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Onuma Nemon, Roman

Publié le 22 février 2009 par Menear
Onuma Nemon, peut-être, est un faussaire. Son Roman qui n'en est pas un développe des souvenirs d'enfance, un ersatz de roman familial, émulés depuis les souvenirs parallèles de quelqu'un d'autre, ailleurs. Une fiction, somme toute, une pure fiction.
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En ligne, d'ors et déjà, nous avons la Cosmologie tentaculaire d'Onuma Nemon, difficile à prendre en main, difficile, surtout, de savoir par quel bout la prendre. Nous avons aussi les Quartiers de On ! multiforme et démentiel déjà sorti chez Verticales il y a quelques années. Maintenant ce Roman là, c'est un peu une porte d'entrée qui conduirait au(x) monde(s) d'Onuma Nemon. Problème : cette porte d'entrée est dérobée, peut-être même peinte en trompe-l'œil sur le mur d'en face. Difficile, par conséquent, de savoir (comprendre), où on met les pieds.
Pour me remettre du malheur habituel, au retour, il y avait les croustades de maïs et le chocolat chaud de ma mère avec son beau profil, et Black qui me guérissait du seul fait de me coucher sur lui en le serrant très fort, très fort, le nez enfoui dans son poil bouclé puant le fraîchin, devenu verdâtre de la boue des bords de Garonne où il se vautrait. Je m’étais tellement associé à lui que pour comprendre son plaisir visible de mordre l’eau sortant d’un tuyau d’arrosage, je faisais pareil, à quatre pattes, coupant le jet à pleines dents.
Aux pires moments tragiques, il y a eu toujours ce serrement de la misère noire, cette façon de se tenir chaud entre nous, charbon sensible de défaillance, à la pointe du cœur, à peine un peu plus bas. Cela, grandiose, nous rend définitivement étranger, de sexe, de race et de classe, prouve la communication impossible hors de la Tribu, et prépare, selon les cas, les rages, les assassinats ou les adorations à partir du même brasier.
L’extase est autre chose, et se parle ailleurs.
Mais qu’on entende bien que personne, en dehors du clan, n’est admissible ! En raison de cette simple et merveilleuse douleur. Et que les meilleurs faux-semblants n’y changeront rien. Nous n’écrirons jamais que pour détruire l’Autre !
Onuma Nemon, Roman, Verticales, P.,39-40.
Les souvenirs s'enchaînent, la chronologie trébuche. On croit d'abord se plonger dans un véritable petit roman de l'enfance retrouvée, puis on se demande exactement quelle saveur il peut y avoir, en 2009, de publier chez Verticales ce type de récit écrit, rappelons le, quarante ans plus tôt (c'est ce que la légende dit, toujours), mais ce n'est pas ça, on tombe à côté. L'impression qui se dégage des pages traversées est parfois inconfortable : il n'est pas aisé de sa raccrocher aux branches, on ne trouve rien sous la main contre quoi se fixer. La lecture est une lecture, justement, verticale, de la chute, mais laisse l'œil parfaitement passif : je ne suis pas parvenu à percer ce texte qui défilait devant moi.
J’avais connu une semblable angoisse, rue Sauvage, une nuit, à l’époque du Local Vert. On dormait alors tous dans la même pièce, et je m’étais réveillé le cœur battant sur une bribe de phrase : “L’éponge en bas !”, ignorant tout d’elle.
En prenant le pot de chambre rudimentaire à saumure d’ocre, et commun, bouillon indigeste et d’autant plus hideux que froid, j’y trempai involontairement le pouce, m’interrogeant sur ces peaux curieuses que perdent les adultes, surnageant comme des cloques plus ou moins brunes, sans que je sache si la couleur venait du bain ou de la chose, de la substance ou de la teinte, papier qu’on déchire ou ampoule qu’on crève.
