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Le Discours sur la tombe de l'idiot

Par Untel

On est fixé tout de suite : dès les premières pages nous assistons à ce qui, de notre point de vue est un crime : un homme est jeté dans un puits, car il est « idiot ». Par ce meurtre que nous faisons connaissance avec un village, celui dont les meurtriers sont maire et adjoint au maire. C’est un village qui se voudrait un microcosme : ses frontières se veulent étanches (pour empêcher l’arrivée de citadins ou autres étrangers), et il tient par-dessus tout à préserver son identité, ses règles, que les villageois n’ont pas besoin d’apprendre puisqu’ils les connaissent depuis leur naissance. Les règles n’ont donc pas à être explicites, il s’agit des lois naturelles qui définissent le bien et le mal, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. La normalité est donc bien définie : le villageois est normal (puisque être villageois applique naturellement les règles de son milieu), l’autre est dangereux au moins potentiellement. En tout cas il est pénible, en tant que manifestation de la possibilité d’une autre façon de vivre, ailleurs, selon d’autres règles que celles qui régissent ici la vie et la mort. Il en va d’ailleurs de sa survie même, au village, car remettre en cause ses lois, son mode de vie, c’est assurément attenter à la racine de son existence. Soit.

Cette violence, même omniprésente, est parfaitement intégrée par la société villageoise, et n’émeut pas les habitants. Quelqu’un disparaît ? Ça arrive, surtout qu’il pissait sur la porte de la mairie. On retrouve un cadavre dans un champ ? Eh bien c’est fâcheux, mais que voulez-vous, cette fille aux mœurs douteuses n’appartenait pas à la communauté. Du reste, sans doute le coupable est-il cet étranger qui vient de s’installer dans une ferme voisine. Il faut en effet gagner le droit d’exister dans cette communauté, il faut s’intégrer ou mieux, ne pas essayer de s’incruster. Il arrive toutefois que des villageois, ou des fermiers du coin, se rebellent quelque peu, ou ne supportent plus la violence. Il est à craindre que ces personnes ne soient tout simplement bannies, par l’indifférence de tous à l’égard de leurs souffrances, ou d’une façon un peu plus radicale, sans être nécessairement moins sournoise.

L’auteur s’intéresse à plusieurs figures de ce monde résolument clos et à bien des égards étouffant, et en particulier aux marginaux, autrement dit ceux qui ne sont pas villageois de souche, ou ceux qui remettraient en cause le bel ordre établi. On s’intéresse à leur entêtement, à leur désespoir, et (pourquoi pas ?) à leur désir de s’intégrer à la communauté, en refoulant, le cas échéant, certaines aspirations. Mais l’intérêt de ce livre tient (heureusement) au style de son écriture, et en particulier à sa clarté : des phrases courtes qui rendent impossible tout long discours lyrique ou pathétique, et les tourneraient plutôt en dérision. L’écriture est tout à fait dénuée de haine comme de bons sentiments. Elle suit son cours, rapide, claire. Tant mieux.

Le Discours sur la tombe de l’idiot, de Julie Mazzieri, Chez José Corti




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