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Faut-il avoir peur des produits chinois ?

Publié le 21 février 2009 par Kelin

Faut-il avoir peur des produits chinois ? Le scandale du lait mélaminé qui a défrayé l'actualité internationale suscite des craintes chez les consommateurs, qu'ils soient occidentaux ou chinois : tous se demandent s'il faut avoir peur du made in China. Dernièrement, un peu par hasard, je suis tombé sur des forums qui évoquent la potentielle dangerosité de ces articles. En les parcourant, j’ai ressenti au mieux une bonne crise de rire, et au pire une mauvaise crise de rage. Ces émotions passagères étaient générées par l'ignorance, souvent bien légitime, d'un consommateur qui a un peu de mal, faute d'information, à s'y retrouver quant à la provenance ou la qualité d'un produit.

J'ai commencé à vendre des produits chinois en France il y a quatorze ans, travaillant à l’époque pour un importateur d'outillage. Les produits étaient à la fois électriques et mécaniques, s'avérant doublement risqués pour l'utilisateur : nettoyez-vous le fond de la rétine à l'aide d'une perceuse à percussion avec le câble dénudé pieds nus sous la douche pour vous faire une idée –les enfants et les idiots, si vous me lisez, ne tentez pas l’expérience : c’est une bêtise dont seuls les adultes intellectuellement supérieurs ont le secret. Allons, allons. Un peu de bon sens-. Je suis resté huit ans dans l'entreprise, et ce sont, sans exagérer, des centaines de milliers d’outils que j'ai vu garnir les rayons des plus importantes enseignes de la grande distribution française. Dans la foulée, je me suis expatrié en Chine, travaillant pour des usines exportant leurs produits. Finalement, il y a bientôt quatre ans, j'ai monté Onesource Agency, dont la vocation est d'aider les PME occidentales à acheter en Chine. Malgré qu'elle s'avère hautement fastidieuse et assoupissante même auprès des lecteurs qui raffolent de ma prose –à savoir ma génitrice uniquement, donc-, cette exposition détaillée me permet de prétendre à une humble expertise, fruit de quatorze années d’import-export de produits chinois, et en conséquence, de donner quelques explications au consommateur perdu, d'anéantir des idées reçues absurdes, et de révéler des points méconnus du grand public, avec l'objectif pompeux de répondre à cette interrogation légitime mais pourtant mode et par trop politisée, à savoir « faut-il avoir peur des produits chinois ? » -vous pouvez respirer-.

Aux extrémistes, qu'ils soient boycotteurs interdisant le moindre made in China à leur caddie, ou sinophiles admirateurs du miracle économique, l'article risque de faire polémique. Et bien tant mieux ! Car il n'est nullement l’agrume –j’aurais pu dire « le fruit » plutôt que « l’agrume », mais c’est moins amer- de l'imagination ou d'idéaux, mais factuel.

1°/ Les produits chinois sont-ils fiables ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

La question est complexe. Rassurez-vous, la réponse l’est tout autant. Tout d’abord, il faut être lucide : la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence. Pourtant je reçois pour ainsi dire quotidiennement des offres de fabricants chinois qui valorisent l'irréprochabilité qualitative de leur production, sans gêne, et sans rire. Comme si les importateurs achetaient un article chinois avant tout parce qu'il est de qualité, et pas parce qu'il n'est pas onéreux. Allons, allons, un peu de bon sens. Si le globe entier achète en Chine, ce n'est pas du fait de l'intransigeante supériorité des produits qui y sont manufacturés. Non. Si la planète importe chinois, c'est parce que ces produits sont parmi les moins chers au monde. Derrière, les problèmes de qualité, les importateurs ont appris à s'en accommoder. C'est une vérité d'autant plus dure à vivre que, même si elle reste mon pain quotidien -on ne va pas non plus cracher dans la soupe : comme tout le monde, j'ai un loyer à payer -, j'y suis tant confronté dans mon métier qu'en tant que consommateur en Chine. Et à mes détracteurs avérés –il m’arrive de recevoir des courriers d’insultes en réponse à ma prospection commerciale-, qui voient en mon activité la jouissance esclavagiste d’un homme sans scrupule ni morale ni vertu ni conscience ni éthique ni déontologie qui exploite par âpreté orgasmique au fric les enfants qui travaillent dans les usines chinoises à la ferveur de coups de fouets administrés par des entrepreneurs tortionnaires, je répondrais ceci : je n’achète jamais de produits fabriqués par des enfants du tiers-monde. Ca se casse tout de suite.

