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On s’en fout on n’y va pas, on a qu’à s’cacher sous les draps…

Publié le 19 février 2009 par Boustoune


Les succès de La bûche et de Fauteuils d’orchestre ont montré que Danièle Thompson et son fils Christopher sont plutôt doués pour écrire des films-choraux, ces rêves de directeurs de casting qui peuvent vite se transformer en cauchemars pour cinéphiles si trop ambitieux et mal fichus. Peu de scénaristes sont, comme ce duo, capables d’apporter autant de soin à leurs personnages, à frôler la caricature sans s’y abandonner totalement, à se débrouiller pour que chaque protagoniste parvienne à exister sans prendre le pas sur les autres, pour que l’ensemble donne une impression de cohérence et d’équilibre.
Le code a changé, s’il n’a rien de franchement novateur dans le style ou le contenu, prouve leur talent à faire coexister à l’écran une multitude de personnages et ce, de façon harmonieuse.
Cette fois-ci, ils sont onze à se partager la vedette. Onze individus réunis autour d’une table à l’occasion d’un dîner bourgeois qui va d’une façon ou d’une autre, bouleverser leur vie : Marie-Laurence, dite ML (Karin Viard), une avocate ambitieuse, invite à dîner son futur employeur, un médiatique ténor du barreau. (Christopher Thompson). Coïncidence, la femme du second (Emmanuelle Seigner) connaît le mari de la première, Piotr (Dany Boon). Ils ont fait l’école des arts graphiques ensemble, et peut-être plus, car affinités.
Quelques proches ont également été conviés : Alain et Mélanie (Paaaaatriiick Bruel et Marina Foïs), un couple de médecins, lui oncologue, elle gynécologue – il annonce les décès et elle les naissances – Manuela (Bianca Li), la prof de flamenco qui rêve d’ouvrir un bar à tapas et Jean-Louis (Laurent Stocker), l’amant de ML, particulièrement collant et envahissant. Celle-ci voit aussi débarquer son père (Pierre Arditi) et sa soeur Juliette (Marina Hands), Problème : ces deux-là ne s’adressent plus la parole depuis des années… Il y a enfin Erwann (Patrick Chesnais), un vieux loup de mer breton qui ne quitte plus Juliette…
Le code dont il est question dans le titre, c’est celui de la porte d’entrée de l’immeuble parisien cossu dans lequel vivent ML et Piotr. Il a changé, donc, ce qui n’apporte absolument rien au film, ni en terme de gags, ni de ressort dramatique. Mais la vie de ces personnages est également en train de changer, et ça c’est quand même plus intéressant. Sans le savoir, ils sont en train d’assister à un étrange ballet de portes s’ouvrant et se fermant, au niveau professionnel, sentimental ou personnel…
Amours complexes, vies conjugales s’enlisant dans la médiocrité, situations professionnelles usantes – ou chômage pesant –, vieilles rancoeurs familiales… Autant de situations qui, derrière les apparences hypocrites et les échanges faussement courtois de ce dîner, sont sur le point de se nouer ou se dénouer.
Certains vont assurément reprocher à Danièle Thompson de se concentrer une fois de plus sur les petits problèmes de bourgeois coupés des réalités sociales. C’est un fait, mais cela n’empêche pas le film de jouer sur des interrogations universelles et, mine de rien, plutôt dans l’air du temps. Ce ne sont pas tant les problèmes spécifiques des personnages qui sont intéressants, mais les angoisses communes qui ressortent de leur addition, et, toujours, ce qui se cache derrière les apparences. Et elles sont cruelles, les apparences, chez Danièle Thompson. La cinéaste prend un malin plaisir à faire tourner la roue. Si une bonne moitié du film est dédiée au dîner lui-même, elle montre aussi le devenir des personnages, un an après. Ce qui semblait plutôt évoluer de façon positive s’avère finalement voué à l’échec et les situations les plus compromises se dénouent de manière heureuse.

Ce qu’on pourrait déplorer, en revanche, c’est le manque d’audace de la mise en scène, un peu trop sage, trop plate pour convaincre pleinement – le même défaut pouvait s’appliquer à ses trois oeuvres précédentes. Mais la cinéaste n’avait probablement pas la prétention de révolutionner l’art cinématographique, juste l’ambition de raconter de petites histoires drôles ou émouvantes et de réunir pour ce faire une belle troupe de comédiens, très complices.
Et de ce point de vue, Le code a changé est une réussite. Grâce à des acteurs évoluant pile dans leur registre de prédilection (Viard en fonceuse hystérique, Foïs en rêveuse romantico-trash, Bruel en séducteur sensible, Boon en brave gars sympathique et gaffeur, …), quelques situations surprenantes (les liens entre certains personnages, l’improbable numéro de Chesnais et d’Arditi, …) et surtout à des dialogues mitonnés aux petits oignons, et bien plus ragoûtants que le Bigos préparé par Dany Boon dans le film (*).
Bref, sans être un chef d’oeuvre, Le code a changé est un divertissement enlevé, souvent drôle et touchant, juste et pertinent, qui donne l’occasion de voir de bons acteurs balancer des répliques créées spécialement pour eux. On passe un bon moment, et ce n’est déjà pas si mal…
Note : ÉtoileÉtoileÉtoileÉtoileÉtoile

(*) : le Bigos est un plat polonais, une espèce de choucroute locale dont la recette a été empruntée à Roman Polanski, le conjoint d’Emmanuelle Seigner, et qui n’a rien à voir avec l’infâme mixture malodorante proposée aux convives du dîner. 



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