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Barack Hussein Obama, ce premier président du Monde

Publié le 19 janvier 2009 par Petiterepublique

Au lendemain du Martin Luther King’s Day, ce jour d’investiture de Barack Hussein Obama, nul ne le contestera, est rempli d’une dimension historique sans précédent. En effet, bien peu nombreux sont ceux qui auront pu imaginer cet événement avant qu’il ne devienne cette réalité si improbable aux yeux du monde aujourd’hui encore incrédule . Certes, si la nature du vote qui a eu lieu le 4 novembre 2008 doit beaucoup à la conjonction d’une présidence calamiteuse de George W. Bush et d’une crise financière profonde, désormais mue en véritable crise économique, il est impossible de faire abstraction des qualités probantes de l’homme providentiel qui gouverne à partir d’aujourd’hui aux destinées de la nation américaine. Premier africain-américain à occuper la plus haute fonction mise en place par la constitution du 17 septembre 1787 (art II-Section 1), texte inaugurant le genre, mais dont les rédacteurs n’avaient pourtant pas eu le courage d’abolir l’esclavage. Aussi, le 44e président des États-Unis, en incarnant un espoir aux dimensions planétaires, ne devient-il pas, tout du moins symboliquement, le premier président planétaire ?

En pleine guerre de Sécession, alors que la nation américaine se déchire, c’est Abraham Lincoln, 16e président élu, qui, en ce 1er janvier 1863, proclamera l’émancipation de tous les esclaves noirs, faisant de cette journée un moment déjà historique. Alors qu’il sera assassiné par John Wilkes Booth le vendredi saint de l’année 1865, 7 millions de personnes assisterons à ses obsèques afin de lui rendre un hommage grandiose. On comprendra alors que le personnage soit aujourd’hui le modèle de Barack Hussein Obama qui, ces derniers jours, aura marché dans les pas de l’illustre homme d’État, convoquant par là-même toutes celles et ceux qui auront lutté pour la reconnaissance de leurs droits civiques. Aussi, de toutes nos forces il faut espérer que son chemin ne soit pas interrompu par un dangereux illuminé quelconque, à l’image de ceux qui ont déjà payé ce tribut à la nation.

Mais, l’inertie de la société américaine ne permettra pas encore l’accession de la minorité noire à l’égalité, un siècle et nombre de combats incessants seront en fait nécessaires afin de parvenir à cette réalité. C’est Lyndon Johnson qui signera le Civil Rights Act du 2 juillet 1964, texte qui rendra illégal toute acte de discrimination, complété par le Voting Rights Act du 6 août 1965, loi qui supprimera les restrictions imposées aux Noirs américains afin qu’ils puissent voter. Enfin, la cour constitutionnelle conclura ce long parcours, parsemé de souffrances impensables, en jugeant anti-constitutionnelles les lois posant l’interdiction des mariages entre personnes de couleurs différentes.

Dès lors, au regard de ce bref survol historique, il est difficile de ne pas prendre conscience de l’évènement de ce-jour, qui rayonne bien au-delà de la seule nation américaine. Le monde dans son immense majorité ayant, de fait, voté pour Barack Hussein Obama, forçant la destinée exceptionnelle d’un homme qui était encore inconnu du grand public lorsqu’il se déclara candidat à l’investiture du parti démocrate. Incontestablement, il y a là comme un rêve global qui vient de se réaliser, et l’Histoire vient d’en prendre acte.

Le 4 novembre 2008, le peuple américain franchissait le pas décisif en élisant celui qui, dans son discours fondateur de Philadelphie [1] proposa de « continuer la longue marche de ceux qui nous ont précédé, une marche pour une Amérique plus juste, plus égale, plus libre, plus généreuse et plus prospère ». Mais encore, celui qui n’était alors que le sénateur de l’Illinois, ne manquera pas de souligner avec insistance « que nous avons tous une histoire différente mais que nous partageons des espoirs similaires, que nous ne sommes pas tous semblables et que nous ne venons pas du même endroit mais que nous voulons aller dans la même direction, vers un avenir meilleur pour nos enfants et petits enfants ». La diversité unie, voilà en substance le bouleversement qu’il propose au peuple des États-Unis.

Si la perspective ainsi dessinée demeure ambitieuse, force est de constater qu’elle arrive à point nommé pour une nation en perte de vitesse, devant faire face à ses doutes profonds, et qui n’aura jamais été aussi proche d’un gouffre sans équivalent dans son histoire pourtant tumultueuse [2]. Certes la fédération a déjà connu les affres de l’histoire, traversant Révolution, guerre civile, luttes sociales et crises économiques vertigineuses, mais cela fut en des temps tout à fait différents, incomparables parce que le monde n’était pas encore ce village global profondément lié par une destinée désormais commune, où les problèmes des uns sont aussi ceux de tous les autres. Le devenir de l’humanité a pris le virage irréversible, mais incontournable, de la globalisation, et tous les adeptes de la théorie du “choc des civilisations” n’y pourront rien, il en va désormais ainsi sur notre Terre bleue comme une orange, comme l’écrivait l’immense Éluard.

