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[critique] Hunger

Par Anagbmf

Rating: 3 out of 5 stars

J’ai mis un long moment avant d’accepter de voir le film. “beau” par Télérama. “superbe” par les Cahiers du Cinéma. “magnifique” par Positif… Tout ça, contrairement à beaucoup de gens, a tendance à plutôt me révulser. Vraiment. Je trouve rarement leurs critiques constructifs, bien au contraire. J’ai tout un tas de raisons pour ça, et une critique ne suffirait pas. Je n’écris pas ce soir pour faire leur procès du haut de mon petit blog.
Je me suis donc rendue à une reprise dans un cinéma de Dunkerque du film Hunger, en me disant que, quand même, ça serait bien que je le vois. Pour Steve McQueen et pour le sujet qui m’interpelle vraiment beaucoup. Simplement, la bande-annonce m’avait dégoûtée pour quelques mois.

Je me suis alors installée dans mon siège sans rien penser. Rien du tout. J’ai attendu que toute la vague médiatique autour du film soit retombée dans une écume calme et lointaine.
Steve McQueen, artiste contemporain, signe un film au sujet radicalement dur, vraiment. L’anglais McQueen qui s’intéresse au traitement des prisonniers politique de l’IRA au début des années 80.
Alors, voilà.

Le premier quart d’heure m’a été retiré par une angoisse devant les plans très longs, très lents, dont je n’ai compris l’intérêt que plus tard, pendant ces une heure quarante de pellicule. Et puis, lorsque le plan sur un policier aux poings en sang d’avoir frappé et encore frappé, fumant sous la neige, est arrivé, je suis un peu plus rentrée dedans.

Première chose : ces critiques que l’on trouve et qui scandent “magnifique”, “beau”, “somptueux”… NON. Comment un sujet aussi extrême, aussi violent, aussi réel peut-il être beau? Tout est une question de vocabulaire, bien-sûr, mais ne voir que le travail esthétique de Steve McQueen serait lui retirer tout son travail accompli pour travailler le regard du spectateur, et pas uniquement esthétique.
Plusieurs parties. Un gardien de la prison, passe du calme insoutenable de sa maison au bruit et la violence qu’il orchestre sur des corps nu qui le répugne. Deux prisonniers passent leur temps en souillant leur cage et en soutenant leurs convictions. Un policier pleure devant la haine. Et Bobby Sands décide de mourir. Peu de dialogues, des scènes en apparences sans lien qui se retiennent les unes les autres et dont on ne comprend le sens qu’en sortant de la salle.

Ce film s’éclaire d’une intelligence sincère. Il serpente entre les acteurs qui ont connu le mouvement Blanket and No-Wash Protest. Bobby Sands n’est pas le héros mais plutôt le centre nerveux. On le voit mourir et on aurait presque envie de fermer les yeux. On se vide alors que des corps souffrent. Certes.

Pas si loin de l’essai vidéo, le film enchaîne les plans longs, silencieux, cadrant en gros plan ou en plan large au choix et d’interminables plans fixes. La seule trace d’une fiction colorée et parlante, c’est Bobby Sands enfant qui s’accompagne alors qu’il a 27 ans et qu’il va mourir. Hein hein… A proscire (ou pas, l’expérience peut être bonne) aux réfractaires aux dispositifs en tous genres. Steve McQueen sait d’où il vient. Notons que sa lumière et ses cadrages restent bluffants. Certains pourront tout de fois s’y perdre.

A noter, le superbe échange de mots forts entre Bobby Sands et son prêtre, qui, en quelques minutes, explique beaucoup de choses.

Attention cependant à la difficulté d’esthétiser la violence, Mr artiste contemporain. Tout dans ce film prend des risques : comment esthétiser la violence d’un Etat, peut-on le faire, comment filmer le malheur de prisonniers sans leur offrir un pathos qui serait injuste et loin de l’Histoire? Si l’on ressort du film terrifié par la misère humaine et dégoûté par la bête violence, toute la difficulté est de savoir si le pathos rend service à un tel sujet. Bien-sûr, le film très proche de l’art contemporain, n’a rien du scénario pleurnichard hollywoodien et réussi très bien à apporter un contre-point aux prisonniers par la figure du prêtre (admirablement jouée). Tout en retenu, de ce côté, le film évite le pire.

Luttons contre Télérama et ses copains. Regardons de l’Art & Essai et apprécions-le d’une autre manière.

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