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OGM : placer les écologistes face à leurs contradictions

Publié le 18 février 2009 par Roman Bernard
Les Prêcheurs de l'Apocalypse : Quand l'écologie perd la raison sera diffusé le 19 février à 22h45 sur France 2 et rediffusé le 21 février, à 5h00.
Alors que l'écologie s'est imposée dans le débat public, européen et notamment français, il devient difficile, voire périlleux pour celui qui s'y aventure, de contester publiquement les discours des écologistes. Le problème de cette sanctuarisation de l'écologie est qu'elle donne le champ libre, au nom de la cause consensuelle et nécessaire de la protection de l'environnement, à des discours irrationnels et millénaristes, qui prennent prétexte de la nécessité avérée de tendre vers une société plus écologique pour remettre en cause les fondements du capitalisme.
Contrer leurs discours est impossible, à moins que cela ne soit fait... au nom de l'écologie. C'est précisément l'approche qu'ont adoptée Jérôme Lambert et Philippe Picard dans leur documentaire, inspiré du livre de Jean de Kervasdoué, Les prêcheurs de l'apocalypse : Pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires. Documentaire que j'ai vu en avant-première.
Impératif humain
Les documentaristes partent d'un constat : la population humaine est, tant que la transition démographique ne s'est pas généralisée au monde entier, en progression exponentielle. Or, il va être de plus en plus difficile de nourrir cette population en évolution constante, puisque les terres cultivables sont déjà largement exploitées, et que les autres ne peuvent être rendues fertiles que par une agriculture intensive.
Pour l'heure, le principal moyen d'augmenter la productivité des sols est l'utilisation d'engrais et de pesticides, avec des effets néfastes sur la durée en termes de pollution des sols et des eaux. Des eaux dont la rareté se trouve précisément en jeu du fait de la croissance démographique. Pour faire face à la fois à la nécessité impérieuse de nourrir le surcroît de population mondiale, et à celle de limiter la pollution due aux produits chimiques agricoles ainsi que l'utilisation d'eau pour l'irrigation des cultures, s'impose l'urgent besoin de recourir aux plantes transgéniques, comme le disent les différents chercheurs internationaux interviewés.
Peurs infondées et hypocrites
Cette conclusion de bon sens se heurte pourtant aux peurs eschatologiques agitées par les opposants aux organismes génétiquement modifiés (OGM), qui prétextent de la « contamination » qu'entraînerait selon eux la généralisation des OGM à l'agriculture.
Outre que ces peurs sont largement infondées, puisque la nocivité des OGM n'a pas été prouvée scientifiquement, elles sont également hypocrites, puisque ceux-ci existent déjà dans le domaine médical, avec la production d'insuline pour les diabétiques.
Pourquoi ce qui est admis pour la médecine serait-il proscrit pour l'agriculture ? C'est entre autres ce paradoxe inexplicable qu'ont soulevé les deux réalisateurs.
Politique du pire
Ils laissent entrevoir les conséquences catastrophiques qu'une interdiction généralisée des OGM provoquerait : l'Afrique, dont les sols sont peu fertiles, serait incapable de nourrir sa population, à moins de chasser vers l'Europe ses jeunes surnuméraires, ou de vivre de plus en plus de la charité humanitaire. Le scénario le plus probable, cependant, est que l'interdiction des OGM, que la France tente de généraliser à l'Europe au nom du « principe de précaution » constitutionnel, empêche l'apparition d'un véritable marché des OGM, et laisse un oligopole de grands producteurs, dont le géant Monsanto, seul à même de répondre à la demande africaine.
Ces écologistes qui, sous prétexte de lutter pour la préservation de l'environnement, veulent en réalité abolir le capitalisme, seraient donc prêts à menacer la survie des populations du tiers-monde en généralisant l'interdiction des OGM. En outre, ils consentent ainsi à ce que ces pays du tiers-monde soient obligés d'avoir recours aux engrais et pesticides, ou à des OGM issus d'un marché oligopolistique puisque limité à quelques producteurs présents dans les pays où les OGM sont cultivés (États-Unis).
Haine du progrès
Soulever la contradiction entre les discours humanitaires de nombre d'écologistes, et leur refus de généraliser la technologie qui permettrait de nourrir les populations du tiers-monde, est important. Mais il faut aller au bout de la démarche irrationnelle des écologistes. Sont-ils aliénés au point de vouloir le contraire de ce qu'ils proclament, à savoir l'égalité de l'accès à la nourriture, ou sont-ils animés par une haine du progrès qui s'insère dans une vision plus globale de la lutte contre le capitalisme mondial ? Veulent-ils réellement nourrir le tiers-monde comme ils le prétendent, ou laisser s'y développer la famine, source de nombreux mouvements de population en direction de l'Occident, des mouvements qu'ils comptent instrumentaliser à des fins révolutionnaires ? Si le vœu des prétendus « progressistes » était réellement l'accroissement du bien-être mondial, et non l'entretien du ressentiment des populations du tiers-monde à l'encontre des pays développés, pourquoi donc refuseraient-ils que les pays qu'ils prétendent défendre soient privés de technologies dont les pays occidentaux peuvent pour l'heure se passer ? Si ces questions sont présentes en filigrane dans le documentaire, elles n'y sont pas posées explicitement.
Mais le questionnement qu'il soulève doit être le préalable aux autres. C'est pourquoi je ne saurais trop vous conseiller de regarder France 2, ce jeudi 19 février, à 22h45.
Roman Bernard
Criticus est membre du Réseau LHC.

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