Magazine Culture

Les vagues de Virginia Woolf

Par Sylvie

ANGLETERRE-1931
Les Vagues
Voici le troisième titre que je découvre de Virginia Woolf après Orlando et Mrs Dalloway. A chaque fois, je découvre la même sensibilité à fleur de peau et une très belle prose poétique.

En 250 pages, Woolf va évoquer la vie de six personnages amis. Mais c'est eux qui prennent la parole, enfants, adolescents, adultes et vieillards.
A chaque âge de la vie, en guise d'introduction poétique, l'écrivain décrit un paysage maritime sur une journée : l'aube, le soleil qui se lève, le soleil à son zénith, et enfin le crépuscule.
A chaque fois, Woolf décrit le même lieu, la même scène : seuls changent l'ondulation du soleil, la couleur et la force des vagues.
Entre ces intermèdes paysagers, six monologues de six personnages différents se mêlent et s'entrecroisent, disent leur place dans le monde, leurs désirs, leurs espoirs perdus, leurs déceptions....
Six personnages, six choix de vie : Bernard, le passionné des mots, qui finalement choisira le vie de famille, Louis, l'homme d'affaire, Rhoda et Neville, les deux solitaires, Suzanne, la femme au foyer à la campagne et Jenny, qui "vogue" d'hommes en hommes.

Les six "flux de conscience" sont comme des vagues sur la mer de la vie, tantôt calme, tantôt agitée. Dans les flux et reflux de la vie, ces personnages méditent sur leur choix de vie, leur moi et sur le sens de la communauté. A chaque fois, les six amis de retrouvent et éprouvent un instant de communion pour ensuite retourner à leur moi intérieur.

Qui sommes-nous ? Sommes nous définissable ? Racontable ? Selon Woolf, nous sommes surtout des parcelles de vie, à chaque instant, chaque âge différent. Comment condenser ces multiples moi ?

A la manière des peintres impressionnistes, Virginia Woolf procède par touche, par instant. Elle saisit l'impression, la sensation du moment en cherchant en vain l'unité du moi et du monde.

D'ailleurs, sa description de la nature est très impressionniste : à chaque fois de très courtes phrases qui décrivent un nuage, un oiseau, une lumière...

Au centre de tout cela, le temps qui s'écoule, la sensation, l'impression de chaque instant

Woolf procède par petite touche, mais en veillant toujours à créer une fusion intime entre l'homme et l'élément naturel. Elle est pour moi l'un des grands écrivains portraitistes de la nature.
Alors que la vie et le temps sont vus comme une immense machine à laquelle il faut se soumettre, la nature est vue comme une lieu de communion. Elle est aussi le réceptacle de la communauté des amis où l'on peut vivre hors de l'espace temps.
Ce roman regorge de passages éblouissants
  :

"Tout au fond, le ciel lui aussi devient translucide comme si un blanc sédiment s'en était détaché, ou comme si le bras d'une femme couchée sous l'horizon avait soulevé une lampe : des bandes de blanc, de jaune, de vert s'allongèrent sur le ciel comme les branches plates d'un éventail. Puis la femme invisible souleva plus haut sa lampe ; l'ai enflammé parut se diviser en fibres rouges et jaunes, s'arracher à la verte surface dans une palpitation brûlante, comme des lueurs fumeuses au sommet des feux de joie. Peu à peu, les fibres se fondirent en une seule masse incandescente ; la lourde couverture grise du ciel se souleva, se transmua en un million d'atomes bleu tendre. La surface de la mer devint lentement transparente ; les larges lignes noires disparurent presque sous ces ondulations et sous ces étincelles. Le bras qui tenait la lampe l'éleva sans hâte. Une large flamme apparut enfin. Un disque de lumière brûla sur le rebord du ciel, et la mer tout autour ne fut plus d'une seule coulée d'or"

"
Je suis vert comme un if à l'ombre de la haie. Mes cheveux sont des feuilles. J'ai pris racine au milieu de la terre. Mon corps est une tige. Je presse la tige. Une goutte lance, épaisse, suinte de l'orifice de ma bouche, et s'arrondit sans cesse. "

"Je frémis, j'ondule. J'ondoie comme une plante flottant dans la rivière, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, mais solidement enracinée sous l'eau, de sorte qu'on peut s'en approcher sans crainte que le courant ne l'emporte Et soudain, avec une petite secousse, je me détache comme un caillou se détache de la masse du rocher...Nous nous abandonnons au cours hésitant et lent de la musique, le flot de la danse est arrêté ça et là par des rochers ; il oscille, il s'entrechoque.Nos allées et venues sont enveloppées dans une seule grande figure de danse ; elle nous unit. Nous ne parvenons pas à sortir de ces murailles hésitantes, abruptes, sinueuses, parfaitement circulaires"


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Sylvie 700 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines