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Un hôpital pas comme les autres

Par Shalinee
Toby Litt est un écrivain britannique né en 1968 à Bedford. Merveilleusement inventif et audacieux, il ne cesse de nous impressionner en renouvelant le style, le genre et le décor de chaque nouveau roman. Un hôpital d’enfer, son dernier roman traduit en français nous livre une vision surréaliste du monde hospitalier, avec ses personnages déjantés et une intrigue diabolique. Vous l’aurez compris : il ne s’agit pas d’un simple récit de la vie à l’hôpital.
Pourtant, tout commence plutôt bien, dans une ambiance très « Urgences ». Nous découvrons l’histoire d’amour platonique d’une infirmière, des rivalités entre collègues et des micro histoires sur les patients qui n’ont rien de surprenant. Toutefois, au fur et à mesure que la narration progresse, les masques se mettent à tomber : certains médecins se révèlent être des satanistes, les infirmières nymphomanes, les brancardiers adeptes du vaudou etc. Après une séance de messe noire, célébrée en même temps qu’un rite vaudou, des événements étranges se produisent et plongent l’hôpital dans un chaos. Un épais brouillard encercle l’hôpital, des patients guérissent et des morts ressuscitent. Toby Litt pousse même cette fantaisie un peu plus loin : La viande mangée plus tôt s’extirpe des côtes brisées pour se transformer en vaches, poulets, cochons. De la même manière, les organes exposés dans les bocaux de la morgue reprennent vie, à l’exemple de tout autre organisme capable de contenir la vie...
Hilarante, choquante (comme l’extrait cité plus bas) et terrifiante à bien des égards, cette histoire est néanmoins riche en allégories et en symboles. Jusqu’à la fin du roman, Toby Litt arrive à nous tenir en haleine, grâce à des rebondissements rocambolesques et un suspense interminable, qui se prolonge même après la lecture. En effet, les interprétations de ce récit restent ouvertes. S’agit-il des déboires de la National Health Service ? Ou le rêve d’un des patients dans le coma (comme nous le suggère le sous-titre du livre en anglais « a dream vision ») ? Ou est-ce tout simplement notre propre cauchemar que nous visualisons en lisant ce livre ? ( comme pour ceux qui ont une phobie de l’hôpital comme moi). En tout cas, après avoir lu ce livre, vous ne revisiterez plus l’hôpital de la même manière !
Steele se pencha pour regarder sous le brouillard fantôme – et tomba sur la chose la plus grotesque qu’il ait jamais vue de sa vie. Incapable, pour quelque raison, de se déplacer normalement, un pas après l’autre, la femme se tenait le dos arqué, à quatre pattes, comme quelqu’un qui tricherait en dansant au Limbo, en s’appuyant sur le dos. Son ventre toujours énorme pointait vers le plafond, tout secoué de coups, comme la carapace d’une tortue géante de Galapagos. Elle était nue, des veines bleues parcouraient sa peau comme la moisissure d’un fromage de Stilton, et ses longs cheveux balayaient le sol derrière elle telle une queue. Mais, plus étrange encore, la tête du bébé à demi né sortait d’entre ses cuisses – les yeux grands ouverts, regardant droit devant lui ; il évoquait un conducteur de tank...

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