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Le roman des voyageuses francaises (1800-1900)

Par A_girl_from_earth
Le roman des voyageuses francaises (1800-1900)


LE ROMAN DES VOYAGEUSES FRANCAISES (1800-1900)

Présentation de l'éditeur
"Enfin un livre pour raconter ces voyageuses françaises du XIXe siècle trop longtemps éclipsées par les Anglaises. Artistes, expatriées, touristes, militantes, ethnologues de terrain ou missionnaires, elles partirent vers tous les horizons,de la Sibérie au Sénégal, de la Chine au Brésil. Certaines endurèrent même de terribles épreuves - la captivité entre les mains de pirates chinois, la solitude au fin fond de l'Amazonie, le naufrage de La Méduse...
Ces héroïnes que les lois et les mentalités de leur époque destinaient à la vie domestique révèlent de vrais talents d'observation et d'écriture. Il n'est pas rare que leurs témoignages interpellent nos consciences d'aujourd'hui sur les questions de la condition féminine, de la colonisation ou de l'esclavage.
Un récit passionné qui met en scène des femmes de toutes origines pour qui la quête de l'aventure n'était pas le seul but du voyage."

L'auteur
Françoise Lapeyre est l'auteur chez Lattès de Femmes seules retirées loin des villes (2003) et de Léonie d'Aunet (2005).

Ca c'est un sujet qui ne pouvait me laisser indifférente quand j'en ai aperçu le titre (par hasard) dans le rayonnage de ma bib', et la quatrième de couv' m'a convaincue que j'y découvrirai des témoignages très instructifs sur une époque et des récits hors du commun!
C'est vrai qu'aujourd'hui, c'est presque tellement simple et ordinaire de voyager aux presque quatre coins de la planète, en tout cas pour les Occidentaux, les routardes et voyageuses, solitaires ou en groupe, ne se comptent plus sur les doigts de la main, et les moyens de transport ont bien évolués depuis!
J'ai beaucoup aimé cette dédicace de l'auteure:
"Aux ânes et aux mules, sans lesquels rien de tout cela ne serait arrivé."

