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Lennie Popkin, nostalgique du Cool

Publié le 20 janvier 2009 par Assurbanipal
Lennie Popkin Trio. Paris. Le Duc des Lombards. Jeudi 15 janvier 2009. 22h.

Lennie Popkin
: saxophone ténor
Gilles Naturel : contrebasse
Carol Tristano : batterie
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Lennie Popkin est un disciple du pianiste et compositeur Lennie Tristano, Maître du Cool Jazz. Carol Tristano, fille de Lennie Tristano, est l'épouse et la batteuse de Lennie Popkin. Entre les deux, Gilles Naturel s'insère naturellement. Il est le témoin fidèle de ce dialogue de couple.
« All the thoughts you have » de Gilles Naturel est une variation sur le standard « All the things You are » comme vous l'aviez deviné sympathiques lecteurs, charmantes lectrices. Lennie joue toujours aussi cool. Il laisse le son sortir de son instrument plus qu'il ne le projette. Gilles joue à l'archet. Carol décompose le tempo au ralenti. Lennie Popkin est dans la lignée de Lee Konitz et Wayne Marsh, nostalgique du Cool. Gilles, en pizzicato, discute avec Carol. Ce trio joue depuis des années. Cela s'entend. C'est fusionnel. La musique respire. Rien n'est en trop et rien ne manque non plus.
« What is this thing called love ? », un standard. Le tempo est plus rapide que le précédent morceau. Evidemment ce n'est pas joué comme Sonny Rollins avec Wilbur Ware et Elvin Jones au Village Vanguard en 1957. Le jeu de batterie devient plus musclé. Le saxophone volète comme un moineau. Cette musique berce l'âme. Lennie Popkin fait partie de ces « petits » maîtres du Jazz qui nous donnent de grandes leçons de vie et de musique. Carol déroule son solo de batterie, tranquille et percutante. Pas d'esbroufe, défaut courant chez les batteurs. Elle ne frappe pas, elle impulse.
« These foolish things », autre standard, une ballade. Avec Lennie Popkin, à chaque concert, le Great American Songbook est revisité. Superbe solo final de Lennie.
« Starline » de Lennie Popkin. Ce n'est pas un standard mais ça y ressemble comme les compositions de Sonny Rollins. Ca vole avec grâce et légèreté. Les musiciens jouent, sautillent, progressent.
Un morceau plus dynamique. Bigre, ça m'a tout l'air d'être un standard mais je ne le reconnais pas. Lennie Popkin est le gardien d'une tradition, le Cool Jazz, que bien peu de musiciens font vivre. C'est pourquoi il est si important d'aller l'écouter en concert.
« Out of nowhere », un standard, pardi ! C'est une ballade. It's smoothy comme disent les Américains. C'est doux, chaud, confortable. Solo tout en finesse de Carol Tristano aux balais. Elle caresse le tempo.
Après chaque morceau, les musiciens se réunissent pour discuter démocratiquement du choix du morceau suivant et de la manière de le jouer (tempo, clef...). Le répertoire est connu mais l'ordre d'éxécution n'est pas fixé. « You would be so nice to come home to », un standard, tiens donc.Même quand ils jouent vite, c'est toujours con dolcezza, morbidezza dirais je même. Beau dialogue contrebasse/batterie aux baguettes. Tout cela est simple et juste. La relance se fait sans effort ni relâche. Tout coule. Fin sur un souffle.
« Song Vander » de Gilles Naturel. Est-ce un hommage à Maurice, le pianiste ou à Christian, le batteur, son fils ? C'est une ballade. La leçon de cool se poursuit.
Retour aux standards avec « After You've gone ». Le tempo est rapide, léger. Il n'y a pas d'attaque dans le jeu du saxophone. « De la musique avant toute chose et pour cela préfère l'impair. Sur lui rien ne pèse ni se pose » (Paul Verlaine). Le Cool, c'est cette émotion là. C'est plein de détails étonnants dont la découverte est réservée aux esprits curieux et aux oreilles attentives. C'est le dernier morceau. Carol Tristano en profite pour envoyer la musique. Cela reste construit, cohérent, chantant.
Ce beau concert d'un trio au jeu pur et limpide fut malheureusement gâché par un bavardage incessant à voix haute des spectateurs penchés au balcon du Duc des Lombards. Les musiciens n'y prêtèrent pas attention mais cela gâcha mon bon plaisir. Les spectateurs placés devant la scène, eux, mangeaient et parlaient avec modération. C'est une question d'éducation. Je suggère donc au propriétaire du Duc des Lombards d'installer sur le fond de scène un panneau lumineux sur lequel serait écrit : « Prière de se taire pendant le concert ». Peut-être cela pourrait-il résoudre ce problème.

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