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sur la route du macabou

Publié le 21 février 2009 par Pjjp44





"Alors quand viens tu nous voir?" Au début, Isa-de Martinique- c'est comme cela qu'elle se présente au téléphone- me posait régulièrement la question dans la maison des regroupements familiaux -en aveyron- Comme je ne savais que répondre, ou il aurait fallu expliquer l'avion qui m'inquiète, la chaleur tout autant, les finances racornies et sans doutes aussi le sentiment de plus en plus envahissant de l'effort qu'il fallait faire pour quitter mes terres bretonnes..Alors, j'avais trouvé une réponse à tout va, solide, extensible et consensuelle "quand vous aurez votre indépendance" Elle me permettait de botter en touche et d'avoir le soutien de mon beau-frère insulaire pour qui cette question n'était pas forcément une plaisanterie. Et pour moi non plus d'ailleurs. Bien sur que j'aurais eu beaucoup de plaisir à trinquer ti punch sous l'auvent de la maison caraîbe du petit macabou, à découvrir ce qui fait votre quotidien sous les alizés qui rafraichissent les gens comme moi, un peu à l'ouest - "tu vois bien qu'il ne fait pas trop chaud- d'ailleurs rappelle-toi, le festival des escales à saint-nazaire , tu sais l'année ou cuba était à l'honneur et que l'on a pu voir "company secundo" pour la première fois en traversant l'atlantique...un comble... il faisait une chaleur carrément cubaine sur le port de l'estuaire..." Mais oui, des fois, la météo de par ici a son coup de sang, je me rassure c'est pas souvent, désolé pour ceux qui s'imaginent que du beau temps c'est un ciel bleu 365 jours par an , je n'ai pas tout à fait la même définition et tant mieux me direz-vous sinon on irait tous au même endroit, quelle misère...
Mais, outre les considérations matérielles ou météorologiques qu'est ce qui m'empèche de "visiter" votre pays que je sais magnifique? Peut-être mon statut de visage pâle et tout ce qui va avec. Le petit blanc breton campé sur ses racines et l'histoire du colonialisme se retrouve soudain sans le vouloir dans le rôle du "métro", celui qui paye pour les fautes -J'imagine qu'il y a plein d'endroits au monde où l'on doit se sentir ainsi sali par des rancoeurs qui ne sont pas siennes mais que de fait sa propre présence cautionne - d'ailleurs, moi qui ai passé une partie de mes vacances d'enfant sur une isle, j'ai vu aussi fonctionner les marchands du temple "de la perle du golfe" l'exploitation de l'homme par l'homme ça n'a jamais été un vain mot, et l'idéologie dominante sait très bien jouer du folklore pour mieux prostituer les différences.
Un jour quand les regards se seront compris et apaisés, un jour quand la vraie richesse de l'humain aura pris la place qui lui revient , un jour ...
"Tout ce que l'homme fut de grand et de sublime Sa protestation ses chants et ses héros Au-dessus de ce corps et contre ses bourreaux A Grenade aujourd'hui surgit devant le crime Et cette bouche absente et Lorca qui s'est tu Emplissant tout à coup l'univers de silence Contre les violents tourne la violence Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange Un jour de palme, un jour de feuillages au front Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche Ah je désespérais de mes frères sauvages Je voyais, je voyais l'avenir à genoux La Bête triomphante et la pierre sur nous Et le feu des soldats porte sur nos rivages Quoi toujours ce serait par atroce marché Un partage incessant que se font de la terre Entre eux ces assassins que craignent les panthères Et dont tremble un poignard quand leur main l'a touché Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange Un jour de palme, un jour de feuillages au front Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche Quoi toujours ce serait la guerre, la querelle Des manières de rois et des fronts prosternés Et l'enfant de la femme inutilement néLes blés déchiquetés toujours des sauterelles Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue Le massacre toujours justifié d'idoles Aux cadavres jetés ce manteau de paroles Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou Un jour pourtant, un jour viendra couleur d'orange Un jour de palme, un jour de feuillages au front Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche." -aragon-

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