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La CFDT va-t-elle refaire un jaunisse ?

Publié le 21 février 2009 par Vogelsong @Vogelsong

Quand on lui demande s’il veut être ministre du Travail, F.Chérèque répond “je suis beaucoup plus utile à la place que j’occupe pour mettre en place les réformes, je peux faire de la pédagogie“. Le secrétaire général de la CFDT est en effet la clef du système syndical français. Par ses renoncements, son inconstance, sa versatilité, ce syndicat de salariés peut transformer une mobilisation sociale en frustrante pantalonnade.

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Les manifestations du début de l’année 2009 attendent une concrétisation. Un radical changement de cap dans la politique économique du gouvernement et non un saupoudrage tel qu’il est envisagé. L’année précédente fut un crépitement d’actions sporadiques qui ont fini par exténuer et frustrer les militants. La raison essentielle est la naïveté (feinte) avec laquelle les syndicats ont négocié leur déroute face à N.Sarkozy.
Fidèle à ses habitudes de débandades précoces, la CFDT a d’abord abandonné les cheminots fin 2007 sur les régimes spéciaux après un jour de grève et sans proposition. Minoritaires dans le secteur, le coup est symboliquement rude, mais pas surprenant. F.Chérèque a déclaré avant la présidentielle de 2007 qu’il ne donnait pas de consignes de vote, mais que “...Sarkozy (lui) a présenté un calendrier pour les réformes et ça (lui) va très bien. On s’y met dès juillet (2007)“. Puis la centrale a pris soigneusement ces distances avec les autres formations comme la CGT, Sud ou FO. F.Chérèque se complait à ponctuer d’un “certes” approbateur les propos des journalistes qui font une nette nuance entre son syndicat réformiste et les autres, archaïques et clos au dialogue. L’ancien interne des hôpitaux est effectivement très ouvert, il affirme en 2007 devant la très patronale Ethic : “Il est nécessaire de faire évoluer le contrat de travail, ne pas opposer la flexibilité à la rigidité“.

Dialogue social et modernité sont le sempiternel credo de la CFDT. C’est aussi celui de J.P.Raffarin ou M.Tatcher. La modernité pour F.Chérèque c’est le contre-temps. Docile quand il faut être pugnace, suiveur dans les situations où il n’a pas le contrôle, comme lors du  combat anti-CPE où les étudiants fournirent l’essentiel de l’effort. Depuis trente ans, la tendance du MEDEF est surtout la férule ; réduction drastique des coûts, délocalisations, management par le stress, saccage du droit du travail, stigmatisation des chômeurs alanguis. En face, la CFDT adopte la posture d’ouverture. Béante. Une attitude curieusement comparable à celle du PS. Par modernisation ces formations ont épousé les gimmicks de managers tels que le “gagnant-gagnant”, la gouvernance ou le dialogue social (unilatéral). Un traitement qui a coûté 10 points de PIB au salariat. Et par là même aux comptes sociaux, comme les retraites, chroniquement en déficit. Par le plus pur des hasards, la CFDT en accompagne systématiquement les “réformes” auxquelles elle veut adjoindre une serpillière sociale. Celle de 1995 d’A.Juppé, puis de 2003 de J.P .Raffarin, qui augmentent les périodes de cotisation et baisse le niveau des pensions. À ce stade, il est intéressant de rappeler que la CFDT est un syndicat de salariés revendiquant 800 000 adhérents.

Le sarkozysme comme rupture économique dépasse ses limites. Le ruissellement, théorie basée sur de vieilles lunes économiques (M.Friedmann) fonctionne seulement dans l’esprit rabougri de quelques technocrates à l’UMP ou au Modem.
Dans ce contexte en février 2009, les syndicats ont déclenché une mobilisation inattendue par son ampleur. Posant les bases d’un rapport de force qui contraint le président de la République à lâcher par réflexe de survie les milliards qui étaient introuvables quelques semaines plus tôt. Quotidiennement, dans la gestion de son parti et de son gouvernement, dans les relations qu’il a avec ses concitoyens, c’est par la soumission à la puissance, et à la contrainte que s’en remet systématiquement le chef de l’état. Il ne comprend et ne fonctionne que par le rapport de force. Les syndicats et en particulier la CFDT ne peuvent (feindre) de l’ignorer.

Les acteurs du mouvement social sont dans l’expectative. Après  une allocution chiraquienne du président N.Sarkozy, donnant ad nauseam du “mes chers compatriotes“, le front syndical semble rester uni. Refroidis peut-être par les humiliations récentes, ils maintiennent la pression face au joueur de bonto. Autrefois autogestionnaire et combative, la CFDT a inscrit le renoncement dans ses pratiques depuis plus de 30 ans.
Forcés par l’habitude, après chaque sommet social, les manifestants s’en remettent fébrilement à F.Chérèque pour savoir si comme la dernière fois, ils vont encore se retrouver le pantalon sur les chevilles, après la débâcle de la CFDT .

Nb : Les propos de F.Chérèque sont issus du livre “Riches et presque décomplexés” (Fayard) de J.Cotta

Vogelsong - 20 février 2009 - Paris


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