Faut-il avoir peur des produits chinois ?
Au-delà de cet aspect tarifaire, en conséquence de la délocalisation massive, très nombreux sont les articles qui ne sont dorénavant plus fabriqués en Occident. Et pour ceux-ci, qu’on le veuille ou non, il n’y a plus d’autre choix que de les acheter en Chine. C’est devenu un paramètre, à tel point qu’il m’arrive de recevoir des demandes émanant de créateurs de produits français qui ne trouvent plus d’industriels européens prêts à les fabriquer.

Si vous-mêmes, en Occident, en tant que client de grandes surfaces, vous trouvez que la qualité des produits chinois laisse à désirer, soyez-rassurés : les produits chinois vendus en Chine sont bien pires. En France, on regarde le prix avant d’acheter, car en dehors des consommateurs nantis, pour des produits usuels, on s’oriente au moins cher. En Chine, avoir cette démarche est impossible. J’en ai fais les frais : je l’avais moi-même à mon arrivée. Mais systématiquement, en choisissant les moins chers des ouvre boites ou décapsuleurs, ceux-ci se brisaient dès la première utilisation : ils n’avaient même pas rempli leur fonction une seule fois ! Et ne croyez pas que je les acquérais dans une échoppe tiers-mondiste. Non. Je les achetais à Carrefour ou Auchan, enseignes très présentes en Chine Populaire.

Le consommateur chinois s’interroge aussi sur le risque qu’il encoure. Et il le fait d’autant plus que la dangerosité des articles en Chine est bien plus probable qu’en Europe : les normes sécuritaires y sont moins restrictives, et l’administration de contrôle ne sert, dans la plupart des cas, qu’à punir des industriels quand le risque a déjà fait parler de lui. C’est le cas du lait à la mélamine. Moi-même, quand j’achète un bête ustensile de cuisine, même dans une grande surface occidentale, je me demande toujours, à la cuisson ou au stockage, quelles molécules toxiques vont migrer dans mes aliments : sans paranoïa, mais dans le doute, j’ai peur. Car ne croyez pas que Carrefour ou Auchan, sous prétexte qu’ils sont français, appliquent les mêmes réglementations qu’en Europe : ils se limitent, pour des raisons de profit, aux obligations normatives locales. Pour donner un exemple, cela fait peu de temps qu’il est interdit en Chine de fournir gratuitement des sacs plastiques au bout des caisses des supermarchés. Et il y a encore quelques mois, quand j’allais faire mes emplettes dans les enseignes précitées, la caissière me suppléait toujours un nombre de sacs plus important que nécessaire. En France à la même époque, les supermarchés culpabilisaient le consommateur vis-à-vis de l’environnement, lui faisant payer ses sacs. C’est de l’esbroufe : on le sait bien, l’éthique, c’est très bien tant que ça rapporte. Allons, allons. Un peu de bon sens.

La Chine nous a fait rentrer, internationalement, dans la culture du consommable. Que les plus séniles d’entre nous se remémorent leurs achats d’électroménager il y a trente ans : on payait certes un prix très élevé en rapport aux émoluments, et le crédit à la consommation était inexistant. Mais en contrepartie, les produits acquis l’étaient pour longtemps. Tels chaîne hi-fi, mixeur, ou machine à laver étaient des investissements onéreux, qui étaient achetés pour durer dix ans, vingt ans, voire une vie. Maintenant, tout le monde peut s’offrir un lecteur DVD pour le prix de trois places de cinéma, mais devra renouveler cet achat quelques brèves années plus tard, car une pièce essentielle aura rendu l’âme, justifiant l’acquisition d’un produit neuf plutôt qu’une réparation : c’est du jetable. Même si cette démocratisation a permis de niveler vers le haut le confort de pléthore de ménages qui, il y a un tiers de siècle, n’auraient pu se permettre ces achats, il a tout aussi sensiblement nivelé vers le bas la qualité des produits. En parallèle, les établissements bancaires, dans leur infinie sagesse numéraire –j’aurais pu dire « numérique » plutôt que « numéraire », mais la sagesse, par essence, sied peu à la mode-, ont développé le crédit à la consommation, qui permet à n’importe quel quidam désargenté, en plus de se faire prendre l’argent qu’il a déjà –un salaire se règle par virement : on nous interdit de vivre sans compte en banque-, de se faire pomper le fric qu’il ne gagnera jamais.