Peu avant, un rêve m’avait mené sur un chemin longeant une rivière d’Automne, ensemble pris dans un terrain marécageux de ces pays à ruisseaux où les percées de lumière se font sans qu’on puisse en distinguer l’origine, et dont l’étendue plane était simplement remontée par côté, formant une boîte verte et en même temps sans bords. Dans le chemin garni de quelques pêcheurs, des vessies de porc pendaient, séchant comme des linges, d’une luminescence exquise.
On ne sait jamais d’où l’on sort, le matin, otarie couchée sur le côté droit du volume fantastique du sommeil injuste, et, le diaphane des vessies là semblant en conséquence du glauque dans la chambre, j’ignore encore si je vis seulement, ou si je vins réellement dans ce lieu hors-saison où l’Automne était plutôt un principe.
P. 133-134.
Agencés bout à bout, les différents passages marquants du roman paraissent intéressants. Il est difficile, en revanche, de les replacer dans une chronologie suivie, maîtrisée. Roman est un récit qui sonne classique, conformiste, qui s'écoule naturellement sur la page. Mais bien vite Roman dissone, c'est l'impression du trompe-l'œil qui pointe à nouveau : ce que j'ai sous les yeux, ce n'est pas vraiment ça. Le narrateur n'est pas droit, son regard part de travers. Les sourires qu'il décrit parfois sont faux. Le roman porte ce titre qui l'identifie avant même la lecture à une esthétique donnée. Cette esthétique est explorée, pastichée, détournée, la transgression est si légère qu'on peine à la comprendre, à l'identifier en tant que telle. Tout n'est qu'histoire d'impression. Les codes sont présents, pas réellement où il devrait être. Sensation plastique d'être propulsé dans un tableau connu, sauf que tous les sens seraient bouleversés, toute l'alchimie des couleurs perturbée. Savoir que quelque chose cloche mais ne pas savoir quoi.
De fait, la lecture est vaporeuse, on traverse plus qu'on explore. La langue elle-même présente peu de relief, peu d'aspérité. Parfois les adjectifs saturent, la poétique esquissée n'est pas claire dans ses intentions. Alors les pages se tournent, d'accord, mais au fond rien ne reste.
Le jour de la rentrée, je me réveillai, puis me rendormis sous la forme de deux poissons installés en demi-cercle sur un coffre, redevenus rapidement le col d’une jupe de petite fille présente avec ses parents ce jour là, abandonnée ; et nous deux, Black ou mon petit frère et moi, un peu plus loin sur le lit.
(Il avait plu. Toute l’enfance était partie ; c’était un nouvel état. Aux fenêtres grises repeintes de la petite chambre de derrière donnant sur la véranda où je m’étais réfugié devant la quantité de monde dans la maison pour cette réunion funèbre (l’enterrement de ma mère ?), je devrais m’habituer, ainsi qu’à la tonnelle goutteuse…)
P. 170
J'étais intrigué, avant lecture de ce livre, de qui étaient ou de ce que pouvaient être Onuma Nemon et sa Cosmologie. Je suis à présent, après lecture, au même point de départ frustré : j'ai tourné en rond. La porte d'entrée en trompe-l'œil, je l'ai bien empruntée, je ne sais pas où j'ai fini. La lecture de Roman en elle-même n'était pas désagréable, simplement il ne m'en est rien resté que trois bouts de pages cornés (ces trois extraits). L'impression agaçante, très agaçante, une fois la dernière phrase avalée, qu'il me fallait tout reprendre depuis le début puisque cette première lecture avait échoué à tout fixer correctement. Au fond, si telle chose est possible, je crois que j'en sais encore moins sur Onuma Nemon à présent. Sa Cosmologie me tend les bras. J'irai explorer un petit peu. Son Roman, honnêtement, si on me demandait d'en faire une chronique, je ne saurai rien en dire.
Plus d'Onuma Nemon :
- Le site-mère
- La main de singe
- Publie.net

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