J'étais donc particulièrement intriguée par cet ouvrage qui se proposait de rendre compte des aventures de voyageuses françaises du XIXè siècle! Je trouvais ça particulièrement fascinant de découvrir les impressions de ces femmes sur des cultures et modes de vie encore bien méconnues de leur temps, des paysages nouveaux pour elles, à une époque où les mentalités étaient encore particulièrement étriquées en Occident concernant entre autres la place de la femme dans la société. Et puis, c'est qu'elles partent loin ces aventurières françaises du XIXè siècle: en Asie, au Proche-Orient, en Amérique du Sud, en Afrique, bref, je n'ai moi-même pas encore exploré le quart de ce qu'elles ont vu!
Quels témoignages fabuleux sur une époque maintenant révolue, ces récits et journaux de voyage sont des documents historiques vraiment précieux!
Découvrir l'existence de ces récits m'a fait relativiser mon admiration face aux prouesses d'Alexandra David-Néel dont j'ai lu le compte-rendu de son voyage à Lhassa récemment. Enfin, je m'entends! Ce voyage reste admirable et remarquable par son courage, son audace et son originalité, surtout pour l'époque, et parce que c'était une femme, mais justement ce compte-rendu de récits de voyage de femmes du XIXè siècle m'a fait réaliser qu'elle était loin d'être la seule à avoir cet esprit aventurier, d'autres l'ayant précédée dans cette fièvre des voyages et découvertes culturelles sur d'autres terrains non moins dangereux. Enfin, loin d'être la seule! Là aussi, je m'entends! Elles restent laaargement minoritaires finalement ces femmes comparées aux hommes mais c'est là où leurs témoignages sont vraiment intéressants et instructifs.
Hormis les difficultés que l'on peut s'imaginer sans peine pour ces voyageuses dont le confort du voyage était loin d'être assuré ("acheminement au fin fond des pays avec les risques de maladie, l'inconfort, les dangers de toute sorte" (la plupart voyagaient armées d'un revolver!!!)), ces récits réflètent aussi les mentalités de l'époque, parfois choquantes, concernant leur vision de l'esclavage et des Noirs par exemple, souvent paternalistes, avec un vif sentiment de supériorité sur les différents pays où elles se trouvent, à quelques exceptions près ceci dit.
L'époque est aussi celle du développement de la connaissance, du remplissage des musées et c'est avec un naturel qui épouvanterait aujourd'hui que les voyageurs arrachent à leur sites d'origine des icônes du pays.
"La mission est si belle et la France si grande que l'on ne pense pas à respecter, payer, négocier, se faire autoriser. Sur un site d'Islamabad, la voyageuse va même jusqu'à pester contre les Anglais qui ne laissent rien à emporter après leur passage."
Autre reflet des mentalités de l'époque que Françoise Lapeyre souligne parfaitement bien, c'est que si les femmes assument fièrement leurs voyages, elles se sentent moins à leur place qand il s'agit d'en rédiger le rapport, ceci étant en quelque sorte la prérogative des hommes.
"Les femmes, si audacieuses soient-elles, font des voyages de femmes en ce sens qu'ils ne sont pas professionnels, ni militaires, ni scientifiques, ni diplomatiques, et que généralement elles ne gèrent pas l'expédition ni n'en décident."
En effet, les voyageuses du XIXè siècle accompagnent généralement leur mari - elles sont encore rares celles qui envisagent des périples en solitaire - mais elles n'en font pas forcément état dans leurs récits.
"Se laissant aller à la fierté de leur aventure, elles se donnent ainsi la satisfaction d'un récit à la première personne qui en fait des conquérantes autonomes. De nombreux titres où elles font sonner le féminin disent leur plaisir de se présenter en personnes indépendantes, riches d'une expérience hors du commun: Voyage d'une Parisienne dans l'Himalaya, Une Parisienne au Brésil, Impressions d'une Parisienne à Chicago, Une Française à Jérusalem, Une Française au Soudan, Seule à travers 45 000 lieues, Une femme sur la route, ...
En revanche, c'est avec une grande modestie qu'elles se mettent en position d'auteures. [...]
Cette circonspection montre combien, en tant que femmes, nos voyageuses se sentent peu légitimées à écrire."

Qu'en est-il des femmes que nos voyageuses croisent de par le monde?
"Trop souvent misérables, asservies, enfermées, trop souvent illettrées, traitées en bêtes de somme ou abandonnées à l'oisiveté, occasionnellement sacrifiées sur un bûcher, les femmes qu'elles rencontrent inspirent généralement aux Françaises le sentiment d'être elles-mêmes très privilégiées."
De fantastiques témoignages historiques que ces récits de voyage donc, cet ouvrage de Françoise Lapeyre m'a furieusement donnée envie de mettre le nez dedans car si ce livre est très instructif sur les voyageuses françaises de cette époque, il n'en reste pas moins un rapport condensé aux allures de thèse qui nous régale certes de quelques extraits des récits originaux mais qui ne remplace pas la saveur immédiate de ces témoignages authentiques.
Je dis ça mais en même temps il est évident que je n'aurais jamais le courage ni le temps de me plonger dedans si l'occasion m'en était donnée et je suis très reconnaissante à l'auteure de ce formidable travail de recherche qui dresse un portrait vivant et précis de ces femmes peu ordinaires et qui m'a transporté dans le temps et dans l'espace!
Une dernière citation de l'auteure:
"L'histoire, c'est aussi un monde qui n'a pas assez changé - celui de l'esclavage, de la misère et de la malheureuse condition féminine - et un monde qui va trop changer - celui de la destruction des espèces et de l'environnement."
Effectivement, si ces récits démontrent que les lois et les mentalités ont beaucoup évolué en près de deux siècles, certaines choses perdurent malheureusement, et tout n'évolue pas pour le mieux...
A quoi ressembleront nos sociétés et notre planète au 23è siècle?
Le roman des voyageuses francaises (1800-1900)

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