La Chine est-elle responsable de cette situation ? Je ne parle pas du crédit, mais de la durabilité des biens de consommation courante. Suivez, je vous en prie. Je reprends : la Chine est-elle responsable de cette situation ? Bien sûr. En partie. L’industrialisation de masse y reste assez récente, et même si, en quatorze ans, j’ai assisté à une évolution très positive quant à la qualité des produits, ceux-ci ne culminent pas encore par leur perfection. Les chinois ont fabriqué et amélioré leurs produits en même temps qu’ils les ont vendus et qu’ils se sont enrichis. Et, à l’échelle d’un développement national, aucun pays n’a atteint en si peu de temps le niveau de modernisation auquel la Chine prétend dorénavant. Pour autant, la qualité reste encore un écueil.

La grande distribution a aussi une grande part de responsabilité. Ses acheteurs aguerris ont pour politique de presser le citron –sans aucune connotation vis-à-vis des chinois : ils presseraient tout autant le Sultan de Zanzibar, pour peu qu’il soit fournisseur- afin de faire baisser les prix. Car les chaînes de magasins se livrent une guerre impitoyable pour être moins chères que leur voisin. C’est à cela que se limite leur stratégie, et à ceux qui ont trouvé que l’acheteur interprété par Daniel Prévost dans « la vérité si je mens 2 » était haïssable, sachez que la réalité est bien pire. Nombreux sont les rendez-vous que j’ai eu avec de tels acheteurs, affublés d’une arrogance inhérente à l’enseigne, et qui, avant même que vous ne leur ayez présenté votre produit, vous demandent quelle(s) remise(s) vous allez leur céder. Et si le montant des remises n’est pas en accord avec ce qu’ils souhaitent, ils vous chassent sans même avoir jeté un œil à l’article que vous étiez venu leur proposer : ils ne sont pas là pour acheter un produit ; ils sont là pour faire du fric. En conséquence, si les usines chinoises veulent développer leur activité, et accessoirement payer leurs salariés, elles doivent trouver des solutions pour être économiques, par exemple en achetant des matériaux ou des composants plus attractifs au niveau tarifaire. Ou bien, à qualité égale, mais pour un prix ras-des-pâquerettes, elles feront un profit sur le volume total, avec un bénéfice net larmoyant à la pièce. Et tout le monde s’y retrouve : la grande distribution passe des commandes colossales aux usines à un tarif minimaliste, et les fabricants chinois occupent conséquemment leurs chaînes de production, calculant leur bénéfice sur la quantité. Comme ces articles ne sont pas chers, ils sortent rapidement des rayons, alors que la prochaine promotion attend déjà derrière. Et puis l’intérêt de la grande distribution n’est pas de proposer des articles éternels : au contraire, elle préfère s’assurer que vous repasserez en caisse quelques années plus tard pour racheter un produit équivalent. Je schématise, tant pour éviter d’être barbant que copieux, mais la démarche, fondamentalement, est authentique.


 

Faut-il avoir peur des produits chinois ?


S’il s’arrête à ce discours, le consommateur qui me lit va prendre peur, car il n’évoque que l’appât du gain sur la chaîne qui mène ces articles d’une usine chinoise à un supermarché occidental. Et pourtant, si on limite le débat à un niveau purement économique, c’est la loi du talion : c’est à celui qui vendra le plus, au moins cher, pour assurer sa croissance. Et oui, consommateur innocent, le monde est pourri. Allons, allons. Un peu de bon sens.

Il faut y mettre un sérieux bémol, car dans les faits, ce n’est pas pour autant qu’il y a plus à craindre d’un produit chinois que d’un article swazilandais : manque de durabilité ne veut pas dire dangerosité. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris. Si, dans le premier paragraphe de cette première partie, j’ai écris : « la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence », c’est que je voulais dire « la qualité des produits chinois ne brille pas par son niveau d'excellence », et pas « les produits chinois, c’est de la merde. » Les plus érudits n’amalgameront pas. Les autres continueront à acheter chinois.

