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Grasse

Publié le 24 février 2009 par Angelita

grasse

Grasse a été pendant trois siècles la capitale tournante du parfum ainsi que la capitale des fleurs.

Stendhal disait Cette ville a tout à fait une physionomie génoise. Je n’ai jamais rien vu en très petit qui rappelât plus complètement Gênes et les villages de son littoral.

Grasse est accrochée aux collines qui surplomblent la Côte d’Azur, elle est composée d’un dédale de ruelles, baignées de soleil ou d’ombre suivant les heures, de petites places où les fontaines apportent la fraîcheur nécessaire dans ce pays ensoleillé, de murs aux façades ocres, de petits marchés. Endroit rempli de collines qui ont connu les plus séduisants parfums de fleurs : rose de mai, jasmin, oeillet, violette. Certaines sont toujours là.

Au Moyen-Age, Grasse est toutefois une cité nauséabonde due à la présence de teinturiers qui fabriquaient des pièces de ganterie dont la qualité était exceptionnelle et qui a été réputée auprès de toutes les cours européennes. Gants d’une très grande finesse, très souples, d’une couleur unique brun-verdâtre. Cette couleur était obtenue à partir de poudre de myrte et de lentisque*.

Catherine de Médicis en fera la “cité des parfums”. Elle a fait halte dans cette cité en venant de Florence pour épouser le futur roi de France. Elle était étonnée de retrouver la même flore que dans sa Toscane natale. Elle parfuma ses gants et ses corsets et resta fidèle à Grasse toute sa vie. La cour l’a bien entendu imitée.

Au XVII° et XVIII°, la production de parfums s’est fortement développée.

Les nombreux tanneurs du XVII° comptent parmi leurs corporations des maîtres gantiers et parfumeurs, activités liées car nécessaires pour cacher les mauvaises odeurs des peaux. Selon les modes, on parfume les gants à l’ambrette, au musc, à la frangipane…

Le besoin d’essences se faisant de plus en plus important, on implante des fleurs et des arbres sur ses terres. La rose Centifolia, la plus parfumée, y est cultivée depuis 1650.

En 1729, les premiers statuts des parfumeurs grassois installent officiellement la ville dans cette spécialisation.

Les usines et les laboratoires s’installent aux portes de la ville.

A la Révolution, la moitié des essences utilisées en Europe provenaient de Grasse où des dizaines de parfumeurs fabriquaient dans leur officines les fragrances les plus précieuses.

Le XIX° correspond à la période dorrée. Roure, Molinard, ont pignon sur rue. Des effluves purs, entêtants s’échappent des distilleries. La technologie et la recherche, en plein progrès en matière de parfums synthétiques vont permettre à la population de grandir dans cette atmosphère parfumée.

Le musc arrive en ville dans des boîtes chinoises, le santal des Indes dans des bidons en vessie de chameau.

Jusque dans les années 50, la ville contrôle 95% du marché mondial des matières premières.

La ville change de physionomie avec les difficultés économiques des grandes maisons, l’arrivée de grands groupes non spécialisés dans la parfumerie. Grasse se tourne vers la pharmacie, l’industrie aromatique perdant peu à peu sa place de “capitale” des parfums.

70% des capitaux des industries de la ville sont étrangers, certaines maisons continuent malgré tout, d’autres s’expatrient dans la région parisienne comme Givaudan-Roure.

Subsiste toujours ce savoir-faire inimitable, un gage de qualité, même si la ville vit au rythme des découvertes chimiques plutôt qu’à celui des saisons.

Les plus grandes maisons comme Chanel ou Patou ont toujours des champs car ils sont liés par contrat avec les agriculteurs de la région pour n’exploiter le jasmin que pour leur compte.

A visiter : le musée de la Parfumerie - 8 place du Cours. Il a été fondé en 1989 par Georges Vindry, passionné d’histoire et de fragrances. Le musée est installé dans un hôtel particulier du XIX°, adossé à un rempart médiéval du XV°, et ancienne parfumerie d’Hugues-Ainé. Présentation de l’histoire et de la tradition de ce métier ainsi que les différents contextes économiques. On évoque le passé (Antiquité), le présent (cosmétique contemporaine) et le futur proche de la parfumerie. Vous verrez objets, documents, explications sur les techniques d’hier et d’aujourd’hui. Matière première, commercialisation, jardin botanique sous serre qui réunit les plantes et arbustes à parfums les plus divers et les plus exotiques (plans de vanille, ilang-ilang, patchouli, poivrier, vétiver). Parcours qui nous emmène aux salles réservées à la technique (presses à savon, batteuses, alambics en cuivre, salles d’enfleurage), aux laboratoires de fabrication et conditionnement avec de magnifiques collections de flacons, affiches, étiquettes, films, objets publicitaires et bien d’autres. On peut s’initier à la composition d’un parfum mais il faut réserver.

Pour tout savoir sur les musées de la ville.

* lentisque : arbrisseau vivace de 3 mètres de haut à forte odeur de résine.


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