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J’y vis, j’y reste

Publié le 20 février 2009 par Zappeuse

Bordeaux ne fait pas exception à la règle : les centres des villes peu à peu rejettent en périphérie les populations les moins aisées. Ce n’est pas nouveau. La méthode est simple : on se débrouille pour donner de la valeur au foncier dans l’hyper-centre, ce qui provoque une forte et rapide hausse des loyers, chassant de fait les populations qui ne peuvent plus payer. C’est ce qui s’est passé à Paris. Les quartiers autrefois populaires sont ainsi partout en voie de gentryfication (le mot n’est pas bien joli ; on peut dire “embourgeoisement” ?), notamment avec le désir de retour en ville des populations qui ont en marre de vivre à la campagne, cette campagne vue pourtant comme une panacée il y a encore vingt ans. Les municipalités, par leurs programmes de rénovation de l’habitat (souvent pour des motifs de salubrité publique bien compréhensibles), jouent un rôle important dans ce renouvellement des habitants. De plus en plus, on voit même apparaître des promoteurs de logements sociaux comme acteurs de ce grand jeu, mais il ne faut pas être dupe : les logements vraiment sociaux (les moins chers) ne sont pas là ; on trouve abandon.1235120741.jpgdésormais en plein centre des logements dits sociaux pour des familles ayant des revenus stables et pas si modestes que ça (en gros la classe moyenne). D’où départ forcé des plus fragiles. Ça se complique quand ces quartiers sont habités aussi par des propriétaires, qu’il faut alors exproprier, si possible sans que ça se voit, afin de rénover ces îlots d’immeubles plus ou moins défraîchis.
Et c’est là que l’exemple de Bordeaux me semble intéressant : le quartier St-Michel fait partie de ces quartiers dits populaires, où les mômes jouent au ballon sur la place devant l’église ou dans les rues étroites. Des petits commerçants, des gens pas boutique.1235120790.jpgrichissimes, mais le quartier est parmi les plus vivants et les plus conviviaux de Bordeaux. Sauf que les jolies façades sont parfois  cradingues, des boutiques restent à l’abandon, et on devine sans peine que le confort à l’intérieur de ces logements est  approximatif. D’où l’envie de passer un peu plus qu’un coup de peinture sur tout ça, de rénover bien comme il faut dans les normes, et, au passage, d’expédier des habitants ailleurs. C’est là que le bât blesse.
37.1235120904.jpgDans la rue de la Fusterie, les habitants se sont mobilisés de manière amusante mais forte pour faire plier la société InCité, mandatée par la mairie depuis 2007 pour mettre en ordre de marche tout ce plan de rénovation, et non.1235120959.jpgqui avait donc annoncé sa visite pour la semaine dernière. Le numéro 37 de la rue, dont la façade a été ravalée récemment, occupé par des locataires et des propriétaires, vient ainsi d’être le théâtre, au sens propre du terme, d’une petite saynète visant à rappeler aux pouvoirs publics une règle fondamentale : on ne chasse pas impunément quelqu’un de son logement.  Le 13 février, une troupe de théâtre a ainsi joué une adaptation de la fable Le loup et l’agneau sur le trottoir, afin d’attirer l’attention de la population. Au final, la société InCité ne s’est pas déplacée pour ausculter l’immeuble.

pancarte.1235121196.jpg

meneaux.1235121258.jpg
Cette rue est effectivement en travaux, et ceux-ci ne font que commencer (un immeuble abandonné, des portes définitivement closes, … joli terrain de jeu pour les promoteurs !), mettant en valeur les belles façades Renaissance ou des immeubles
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moins anciens (période rococo si j’en crois un des styles de porte d’entrée, mais c’est à vérifier). Le look “patrimoine de l’UNESCO” primerait-il sur la qualité de vie des habitants, qui aiment ce quartier parce-qu’il a une âme ?

NB : toutes les photos illustrant cette page ont été prises hier rue de la Fusterie.

Sources : Sud-Ouest du 14 février ; 20 minutes du 16 février.

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