Le sérieux bémol rapidement introduit au paragraphe précédent, c’est qu’on ne peut pas non plus importer n’importe quoi. La législation en France –et en Europe de manière générale, mais je deviens chauvin avec l’âge-, depuis le milieu de la décennie passée, est devenue de plus en plus contraignante, au bénéfice du consommateur : l’administration veille à ce qu’il ne meurt pas étouffé par les poils de sa brosse à dents made in China. En plus, mettez-vous à la place de la personne qui découvre le cadavre : c’est pas un mort facile à annoncer à la famille.

Cette contrainte légale, ce sont les normes européennes, aux quelles de nombreux produits sont assujettis dès lors qu’ils peuvent présenter une dangerosité pour les utilisateurs ou pour l’environnement, comme les produits électriques ou les jouets. Je vais m’efforcer de continuer à vulgariser mon savoir, et de ne pas devenir trop technique concernant le commerce international. Simplement, au même titre qu’un étranger doit passer l’immigration avec un passeport et un visa à son arrivée en France, toute marchandise importée depuis l’étranger –« importer depuis l’étranger » est un pléonasme, mais c’est ce qu’avec suffisance, j’ironisais par « vulgariser mon savoir »- doit obligatoirement passer par la case douane, sans toucher vingt-mille francs, pour être légalement mise à la consommation sur le marché français. Cette déclaration en douanes se fait sur foi des documents de transport depuis le pays de provenance, prouvant ainsi l’origine de la marchandise, et qu’elle n’a pas été volée. En sus –restez, c’est pas cochon- de ces documents de transport, l’importateur, qui en la dédouanant, devient responsable pénale de sa mise sur le marché, doit produire des certificats qui attestent de la conformité de ces produits aux normes européennes. Ces certificats sont émis par des laboratoires d’essai qui, après avoir testé les produits en accord avec ces normes, confirment que ceux-ci répondent bien aux nécessités qualitatives de la législation en vigueur. Et sans ces certificats, il est impossible de dédouaner la marchandise. Et s’il est impossible de la dédouaner, il ne reste à l’importateur que deux options : soit détruire la marchandise, soit la boomeranguer à l’expéditeur. Là aussi, je me permets de schématiser quelque peu, car je vois régulièrement de la marchandise dédouanée sans demande de certificats.

Faut-il avoir peur des produits chinois ?
Les importateurs, sachant qu’ils sont responsables légaux, ne prennent pas de risques : si il y a un problème, c’est eux qui passeront leur retraite derrière les barreaux, à l’ombre, alors que, fort de leurs salaires entrepreneuriaux, ils l’envisageaient plus volontiers au soleil. Bien sûr, il existe des margoulins dans tous les businesses –j’aurais pu écrire « bizness », au franglais plus appropriable, mais il m’arrive de montrer autant de respect pour la langue de Shakespeare que pour celle de Molière-. Et comparativement aux voyous de l’international, rassurez-vous, mes frères consommateurs et mes sœurs consommatrices, les importateurs soucieux de notre bien-être –et de la localisation de leur retraite -, sont légions. Ils développent des procédures de suivi de la qualité qui permettent de mettre le consommateur à l’abri, s’armant de tous les certificats de conformité aux normes européennes, autopsiant avec précision les rapports de test effectués par les labos, se tenant informés de l’évolution de la législation, et mettant en place de véritables départements qualité au sein de leur entreprise.

Et puis, l’état veille, sous l’acronyme de la DGCCRF, qu’on nomme plus communément la Répression des Fraudes parce que c’est plus court et que ça fait plus cool, mais qu’il faudrait développer intégralement sous son véritable nom de Direction Générale de la Consommation, de la Concurrence, et de la Répression des Fraudes. La DGCCRF est à l’importateur ce que le fisc est au contribuable nanti : un gendarme dans la crainte duquel on vit. Et c’est très bien ainsi. La Répression des Fraudes, ce sont les incorruptibles de la consommation. Son rôle, vis-à-vis des importateurs, est de s’assurer qu’ils commercialisent des produits conformes aux normes. Et dans leur mission, ils s’avèrent impitoyables. Ils se rendent dans vos supermarchés préférés, achètent des produits dans les rayons, et les envoient dans les laboratoires d’essais français pour test. Et si, au solde de ces tests, les produits s’avèrent non-conformes, ils disposent de tous les pouvoirs pour les faire retirer du marché. Et si en plus d’être non-conformes, les produits sont considérés comme dangereux, le responsable de leur mise sur le marché, nommément l’importateur, est passible du retrait du permis de conduire.

