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Sang pour sang

Publié le 18 janvier 2009 par Stéphan
Il y a environ 365 jours, la Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, annonçait vouloir "suspendre l'interdiction" faite aux homosexuels de pouvoir donner leur sang, qualifiant cette interdiction de "démarche discriminatoire qui n'est pas tolérable". La suspension de l'interdiction devait, selon la ministre, être effective "d'ici quelques jours".
Mais finalement, elle a changé d'avis : l'interdiction sera maintenue.
Sa décision est basée sur des "chiffres incontestables : entre 10 et 18 % des gays sont contaminés, alors que ce pourcentage est de 0,2 % pour les hétérosexuels" déclare-t-elle dans une interview donnée à Libération.
Une fois encore, on brandit des chiffres qui font peur, on invoque une réalité implacable et des risques abominables validés par les tristement fameux "Médecins/Experts super-compétents", les mêmes peut-être qui ont géré de façon désastreuse la collecte du don de sang dans les années 90 et qui ont mis tant de temps à réagir face au scandale de l’amiante ou au scandale des hormones de croissance (dont la justice vient de prononcer la relaxe de tous les acteurs).
Certes il y a bien une proportion élevée de séropositifs chez les homosexuels hommes, et alors ?
Toutes les poches de sang prélevées sont testées avant d'être autorisées à la transfusion et de plus, la majorité des séropositifs connaissent leur statut sérologique et en bonnes personnes responsables (tous les gays ne sont pas des follasses inconscientes ayant un QI de 50 dont le seul but serait d’aller contaminer leur voisin hétéro) ne se rendent pas aux collectes de sang. Qu'ils soient plus nombreux chez les homos n'y change rien.
En réalité, le risque vient seulement des personnes séropositives, ignorant leur statut, et contaminées depuis trop peu de temps pour faire réagir les tests de dépistage (les tests ne détectent pas les virus mais seulement la réaction de défense de l'organisme, et il faut quelques semaines pour que cette réaction apparaisse).
Le risque est donc là mais quelle est alors la proportion de ces homosexuels dangereux pour la sécurité transfusionnelle, c'est à dire susceptibles de se rendre à une collecte de sang et ayant été contaminés par le VIH ou par une hépatite depuis moins de quelques semaines ?
Je n'en sais rien mais j'ai le sentiment qu'on est très très loin du chiffre repoussoir de 10 à 18 % invoqué par notre ministre.
D'autant que depuis plusieurs années, la majorité des contaminations récentes surviennent chez les hétéros (sur ces quinze dernières années, l'épidémie a progressé de 410% chez les personnes hétérosexuelles et à baissé de 68% chez les homosexuels) et que les homos, se sachant un groupe à risque se font dépister plus régulièrement que le reste de la population.
Et j’attends alors qu’on m’explique, pourquoi le temps d’incubation et la sodomie poseraient un problème pour les homos mâles et pas pour les hétéros (et les lesbiennes ont en fait quoi ? ).
Aussi, plutôt que de mettre tous les homos dans un même sac avec écrit dessus en grosses lettres (dangereux pour la survie de l’humanité), il faudrait revoir le questionnaire qui est soumis à chaque candidat au don du sang.
Le voici tel qu'il se présente aujourd'hui :

Au lieu de demander bêtement aux donneurs s'ils ont eu des rapports homosexuels (d'ailleurs pour être parfaitement exact, il faudrait surtout savoir s'ils ont pratiqué ou pas la sodomie) on devrait leur demander s'ils ont eu plus de X partenaires différents au cours des Y derniers mois. On pourrait aussi lever le caractère définitif de l'interdiction de don à toute personne ayant eu au moins une relation homosexuelle. Ça n'a pas de sens de classer parmi les personnes à risque un abstinent ou un hétérosexuel (un peu bi quand même ! ) ayant eu quelques rares expériences homos plusieurs années auparavant, alors qu'un hétéro avouant des pratiques à risque n'est lui pas interdit définitivement, mais seulement pour trois mois.
On éviterait ainsi cette odieuse stigmatisation "homosexualité = danger" que laisse sous-entendre le questionnaire actuel et on éviterait de rejeter des donneurs sans risque alors que par ailleurs, les banques de sang sont en situation de pénurie chronique.
En effet, comme le rappelle les affiches publicitaires un peu partout dans Paris, actuellement le sang manque cruellement dans les établissements de soins français et si une mesure est bien dangereuse pour la santé publique, c’est d’abord d’empêcher une partie de la population de donner, généreusement, son sang.

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