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Les Anges et Démons d'Astro City

Par Neault

Le polar super-héroïque est un peu le genre "noble" du comic, du moins, il est censé l'être. Petit exemple avec Les Anges et Démons d'Astro CityAstro City : Des Ailes de Plomb.

Un tueur de Masques Noirs sévit dans Kiefer Square. Le quartier contient son lot d'anciennes gloires et de petites frappes, toutes devenues de potentielles victimes. Les héros ont sans doute mieux à faire que de s'occuper de criminels en danger, alors c'est à Steeljack que l'on fait appel. Il sort de prison et veut tenter de rester du bon côté pour une fois. Mais, inexorablement, tout le pousse à franchir de nouveau la frontière, à renouer avec son ancien passé...

Sa peau de métal lui permet de cogner dur et d'encaisser mais sera-t-il à la hauteur de l'enjeu pour autant ? Enquêter n'est pas son fort. Il est lent. Et vieux. Et fatigué. Et pourtant, pour les habitants de Kiefer Square, il est le dernier espoir.

Voilà donc un polar noir à la sauce super-héroïque. Pas une nouveauté donc puisque l'on reconnaîtra vite un certain cousinage avec Watchmen , la référence du genre. Les points communs sont nombreux : un tueur de Masques

Les Anges et Démons d'Astro City
, une enquête avec quelques flashbacks, des héros pas toujours très clean, des aspects technologiques très rétro voire kitsch et même quelques ressemblances physiques entre certains personnages. Kurt Busiek signe là un scénario bien construit sans toutefois faire preuve d'une grande originalité. Le lecteur habitué des productions mainstream pourra reconnaître quelques références et clins d'oeil. La First Family par exemple, qui parodie les Fantastic Four jusque dans les initiales sauf, évidemment, après être passée à la moulinette de la traduction, ou encore certaines enseignes au nom évoquant des acteurs illustres du monde des comics. Dans le genre "je revisite le binz et je place des machins presque cachés pour les fans", on en a tellement vu que, là encore, pas de quoi avaler son bretzel de travers d'étonnement.

Et pourtant, il ne faut pas s'arrêter à ce sentiment de déjà-vu car, malgré tout, l'on est devant une bonne histoire.

Les dessins de Brent Anderson donnent un côté intemporel à ce récit. Il va surtout se révéler très habile au niveau des décors de ce fameux quartier malfamé auquel il

Les Anges et Démons d'Astro City
donne une réelle âme. Les visages également, ridés et marqués par la vie, en rajoutent encore dans le côté désabusé et triste qui imprègne cet album.

Au final, les auteurs se livrent à une réflexion sur l'échec, la rédemption, le poids des erreurs passées... mais aussi sur l'intransigeant regard des bien-pensant ou sur l'impossibilité d'échapper à sa condition. Car Steeljack, quoi qu'il fasse, ne pourra jamais être un héros. Et certains malfaisants, eux, le demeureront à jamais. La constatation est amère, la fuite en avant presque sans espoir, et l'on finit par être embarqué et pris aux tripes en se réjouissant d'éprouver de l'empathie pour un si "gentil" bad guy.

C'est d'ailleurs peut-être là que ça coince, tout reste finalement trop gentillet pour être vraiment sombre et bien trop sérieux pour n'être que parodique. Il manque quelque chose. Peut-être la folie d'un Moore (celle d'il y a quelques années, quand il ne se laissait pas totalement bouffer par elle) ou l'ultra-violence teintée d'humour d'un Ennis.

Astro City est une série publiée de nos jours sous le label Wildstorm. Les premiers tomes VF ont été édités il y a quelques années par Semic (mais ils étaient uniquement disponibles par souscription). Celui-ci est paru en 2007 chez Panini, c'est donc le premier que l'on a eu le plaisir de découvrir en librairie. Les covers sont de Alex Ross et l'ouvrage contient une introduction de Frank Miller qui condamne la frilosité, à une époque, de certains éditeurs et qui n'oublie pas, au passage, de s'auto-congratuler pour son Dark Knight. ;o)

Sept épisodes sur papier glacé avec hardcover pour 24 euros.

Une bonne histoire dont on voit trop qu'elle était destinée à être un chef-d'oeuvre et qui aurait pu l'être si ses auteurs avaient su s'affranchir de codes imposés par des prédécesseurs qu'ils vénèrent sans doute un peu trop.

"[...] toute ma vie je n'ai fait que fuir... et je suis toujours au même endroit..."

Carl Donewicz, sous la plume de Kurt Busiek.


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