Non.

C’était une boutade, pour voir si vous suiviez toujours.

Allons, allons. Un peu de bon sens.

Je reprends : le responsable de leur mise sur le marché, nommément l’importateur, est passible des assises. Et même si l’entreprise est obligée, du fait de cet import pernicieux, de déposer le bilan –pour de très gros volumes de marchandises, ça s’est vu-, avec les conséquences sociales que cela peut avoir sur les salariés, les renvoyant aux files d’attente de l’ANPE, rien n’arrêtera le rouleau compresseur légal : nul n’est censé ignorer la loi.

La plupart des importateurs travaillent avec la DGCCRF, utilisant ses services à des fins préventives plutôt que répressives. Si ils ont un doute sur un produit, nombreux sont ceux qui vont demander l’aval de la Répression des Fraudes avant de l’importer. Bref, dormez sur vos deux oreilles : l’importateur est votre ami, et l’administration veille.

Maintenant, de vous à moi –pas de chichis entre nous-, si on souhaite aller au bout de la démarche, que valent véritablement les certificats de conformité issus par les laboratoires ? Sur le principe, on l’a dit, et j’ai horreur de me répéter, ils attestent de la conformité des produits aux normes européennes. Sur le principe donc, si on dispose d’un certificat pour un produit icks –voire igrèk-, c’est que le produit icks est conforme à la réglementation normative européenne. Mais la réalité est bien éloignée de ce principe, car en définitif, les certificats ne prouvent rien d’autre que la bonne foi d’un importateur qui a acheté des produits en Chine en croyant que ceux-ci étaient conformes aux normes, disposant pour cela des certificats que l’usine chinoise lui aura fourni en bulles papales.

 

Faut-il avoir peur des produits chinois ?


Pour comprendre cela, il faut se demander comment est réalisé un certificat. Prenons l’exemple d’une usine chinoise qui souhaite commercialiser un produit en France. Elle réalise un échantillon qu’elle fait parvenir à un laboratoire. Au solde des tests, le laboratoire émet un rapport d’essai complet, avec, pour conclusion, un certificat qui confirme que le produit testé est conforme aux normes européennes. Dés lors, l’usine peut démarrer sa production, et si un importateur français souhaite s’approvisionner, elle brandira le certificat de conformité et le rapport d’essai pour prouver le respect des normes de son produit. Mais qui nous dit, en dehors des responsables de l’usine qui s’en frottent les pognes, que la production sera intégralement effectuée en clonant l’échantillon livré au laboratoire, avec les mêmes caractéristiques normatives ? Et bien personne. Pour des raisons techniques ou économiques, le fabricant peut très bien changer une partie des composants, sans en informer qui que ce soit. Dès lors, l’assurance de la conformité totale est impossible. Et dès lors derechef, le certificat dont dispose l’importateur ne lui sert qu’à prouver sa bonne foi, et à montrer à l’administration –qui pour le coup, devient répressive-, qu’il n’a pas importé n’importe comment, mais qu’il s’est bien assuré que le produit était en adéquation avec les normes. Pour quelles raisons croyez-vous que la DGCCRF procède à des contrôles dans les rayons des magasins ? Rassurez-vous toutefois : fort de l’éducation que nous avons prodiguée aux chinois en délocalisant, ceux-ci réalisent les enjeux, et apprécient de pouvoir se gargariser de leur sérieux commercial et technique. Le risque est donc somme toute assez limité, mais il existe : nous en avons entendu parler l’an dernier avec la présence en Occident de jouets dont la peinture contenait du plomb. Et pourtant, à en croire les certificats, celle-ci était sans risque.

Et ce n’est pas le plus fort ! Si l’un d’entre vous doit s’infuser une norme européenne, qu’il prépare une dose chevaline de paracétamol, et qu’il se rase le crâne : cela lui évitera de s’arracher les cheveux. Car j’ai assisté à des cas amusants à raconter, mais éreintants à vivre : si vous envoyez deux échantillons similaires à deux laboratoires différents, du fait de l’interprétation de la norme par le technicien qui procèdera au test, vous risquez d’avoir deux résultats d’analyse différents, l’un concluant à la non-conformité, et l’autre à la conformité de l’article ! Encore mieux, et je l’ai vécu : deux techniciens d’un même laboratoire opèrent des tests sur deux produits identiques, et malgré tout, en ressortent avec des conclusions différentes ! Il n’y a personne à blâmer : la norme peut parfois s’interpréter, et les techniciens sont des hommes. Il n’en reste pas moins vrai que cette humanité révèle une faille au système.

