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Ne pas confondre urgences et prospective, ou gouverner c’est prévoir dans le métro et les trains de banlieue aussi ;-)

Publié le 19 janvier 2009 par Jean-Paul Chapon

Je n’aime pas réagir à chaud, mais un carambolage entre la lecture du livre de Frédéric Gilli et Jean-Marc Offner, Paris métropole hors les murs, et l’audition des présidents de la RATP et de la SNCF par le STIF, l’autorité organisatrice des transports de la région Ile-de-France, me pousse à le faire ce soir.

Dans le petit livre de Gilli et Offner, on peut lire au chapitre « Banalités et spécificités » paragraphe « Faux débats » une critique que les experts, ceux qui savent, aiment opposer à ceux qui réagissent avec une compétence et une sagesse de brèves de comptoir. Ils écrivent, « la “tyrannie de l’instant présent” conduit à mélanger urgences et prospective, grands travaux et planification. Le projet Métrophérique (rocade de transport collectif ferré en proche banlieue), à peine au stade des études, se voit chargé d’apaiser la colère des usagers du RER A, à juste titre excédés par la surcharge de la ligne. » Voilà, les experts ont parlé, on ferme le débat et on prie le peuple et les médias de se calmer et de laisser les gens qui savent décider, sans confondre « urgences et prospective ».

Et ce matin au STIF, il était clair qu’on ne confondait pas « urgences et prospective » à en lire le compte-rendu que Challenges en donne ce soir sur son site. Challenges rappelle que Pierre Mongin, président de la RATP, et Guillaume Pepy, président de la SNCF, étaient convoqués par Jean-Paul Huchon, président du STIF au titre de président de la région Ile-de-France pour s’expliquer sur « dysfonctionnements de ces derniers mois – grèves, pannes, avaries matériel, incidents techniques et accidents voyageurs. »

Challenges poursuit, « les explications peuvent être résumées en trois mots : hausse du trafic. La RATP a transporté 300 000 usagers de plus en 2008 qu’en 2007. La SNCF a compté 4% de voyageurs de plus sur la même période. Or, les deux entreprises se sont déclarées surprises par une telle affluence, dont elles n’avaient ni l’une ni l’autre anticipé l’importance. Trop de voyageurs, donc, qui tirent les signaux d’alarme, font des malaises et s’agressent entre eux – 35% des retards seraient de leur fait, accuse la SNCF. » Jean-Paul Huchon ajoute d’ailleurs trop peu d’Etat qui n’honore pas ses engagements 825 millions d’euros promis et non versés dans le cadre d’un Contrat Etat-Région. Mais revenons à l’explication des deux opérateurs : trop de voyageurs. Tout d’abord si 35% des retards sont dus aux voyageurs, ça en laisse tout de même un bon 65% dû à la SNCF et à la RATP, et encore parmi les malaises voyageurs faudrait-il décompter ceux qui sont liés aux conditions dans lesquelles le voyageur-bétail est transporté quotidiennement.

Bref, c’est la surprise. Etonnant, non ? alors qu’année après année on lit les communiqués triomphant, annonçant un recul de l’utilisation de la voiture au profit des transports en commun ? Est-ce une surprise vraiment ? Et malgré tout le bruit fait autour du vélo, qu’il soit Vélib’ ou non, c’est bien sympathique, mais pas sérieux à l’échelle d’une métropole comme Paris, intra et extra-muros dont la population est l’équivalent de celle de la Belgique… Alors ce qui serait cocasse et si ce n’était navrant dans ce carambolage, c’est la certitude de ceux qui savent, les experts, urbanistes, géographes et économistes, les dirigeants des entreprises de transport présents et passés, les secrétaires d’Etat au développement de la région-capitale, qui année après année expliquent tous doctement qu’il ne faut pas confondre « urgences et prospective », repoussent les décisions parce que trop évidentes, tout juste dignes de réflexion de café du commerce, sont plus malins et se réveillent étonnés parce qu’il y a des voyageurs dans les transports en commun ;-)

Bien sûr que Métrophérique ne résoudra pas en un jour le problème du RER A. Bien sûr il faut prendre des mesures d’urgence comme des trains à deux niveaux généralisés (il paraît que dans l’urgence les premières rames supplémentaires seront pour 2011 ;-). Mais combien d’années déjà perdues à faire de la prospective alors qu’il y a une urgence qu’on laisse grandir par incompétence ou irresponsabilité. Il y a eu le projet Orbital, et aujordh’ui Métrophérique, dépassé depuis plus de 15 ans aux dire de notre secrétaire d’Etat ancien président de la RATP, comme le périphérique l’est certainement aussi aujourd’hui, mais imagine-t-on un instant ce que Paris serait sans lui, en plus de ne pas avoir eu l’intelligence visionnaire de faire Orbital ? Quant à Métrophérique, si l’on n’avait pas eu à pâtir du désengagement de l’Etat des transports de banlieue, si l’on n’avait pas eu à souffrir le blocage d’un président de la région, et si l’on avait une volonté et un courage politiques à la hauteur des enjeux, l’urgence serait certainement moins grande aujourd’hui. Mais voilà toujours des si, et les experts, les politiques, les savants, bref ceux qui savent diront qu’avec des si on mettrait Paris en bouteille. Et bien ils ont raison, c’est fait, Paris n’est qu’un grand embouteillage, pour tous les types de transports, routiers ou ferrés, à l’image du conducteur du RER A qui annonçait l’autre matin, « Mesdames, Messieurs, le trafic commence à se densifier, je vais vous demander de bien vouloir patienter »….

Jean-Paul Chapon


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