Quelque part, l’homme providentiel, dans son histoire personnelle incarne merveilleusement celle de la nation américaine toute entière, pétrie du levain de l’immigration, et donc de la diversité, déjà riche de métissages multiples dont elle n’est qu’au début des potentialités extraordinaires. Là aussi, ne faut-il pas y voir le parfait reflet du monde de demain, fait de mélanges improbables dont toute l’humanité tirera le bénéfice malgré elle, car telle est la dynamique de notre cheminement commun ? Et cela ne se décrète point, cela est, parce que le sens du vivant s’impose inexorablement à l’ensemble, comme une force tranquille, belle et enivrante lorsqu’on sait la contempler. C’est à ce titre que le moment est HISTORIQUE, non seulement pour les États-Unis, mais encore pour l’ensemble de la communauté humaine car il est la conséquence d’un monde en devenir, symbolisant et incarnant tous les espoirs qu’il nous faut maintenant concrétiser si on veut perpétuer notre genre ici-bas.

L’homme, à la tête de la toujours première puissance mondiale, porte en lui une infinité de projections de quantité d’humains, qui désirent au plus profond d’eux que ce monde change radicalement d’orientation, en favorisant notamment le développement d’une plus grande JUSTICE pour une majorité d’êtres humains. C’est aussi en cela que Barack Obama peut-être considéré comme le premier président du monde, tant il incarne le désir de l’ensemble des plus démunis de ce monde d’accéder enfin à une dignité dont ils ont été privés jusque-là. Pour autant, même si chacun mesure qu’il ne réalisera pas les miracles indispensables dans le temps qu’il lui est imparti, sa présidence pourrait infléchir une tendance générale, rompant avec les lignes de forces qui ont mené l’humanité au point de rupture présent. Si les défis restent immenses, incommensurables tant les sommets à conquérir s’apparentent à une chaîne montagneuse imaginaire, la dynamique nouvelle peut faire office d’une substance dopante qui profiterait au plus grand nombre, parce que l’histoire de l’humanité est faite « de survie, de liberté et d’espoir ».

Tout ce que compte la planète d’observateurs et de commentateurs aiguisés ne cesse de rappeler combien la tâche confiée à Barak Obama est inhumaine dans sa difficulté, tant au plan intérieur (crise économique et financière, système de santé, égalité des citoyens, fiscalité, écologie, Guantanamo…), qu’au niveau international (situation en Irak, en Afghanistan, Iran, Corée du nord…), alors que le conflit israélo-palestinien depuis trois semaines vient de s’inviter à la table du programme des réjouissances. Mais l’homme mesure parfaitement cela, il sait rester humble face aux obligations qui sont désormais les siennes et celles de son équipe. Aussi, n’a t-il pas déjà prévenu qu’il se trompera forcément, qu’il tâtonnera, mais qu’il maintiendra le cap fixé par les objectifs affichés, ne dérogeant point à la volonté de tous ceux qui l’ont porté à la maison blanche.

Soyons certains toutefois, qu’il ne manquera pas de prendre à bras le corps cette « intraitable beauté du monde » [3], afin d’y apporter non pas l’impossible, mais tout du moins le meilleur de lui. Pour cela, il ne manquera pas de s’appuyer sur son épouse, cette femme à l’esprit particulièrement affûté, bien plus afro-américaine que lui, donc douée d’un sens inné de ce qui constitue la nation américaine. Puis, il faut rappeler avec force combien tous ces projets merveilleux ne pourront se faire réalité que par la grâce du plus grand nombre, ce qui constitue en dernier ressort le paramètre fondamental.

Enfin, à l’image de la parabole -que nous nommerons Ashley et le vieil homme noir- qui clôt son discours de Philadelphie, illustrant le déclic de la prise de conscience, espérons que l’accession au pouvoir de Barak Hussein Obama inaugurera pour le genre humain l’ère de la prise de conscience globale avec toutes les perspectives qu’elle pourrait ouvrir.

Hans Lefebvre

[1] Discours de Philadelphie (traduction intégrale) .

[2] Une histoire populaire des (États-Unis. De 1492 à nos jours. Howard Zinn, éditions Agone, 2003.

[3] L’intraitable beauté du monde : adresse à Barack Obama, essai. Patrick Chamoiseau, Édouard Glissant, édition Broché, 2009.

- Bibliographie de Barack Obama
- Son site internet

- Dernière interview donnée au Washington Post.


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