenu avec son homologue, et il ne fait aucun doute que le sujet de Battisti et Petrella était tombé dans la conversation. L’implication de Carlita, en froid avec le gouvernement italien, aura probablement pesé dans la balance.”

Il est exact que certaines dépêches avaient annoncé que Nicolas Sarkozy, lors de son voyage au Brésil en décembre dernier, avait plaidé en faveur de Battisti. Les services de l’Elysée ont toujours démenti. La présidence de la république avait également démenti les rumeurs les articles de presse qui faisaient état d’une entrevue entre Sarkozy et l’écrivain Fred Vargas, principal soutien de Battisti en France.

La bienveillance de “Carlita” et des intellectuels français est doublement critiquable. Elle s’appuie sur le fait du prince, démocratiquement douteux, qu’avait constitué “la doctrine Mitterrand” mais surtout elle met en cause de façon caricaturale la justice italienne accusée de tous les maux, de toutes les indigences et de n’être qu’au service des riches et des puissants. C’est oublier un peu vite le courage exemplaire des juges italiens qui ont mené l’opération “manne pulitte” contre le pouvoir politique, c’est mépriser une démocratie qui touchée au cœur lors des années de plomb n’a pas sacrifié ses libertés à des dispositions sécuritaires. C’est enfin une réelle indécence de la part d’intellectuels peu sensibles aux déplorables conditions de détention en France, mais singulièrement prêts à donner des leçons à nos voisins italiens sur leur régime pénitentiaire. Interrogeons-nous plutot sur cette étrange fascination de nos intellectuels de gauche pour la violence armée légitimée par le seul prétexte qu’elle serait le fait d’un écrivain de talent. 


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