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La BNS sur la pente savonneuse

Publié le 19 janvier 2009 par Kalvin Whiteoak

Le 19 octobre 2008, le LIBOR à trois mois en Suisse ou sur le marché suisse était environ à 3 %. Trois mois plus tard (et quelques fantaisies de la BNS en plus…), il est toujours sur une courbe descendante à 0.55%, sans parler du taux spécial de refinancement Repo-Overnight qui lui était à 0.03 % le 16 janvier 2009.

Entre le 31 décembre 2007 et le 30 septembre 2008, date de son dernier bilan intermédiaire publié, la BNS a fait gonfler son bilan de 40 milliards de francs approximativement, ce qui constitue une hausse en pourcentage de l’ordre de 32 %, pour la quasi totalité destinée à prendre en pension (pudiquement dit, non, la pension de famille..  ) des titres et créances en US dollars qui ne valent rien ou du moins pas grand chose.

On remarquera que le sauvetage UBS (Saison 1) date du mois d’octobre 2008 au plus tôt et que les milliards consacrés à la société poubelle ne figurent donc pas dans le bilan au 30 septembre de cette même année.

descente-dangereuse

On remarquera aussi, juste pour la clarté des comparaisons qui certes ne sont pas raison, que le total du bilan de la BNS au même 30 septembre 2008 est de l’ordre de 164 milliards de francs …. contre un total pour la trop fameuse moribonde UBS de l’ordre de 2′000 milliards, soit un rapport de 1 à 12 au moins : inquiétant ratio, par ailleurs plus que parlant.

Un dernier chiffre: le budget total de la Confédération pour une année entière est de l’ordre de 50 milliards de francs.

Mais d’où vient donc tout cet argent, puisque la BNS ne le possède pas ? la réponse est toute simple, notre institut d’émission l’emprunte sur le marché, ou plus précisément à deux endroits : chez l’oncle Sam ainsi que cela ressort toujours du même bilan et auprès de … la Confédération qui a octroyé à sa propre banque nationale quelques largesses en 2008 grâce aux liquidités du marché (15 milliards entre le 1er janvier et le 30 septembre 2008) qui remplissent les fameuses caisses fédérales ” toujours vides” lorsqu’il s’agit de dépenses intelligentes et sociales.

Ainsi donc, par un concours de circonstances qui ne doit rien au hasard, la Confédération, les Chambres et la BNS se sont alliées en 2008 pour sucer les liquidités du bon peuple et les mettre à disposition d’une BNS qui couve sa chère UBS comme s’il s’agissait d’un joyau de famille intact.

Sauf que jusqu’à preuve du contraire et sous réserve d’une participation conditionnelle à hauteur de 6 milliards, la grande banque a toujours été en mains privées.

Et sauf aussi que la politique du taux d’intérêt réduit à zéro ou presque va inévitablement conduire en pareilles circonstances à une déflation majeure : or le synonyme de déflation est la baisse des prix, du pouvoir d’achat et de la valeur intrinsèque des produits et services exprimés en monnaie locale.

Avec son cortège de conséquences funestes. Car l’oncle Sam, lui, qui pratique à un facteur 1000 cette même politique, prend le soin de prêter à la BNS en US dollars. Et à exiger un remboursement en cette monnaie. Même avec Obama à Washington.

On se réjouit donc d’avoir accès aux comptes 2008 complets de l’institut d’émission, pour y faire quelques sondages. Nul doute cependant qu’avec sa gymnastique pour laquelle certains voudraient lui décerner un OSCAR ou pas loin, la BNS est en train de précipiter encore plus le pays dans la récession que ce que la crise elle-même et l’UBS avaient fait auparavant. Drôle d’attitude pour une banque centrale.

A part pour le crédit hypothécaire et de la part de certaines banques cantonales ou assimilées, le taux du loyer de l’argent qui frise le 0 % n’a pas apporté un franc de plus de liquidités dans les caisses des PME. Or assouplir le crédit voudrait dire en octroyer plus facilement. Mais de ceci la BNS n’a cure, comme d’ailleurs depuis des lustres, puisque la Suisse n’est vue par ses pontes que comme une sorte de gigantesque usine financière destinée à fabriquer des millions avec feu l’argent des autres et non pas comme un pays pouvant vivre de l’innovation dans de nombreux autres domaines, à condition de pouvoir disposer de liquidités.


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