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Questionnaire du FFC : Pierre Le Pillouër et Raymond Federman

Par Fric Frac Club
Suite à notre récente chronique de Chair Jaune, les auteurs, Pierre Le Pillouër et Raymond Federman ont accepté de répondre à notre petit questionnaire. Pierre Le Pillouër est poète, craducteur et créateur du site de poésie comparative Sitaudis. Raymond Federman, qu’on ne présente plus est poète, écrivain et provocateur. Bien qu’ils aient répondu séparément, nous présentons leurs réponses en même temps.
Que ferez-vous lorsque plus personne ne lira de livres ?
Le Pillouër : Je continuerais à écrire pour agiter mes éprouvettes et fixer mes épreuves mais ça n’arrivera pas… Le noyau de lecteurs n’a pas beaucoup varié depuis des siècles, il était de 800 pour Baudelaire, évalué à 1500 en Europe par Balzac, il a peut-être à peine augmenté grâce à tous ceux qui, écrivant sont contraints par leur intelligence, de lire. Il ne diminuera pas beaucoup. Ceci pour dire que la plupart des gens vont arrêter de lire en effet mais ça n’a pas beaucoup d’importance, ils lisaient des choses sans intérêt. Ce qui se modifie en revanche, c’est leur regard sur le livre, les auteurs et les lecteurs, tombés bas dans l’estime commune : légitime désacralisation suivant une abusive sacralisation.
Federman : Je jouerai au golf toute la journée et le soir j’irai au cinéma.
Le premier souvenir (ou émotion) littéraire ?
Le Pillouër : Le dormeur du Val de Rimbaud, appris par cœur en CE 2 (en 1959), la musique étrange des mots (qui mousse de rayons) et la révélation finale, "Il a deux trous rouges au côté droit."
Federman : Michel Strogoff de Jules Vernes.
Que lisez-vous en ce moment ?
Le Pillouër : Plusieurs livres en même temps comme souvent, par obligation ou par plaisir : Tsiganes de Yan Joors (éd Phébus Libretto), Un métier idéal de John Berger et Jean Mohr (éd. de L’Olivier) et Dis-moi la vérité sur l’amour de W. H. Auden (Points Seuil).
Federman : Bartleby & compagnie d'Enrique Vila-Matas.
Suggérez moi la lecture d'un livre dont je n'ai probablement jamais entendu parler.
Le Pillouër : Le corps du paysage (de Patrick Dubost).
Federman : Parmi les Monstres de Raymond Federman
Le livre que vous avez lu et que vous auriez aimé écrire ?
Le Pillouër : Ulysse.
Federman : Molloy de Samuel Beckett
Quel est le plus mauvais livre que vous ayez lu ?
Le Pillouër : Impossible de citer un livre que j’aie lu et que je considère comme mauvais (encore faudrait-il préciser ce terme), je ne vais pas au-delà du feuilletage dès qu’un livre me semble tel… Bien sûr, je pourrais citer des livres qui m’ont exalté lorsque j’ai commencé à lire pour de vrai et que je ne peux même plus entrouvrir aujourd’hui … peut-être L’âge de raison de Sartre ou Un peu de soleil dans l’eau froide de Sagan… Pour Sitaudis, je reçois beaucoup de poèmes très mauvais, tellement mauvais qu’ils donnent envie de rire ; cette idée que j’ai eue un jour d’une Anthologie des plus mauvais poèmes de langue française se heurte à l’orgueil des poètes, la plupart refusant de paraître dans ce contexte même chez un grand éditeur, avec l’assurance d’une diffusion mais ce ne sont pas des livres.
Federman : Love story d’Eric Segal.
Quel est le livre qui vous semble avoir été le mieux adapté au cinéma ?
Le Pillouër : Aucun. A moins que Jules et Jim soit un bon livre ? je ne l’ai pas lu.
Federman : Lawrence d’Arabie.
Écrivez-vous à la machine, avec un ordinateur ou à la main ?
Le Pillouër : D’abord à la machine, puis je fais une sortie papier lorsqu’il s’agit d’un texte qui m’importe car ce qui me manque beaucoup dans le travail sur l’ordinateur, c’est la rature, la tache, la biffure pleine de rage, le plaisir de chiffonner le mal fait, le mal fait à…
Federman : directement avec un ordinateur.
Écrivez-vous dans le silence ou en musique ?
Le Pillouër : Très tôt le matin, silence presque total.
Federman : Ça dépend du temps qu'il fait : s'il fait beau en écoutant du jazz, s'il pleut dans le silence.
Qui est votre premier lecteur ?
Le Pillouër : Ma femme. Une fois, je l’ai entendue dire à une amie : « Pierre me demande toujours SON, euh… mon avis sur ses textes. »
Federman : C’était mon chier Sam[uel] Beckett avant qu’il meure. Maintenant, c’est ma fille.
Quelle est votre passion cachée?
Le Pillouër : Elle n’est pas cachée, c’est la lecture, j’aimerais parfois décrocher, ma femme cache les livres n’importe où mais je finis toujours par les trouver ; quand quelqu’un surgit à l’improviste, je fais semblant de boire.
Federman : Je fume de la marijuana quand je peux en avoir.
Qu'est-ce que vous n'avez jamais osé faire et que vous aimeriez faire ?
Le Pillouër : Tirer une roquette sur un automobiliste qui roule trop vite.
Federman : Pisser sur le trottoir des Champs-Elysées devant un café bourré de gens.

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