Alors, pour répondre à la question « faut-il avoir peur des produits chinois ? », même si ces articles ne sont pas exceptionnellement qualitatifs, le risque de dangerosité est somme toute limité. Moi-même, qui connais très bien cette chaîne à l’import, j’achète chinois, et continuerais de le faire. Allons, allons. Un peu de bon sens.

2°/ Faut-il refuser un produit chinois ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

Faut-il avoir peur des produits chinois ?
Deuxième excellente question, là aussi complexe. La réponse est casse-gueule. Comme je l’écrivais, j’ai pris note, en devisant les forums que je citais en introduction, de la volonté de boycott de certains consommateurs en regard des produits chinois. Les raison sont variables : politiques et éthiques pour certaines, liées à la dangerosité pour d’autres, ou encore souhait de préserver l’industrie européenne. Et dans tous les cas, les gens font bien ce qu’ils veulent.

Comme je l’écrivais aussi, toujours avec cette récurrence qui frise la sénilité, en tant que consommateur, j’achète chinois, et continuerais de le faire : hormis la durabilité, le risque m’apparaît rare. Malgré tout, je dois l’avouer, la question se pose. Ici, je ne bénéficie pas de la garantie des normes européennes. Même si, au même titre qu’en Europe il existe des normes, il existe en Chine la certification CCC, son application n’a pas empêché le scandale du lait. Dans tous les cas, nous ne vivons pas dans un univers aseptisé : chacun de nos actes, et l’achat en est un au même titre que traverser la route, comporte un risque. Par contre, on traverse plus facilement la route en connaissance de cause.

Et puis, en Europe, les importateurs font preuve de bon sens. En testant un produit, tout certifié qu’il soit, s’ils réalisent qu’ils font courir un risque à l’utilisateur, ils s’interdiront de l’importer. En Chine par contre, la prise de conscience est souvent inexistante, et j’en veux pour preuve qu’il soit normal, au sein d’une grande enseigne, de commercialiser des produits qui se brisent à la première utilisation. Si, sur un principe aussi basique, les fabricants s’en soucient peu, que penser de leur démarche vis-à-vis de la sécurité ? Fondamentalement, le paramètre ne doit pas rentrer en ligne de compte : tant que ça rapporte.

Ensuite, politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes : ce n’est pas la dictature en place qui va en maléficier –c’est un néologisme, certes, mais on dit bien « bénéficier », alors je ne vois pas quel lettré, fut-il académicien, pourrait m’interdire l’utilisation de « maléficier » : on dit bien « bénéfice » et « maléfice », alors-, mais les ouvriers qui viennent tout juste de s’extraire des tickets de rationnement pour survivre de manière moins précaire. Ces travailleurs n’ont pas besoin que des occidentaux qui ne savent pas ce que c’est que d’avoir faim viennent les priver de leur moyen de subsistance sous un quelconque prétexte humanitaire qui va en contradiction avec le résultat. La Chine est en train de se sortir du tiers-mondisme, et l’accomplit en un temps record. Pour autant, on ne peut désengluer de la pauvreté vingt pour cent de la population mondiale d’un coup de baguette magique. J’adhère au combat social, mais le situer à cet échelon là, c’est n’avoir rien compris aux paramètres du problème. La vie des ouvriers chinois, même si inimaginable selon les canons du confort occidental, s’est sensiblement améliorée comparativement à celle de leurs parents. Et leurs salaires, malgré qu’ils restent piètres, augmentent dans le sens d’un développement social que même Zola aurait approuvé. Néanmoins, comme partout à travers le monde, ils restent les derniers servis après l’administration et les entrepreneurs.

