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Disgrâce

Par Stellia Mlle

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’un livre que j’ai lu et qui m’a étrangement marquée.
Etrangement parce que je ne m’y attendais pas, et que je me suis laissée embarquer sans m’en rendre compte. Ce n’est pas un roman “beau”, ou “attachant”. C’est un roman qui, une fois terminé et reposé, pose tout un tas de questions.
Disgrâce a reçu le Booker Prize, et son auteur, Coetzee, le prix Nobel de littérature en 2003 pour l’ensemble de son oeuvre, que je n’ai pas lue.

Au Cap, nous plongeons dans le quotidien de David Lurie, un prof de fac vieillissant, qui enseigne les lettres sans grande passion à des étudiants qui n’en ont que faire. Son univers entier est sur le déclin : sa matière, remaniée au goût du jour, devient “Techniques de communication”. Pour autant, il continue à enseigner Wordsworth et Byron, à côté, en plus, à un parterre d’étudiants apathiques.
Sa vie familiale est un échec ; divorcé, une grande fille, il vit seul et n’a pas de réelles relations.
Il a besoin de quelqu’un, d’une présence, de contacts physiques, et jette son dévolu sur Mélanie, une étudiante qui refuse mollement ses avances puis y cède sans enthousiasme ; à chaque rencontre, elle est passive et inexpressive. Poussée par son ami et ses parents, elle porte plainte contre Lurie pour abus sexuel et harcèlement.
Refusant de faire amende honorable et de faire de plates excuses, il plaide coupable et se voit contrait de démissionner.

Pour changer d’air, il se rend chez sa fille unique, Lucy ; ce sont deux être antagonistes : lui un littéraire épris de visions romantiques d’amour et d’opéra, elle une fermière à l’instar des anciens boers afrikaans, solide et autonome, lesbienne masssive tranchant avec l’idée gracile qu’il se fait de la féminité, qui l’accueille cependant sans discuter. Il observe son mode de vie, centré sur sa ferme, ses maigres cultures maraîchères, et le soin qu’elle porte à ses chenils. Ses amis sont des gens du cru, solides paysans qui se retrouvent au marché pour vendre leurs produits et s’entraider de près ou de loin, ou qui tiennent l’antenne de la SPA locale.
Un jour ils sont victimes d’une violente agression : Lurie est brûlé au visage, et Lucy violée par trois hommes. Le fossé entre eux se creuse, car elle refuse son aide, refuse d’évoquer l’agression aux autorités (elle mentionne juste le vol et le saccage de la maison), se replie sur elle-même. Il découvre que dans le bush tout se sait, et personne ne semble réagir, n’être scandalisé par l’affaire. Sa fille refuse de quitter sa ferme, sa vie, de céder aux intimidations ; ce serait un échec pour elle de laisser tout ce à quoi elle a travaillé jusque là. Il ne la comprend pas. Il ne comprend pas qu’elle veuille garder l’enfant du viol. Qu’elle envisage même d’épouser son voisin, en gage de protection contre des exactions  futures ; une femme seule dans le bush, ça détonne. Il n’est plus son guide, mais peut-elle être le sien dans ce monde qu’il ne comprend pas ? Ils se ressemblent pourtant plus qu’il n’y paraît, chacun dans leur désaveu de la disgrâce.
Abattu, il retourne au Cap, où les vestiges de sa vie lui semblent dérisoires. Cherche un prétexte pour retourner dans le bush, où ses repères et ses valeurs semblent être d’un autre monde. Bien qu’il ne s’en rende pas compte, c’est un homme profondément changé à la fin de l’ouvrage.

Antagonisme entre Blancs et Noirs qui subsiste après l’apartheid en Afrique du Sud ; entre la vie occidentale des grandes métropoles et celle des petites exploitations dans l’arrière-pays africain ; entre les certitudes des uns et les rêves des autres… il reste encore plein de questions en suspens, auxquelles il faut imaginer des réponses une fois le livre refermé.
Si vous l’avez lu, aimé ou détesté, venez m’en parler.


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