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La bête financière n'est pas encore morte

Publié le 19 février 2009 par Careagit
Ce matin je souhaitais d'abord parler du plan social mis en place par Nicolas Sarkozy et ses équipes avec l'aval des partenaires sociaux. Et, finalement, devant le scepticisme ambiant et la désormais perpétuelle rengaine des mécontents, je compte m'abstenir. Que la crise soit dure c'est un fait indéniable, qu'elle soit encore plus rude pour certains j'en suis persuadé. Mais devant l'évolution du rapport de force entre l'Etat et les syndicats de salariés, un constat s'impose. Personne ne sera jamais assez satisfait des gestes réalisés en destination des plus faibles ou des classes moyennes dès lors que la crise sera présente et tendra les situations. En d'autres termes, cette crise économique est tellement profonde qu'elle ne peut déboucher que sur du mécontentement, partout, en France et ailleurs. Peu importe les solutions (ou ébauches) présentées.
Qu'attendez donc l'opposition, les syndicats et quelques observateurs ? Une allocation directe et aveugle de quelques milliers d'euros par familles ? Croient-ils à ce point au miracle ? Je crois que la vérité est à chercher ailleurs. Dans ce perpétuel rapport de force grandissant entre les différents acteurs de la vie sociale et économique, certains retrouvent leurs petits. A gauche par exemple, ça se rabiboche à la faveur d'une bonne crise économique et, en dénonçant tous azimuts, Martine et Ségolène s'aiment à nouveau. De leurs côtés les formations syndicales se comptent, idéal avant les prochaines élections, et retrouvent le goût révolutionnaire qui font leurs fondements. Un délice. Alors pourquoi se dire satisfait ou saluer un effort ? Pour rompre la belle idylle ? Allons, soyez raisonnable.
Bref, passons.
J'avais donc dit que je n'allais pas parler de tout cela. Trop tard. En fait, le sujet le plus sympa ce matin c'est l'annonce hier de l'allocation de dividendes aux actionnaires de la Société Générale. 700 millions d'Euros, une broutille dans les océans de Milliards annoncés chaque jour. Il se trouve que la banque rouge et noire s'affiche fraîche et bondissante avec ses 2 milliards d'euros de bénéfices en 2008. Les actionnaires (heureux) propriétaires des quelques 581 millions d'actions concernées recevront donc 1,2 € par titres. Stupeur, vous vous rendez compte - enfin - qu'en 2008 justement, vous avez gracieusement contribué à consolider les fonds propres de la Société Générale à hauteur d'un milliard d'euros. D'ailleurs, on dirait que vous avez apprécié puisque vous vous appretez à en faire de même en 2009.
Considérant que vous n'êtes ni journaliste à Libération ni de gauche, vous n'allez pas crier au loup en demandant la mise à mort des actionnaires de ladite banque, mais vous vous demanderez sûrement pourquoi ces bénéfices ne sont pas alloués à la reconstitution des fonds propres de l'entreprise mis à mal par la dépréciation des actifs lors du crash des marchés financiers en 2008. Je me suis posé la même question. Après tout, la boîte est bénéficiaire, c'est une super bonne nouvelle, elle devrait pouvoir assumer sa consolidation seule ! Et bien non. Pourtant, le capitalisme c'est surtout cela, savoir justement allouer les résultats des exercices bénéficiaires entre la rémunération du capital, la nécessaire reconstitution des fondations de l'entreprise (fonds propres) et l'accumulation des richesses en vue d'autofinancement ou d'investissement. Le libéral que je suis sait s'insurger lorsque l'agent économique "ménage" fait trop appel à l'Etat, il sait aussi couiner lorsqu’une grande banque française n'utilise pas ses bénéfices pour renforcer l'actif de son Bilan en refilant la note de frais au contribuable.
Trêve de généralisation et de démagogie, en l'espèce, la Société Générale n'alloue qu'un tiers de son bénéfice aux actionnaires (38%). Que fait-elle du reste ? Je n'ai pas eu le temps de le vérifier. Espérons qu'une bonne partie soit allouée à sa consolidation.
Le plus étrange dans cette annonce, ce n'est pas l'attribution de dividende. C'est le simple fait que la Société Générale soit bénéficiaire sur un tel exercice comptable avec méli-mélo la crise financière, économique et l'affaire Kerviel. En fouillant dans les entrailles du monstre Google et en lisant entre les lignes des documents officiels de communication des résultats, je me suis aperçu que l'ineptie financière ne nous avait toujours pas quitté, bien au contraire.
Explications.
Il n'est tout d'abord pas totalement inutile de savoir que les publications des documents comptables par les entreprises sont soumises à tout un tas de normes comptables nationales, européennes, et, depuis peu mondiales. En ce qui concerne les plus grosses entreprises françaises, elles sont soumises à la norme IFRS. Dans ces normes, une en particulier a joué le rôle d'accélérateur de crise en obligeant les entreprises à impacter leurs documents comptables à la valeur exacte des actifs. Autrement dit, un portefeuille d'actif (titre par exemple) shooté sur un marché financier pouvait littéralement plomber les comptes de l'entité détentrice et fragiliser, de ce fait, l'équilibre global de l'entreprise. A cela, l'IASB, en charge de ces textes, à répondu promptement le 13 octobre 2008 en amendant les textes IAS39 "comptabilisation et information" et IFRS7 "Instruments financiers, informations à fournir". Deux jours plus tard, la commission européenne actait ces amendements par l'intermédiaire du règlement CE 1004/2008, éteignant de ce fait le feu qui prenait dans les actifs des entreprises européennes en limitant l'impact des actifs dépréciés mais offrant une énième entourloupe comptable permettant aux plus astucieux des financiers de gonfler artificiellement leurs résultats.
Autrement dit en 3 jours seulement, possibilité a été offerte aux entreprises de "reclasser les prêts et créances en les valorisant" à une date donnée. Pour le détail de l'affaire, visitez ce site visiblement bien documenté, renseigné et qui fait un réel effort de pédagogie dans ses explications.
Au final, la Société Générale annonçait hier un bénéfice de près de 2 Milliards d'Euros. Sans cette astuce comptable décidée et appliquée en une seule semaine , le bénéfice 2008 de la banque française aurait été de 600 Millions d'Euros.
2 milliards contre 600 millions, une astuce qui autorise l'attribution de dividendes aux actionnaires pour l'année écoulée et limite la chute du cours de Bourse. A 11h aujourd'hui, l'action Société Générale cotait 24 € et des brouettes, en hausse de 2,98% après avoir progressé de 2,64% hier.
Les actifs dépréciés, eux, patientent dans un coin ombragé du Bilan. Il y a quelques années, les subprimes faisaient de même.

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