A nouveau, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écris. Si j’ai écris « politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes », c’est que j’ai voulu dire « politiquement, boycotter les produits chinois me paraît être la pire des méthodes », et pas « il ne faut rien faire, et laisser les ouvriers chinois dans leur infamie ». Si, en bon samaritain, il est inacceptable de savoir que des ouvriers travaillent dans des conditions tout aussi inacceptables à l’autre bout du monde, que peut-on faire ? Et si ce n’est pas en refusant les produits qu’ils fabriquent, et en les soustrayant donc à tout moyen de se nourrir, que reste-t-il ?

Tout d’abord, pour vivre en Chine depuis six ans, je réalise que la définition des « conditions inacceptables » n’y est pas celle sur laquelle on s’entend unanimement en Occident. Il y aurait tant à dire sur l’appropriation d’une réalité en fonction d’un référent culturel qu’un annuaire entier s’avèrerait succinct. Si j’écris cela, c’est que je reste estomaqué par la démarche généralisée en Occident, qui veut qu’on soit certain de détenir la vérité sur la façon dont le monde doit fonctionner, et qu’on conserve une capacité purement colonialiste à donner des leçons aux pays en voie de développement. A ces idéalistes-là, qui ne sont jamais sortis de leur écrin hexagonal, prenez un billet d’avion, frottez votre cervelle –pour peu que vous sachiez vous servir de ses deux hémisphères, et pas seulement des deux hémisphères caudaux qui, présentement, vous servent à vous asseoir devant votre ordinateur- à celle des populations humbles dont vous vous ne connaissez rien du modus vivendi. Vous réaliserez dès lors que votre réflexion, qui ne prend en considération que les références qui vous englobent dans votre pays, est aussi limitée que la vision d’un ongulé avec des œillères. C’est normal, car pour comprendre le mot « différence », il faut vivre ailleurs, et loin de moi l’idée de traiter qui que ce soit d’ongulé.


Faut-il avoir peur des produits chinois ?

 

Il n’y a pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, à l’occasion du nouvel an chinois, Cai Li et moi-même, comme chaque année, nous sommes rendus chez ses parents, un couple d’agriculteurs au cœur d’une générosité telle qu’elle ne cesse de m’émouvoir par son naturel et sa gentillesse : je reste ébahi que leurs corps aussi fins puissent contenir des cœurs aussi gros. C’est d’autant plus rare que, vivant en Chine, où la réussite financière est synonyme de vertu et a pour conséquence directe l’arrogance de la possession matérielle et du pouvoir, fréquenter des gens simples, tant dans leur quotidien pécuniaire que dans leur démarche vis-à-vis des autres, constitue une cure de bien-être. Ils n’ont pas grand-chose, et pourtant ils le partagent. Cela change aussi de l’Europe, où nous prenons les armes pour défendre un principe social, mais gardons nos portes bien closes, à l’abri, dans le confort de nos appartements duveteux où on a peur de tout se faire voler.

La maison que mon beau-père a construite repose sur trois niveaux et sa surface rivaliserait avec celle d’une villa en Occident. Pour autant, il n’y a que peu de meubles, et tous existent pour répondre uniquement à une exigence fonctionnelle. La décoration et le confort sont inexistants, car comme ils ne répondent pas à une application utilitaire, ils sont considérés superflus. Je fis remarquer à Cai Li à quel point l’intérieur de ses parents était spartiate. Elle me répondra qu’à l’inverse, si ses parents venaient chez les miens, en France, ils ne comprendraient pas leur démarche: tous leurs bibelots et leurs cadres ne servent à rien d’autre qu’à noyer la fonctionnalité de leur maison, et constituent tant un nid à poussière qu’un gaspis d’espace et d’argent. Même si elle est va en confrontation avec le référentiel occidental, où vivre ainsi confèrerait au misérabilisme, et où la décoration est identitaire, leur logique tient la route. Et pour eux, vivre autrement serait inacceptable, tant cela leur paraitrait absurde. Alors si les gens vivent en osmose avec leur condition, et que l’eau courante ou le chauffage leurs paraissent superflu, qui sommes-nous, armés de notre vérité qu’on croit universelle, pour vouloir changer les choses ? J’ai pris là une anecdote personnelle, mais j’en aurais tant d’autres qui pourraient s’appliquer aux ouvriers chinois de plus de trente-cinq ans.

