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Les pèlerins

Publié le 20 janvier 2009 par Philippe Thomas

Le Dimanche de la Vie, 1bis

(Poésie du Samedi, nouvelle série)

La chronique poétique qui m’est chère reprend enfin, avec cette nouvelle série intitulée « Le Dimanche de la vie » de préférence à « Poésie du Dimanche » initialement envisagé pour succéder à la « Poésie du Samedi ». En effet, je ne voulais pas laisser penser qu’il s’agirait ici de « poètes du dimanche », encore qu’il s’en trouve d’intéressants. Donc, après une anthologie regroupant une bonne centaine de poèmes et autant de poètes en 100 chroniques, sans autre fil directeur que ma fantaisie et quelques résonances avec l’actualité, j’ai voulu me lancer un nouveau défi : accumuler au fil des semaines encore un nouveau cent de poèmes ! On a les performances qu’on peut…

D’autant plus que mes critères restent identiques : cohérence aventureuse avec l’histoire qui s’écrit au jour le jour et écho à mes préoccupations. C’est dire le caractère aléatoire de cette entreprise. La Poésie du samedi était ainsi née d’une volonté de rendre hommage à des poètes chers et pour partager autre chose que mon témoignage sur une expérience politique en cours ou sur l’actualité. Le Dimanche de la Vie continuera dans la même veine, sous le double patronage de Raymond Queneau dont j’adore le roman éponyme qui emprunte son titre à Hegel évoquant Brueghel dans l’Esthétique : « …c’est le dimanche de la vie, qui nivelle tout et éloigne tout ce qui est mauvais ; des hommes doués d’une aussi bonne humeur ne peuvent être foncièrement mauvais ou vils ».

Cette chronique presque hebdomadaire et publiée le jour du samedi environ une fois sur sept, en fonction de mes trouvailles ou de ma paresse, cette chronique m’est devenue comme une respiration ou un ressourcement de la pensée. Ayant joué le jeu du militantisme assez assidûment entre 2005 et 2007, je m’étais fadé à ce titre des tas de textes politiques, journalistiques ou même bloguesques d’une vanité ou d’une sécheresse déshumanisante. Nécessité se fit donc ressentir de lire et de parler d’autre chose, pour ne pas désespérer. Nécessité se fait toujours sentir, même si je me tiens désormais en retrait du PS, tout en y conservant des antennes, tellement ce parti reste passionnant et même amusant à observer. Même et surtout parce que l’actualité m’apparaît profondément déprimante. Alors oui, la lecture de poèmes m’apparaît toujours aussi nécessaire ! Même qu’on devrait l’imposer à tous les décideurs, à tous les salauds obscurs ou lumineux, à tous les va-t-en-guerre. Ca les humaniserait !

Mais une poésie abolira-t-elle jamais le désastre de Gaza ?

La parole est enfin au poète :

Les Pèlerins

Devant les stades et les temples,

devant les églises et les bars,

devant les cimetières mondains,

devant les grands marchés,

devant le malheur et la sérénité,

devant Rome et devant la Mecque,

brûlés par le soleil bleu,

s’en vont par le monde

les pèlerins.

Ils sont mutilés, bossus,

affamés, vêtus de guenilles,

le crépuscule emplit leurs yeux,

leur cœur se perd dans l’aurore.

Derrière eux chantent les déserts,

et jaillissent les éclairs,

sous leurs pas se lèvent les étoiles,

et les oiseaux leur crient

que le monde ne changera pas.

Non. Il ne changera pas.

Neige étincelante

d’une tendresse incertaine,

le monde ne cessera de mentir,

immobile en son éternité,

intelligible peut-être

mais infini.

Pourquoi donc croire en soi ?

Pourquoi donc croire en Dieu ?

Il ne nous reste plus

que l’aventure et l’illusion.

Et  les crépuscules qui surplombent la terre,

Et les aurores qui couronnent la terre,

Irriguée par le sang des soldats,

exaltée par le cri des poètes.

Joseph Brodsky (Léningrad, 1940 – New-York, 1996) , Colline et autres poèmes, traduit du russe par Jean-Jacques Marie, Seuil 1966. Prix Nobel de littérature 1984. Le jury des Nobel est toujours bien inspiré d’honorer et ainsi de faire connaître des poètes. C’est ainsi que j’ai découvert Brodsky ou Seamus Heaney, mais ce dernier me parle moins. Petit millésime Nobel cette année avec Le Clézio, certes plaisant prosateur et bon support pédagogique en lycée ou collège mais tout de même pas auteur majeur… S’ils voulaient un auteur de langue française, que n’ont-ils distingué Yves Bonnefoy ? Ou Michel Tournier, s’ils tenaient à de la prose ?

Mais je bavarde et il est tard. Je donnerai prochainement encore un autre échantillon du grand Brodsky. Au passage, cette chronique inaugurale démarre sous le numéro 1 bis. C’est pas une blague, c’est volontaire. D’abord parce que j’avais déjà cité Brodsky lors de ma précédente chronique. Et puis en entrant en poésie, on entre dans un espace-temps un peu à part, hors du monde tout en étant immergé dans le monde, un peu comme on emprunterait un itinéraire bis…


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