Par contre, la jeunesse chinoise aspire à plus : elle est née avec le miracle économique, voit des individus de sa génération s’enrichir en entreprenant, et tous rêvent de devenir patron. A cet égard, le delta des prétentions au confort de Cai Li comparativement à ses parents est stupéfiant, se rapprochant grandement des standards occidentaux. Et si depuis trente ans, nous n’avions pas fais nos emplettes en Chine, ma douce et tendre vivrait encore dans la précarité. Quand il m’est arrivé d’en discuter avec elle, et de lui faire part, pour des raisons humanitaires, du boycott de certains de mes compatriotes altruistes, elle n’a pas compris la démarche : le résultat atteint, favorisant l’appauvrissement de la population, serait exactement le contraire de l’objectif escompté.

Faut-il avoir peur des produits chinois ?
Il n’en reste pas moins vrai que la jeunesse chinoise humble est confrontée à l’impossibilité d’accéder à l’éducation : leurs parents n’ont pas toujours les moyens de les envoyer à l’université, et ils doivent subvenir à leurs besoins -et souvent à ceux de leur famille-, en travaillant durement. Est-ce que boycotter les produits chinois permettra d’élever leur niveau de vie ? Bien au contraire : il les poussera, eux et leurs parents, sur les bancs grossissants du chômage. Et en Chine, il n’y a pas les Assedic et le RMI : sans travail, on ne peut pas manger.

Alors, à ceux qui souhaitent faire quelque chose, il ne reste qu’une solution pour aller au bout de leur démarche : rapprochez-vous d’un organisme humanitaire, comme « les enfants du Ningxia », fondé par Pierre Hasky, et qui propose, grâce à la contribution financière de ses adhérents, d’envoyer des enfants chinois à l’école pour que leur avenir soit plus radieux. Et si les raisons du boycott ont pour toile de fond les droits de l’Homme ou le Tibet, le refus des produits chinois n’aidera pas plus : empêcher la population chinoise d’accéder au confort économique ne fera que reculer l’échéance de sa prise de conscience sociale. Là aussi, la seule solution, pour aller au bout de votre démarche, c’est de rejoindre Amnesty International.

Par contre, pour ceux qui dénoncent aussi facilement qu’ils respirent, un autre problème se pose : boycotter l’achat de produits chinois pour des raisons éthiques et le revendiquer socialement est aisé ; par contre, donner de l’argent pour les mêmes raisons, et en conséquence se priver et diminuer son petit confort, dans les actes, s’avère bien moins facile…

Pour finir, qui a sorti le nez de l’hexagone aura compris que la préservation de l’industrie occidentale est une vue de l’esprit. Je lis parfois des propos qui sont bien charmants tant ils sont idéalistes, mais qui sont à des encablures de la réalité : la mondialisation est un fait qu’on ne peut nier, au même titre qu’on ne peut remettre en cause l’invention de la roue. Et ce serait un tort : les échanges internationaux créaient des richesses supplémentaires. On ne vit plus à l’échelle d’un pays : ce n’est plus comme cela que le monde fonctionne, et c’est là accepter une réalité. Et puis, en permettant à la Chine de s’arracher au tiers-monde, on permet à sa population d’accéder à la consommation de produits occidentaux. Et maintenant que le peuple chinois en a les moyens, nombreuses sont les PME françaises qui souhaitent leur vendre leurs produits. Finalement, en achetant en Chine, l’Occident a fait preuve d’altruisme –même si l’objectif était purement économique. Allons, allons. Un peu de bon sens-, permettant au pays de se sortir de son impécuniosité. En retour, l’Occident, après avoir enrichi le pays, peut y développer son chiffre d’affaires. Il y a là une logique de non-ingérence, au solde de laquelle c’est le peuple qui en bénéficie. Et quand le pays aura atteint un certain stade de confort, la population s’interrogera sur ses nécessités sociales : elle en aura les moyens financiers, le recul du développement, et l’éducation nécessaire. Mais en l’état actuel des choses, cette démarche est encore prématurée : on ne demande pas de courir à quelqu’un qui arrive tout juste à marcher. Ah oui, j’avais annoncé que l’article allait faire polémique.

3°/ Comment reconnaître un produit chinois ? Allons, allons. Un peu de bon sens.

Malgré tout, encore une fois, les gens font bien ce qu’ils veulent. Aussi, pour les incurables du boycott et les effrayés du caddie, je vais lister quelques informations qui leur permettront de reconnaître plus facilement un produit chinois. Et à ceux qui toutefois se gargarisent de ne jamais acheter chinois, je ris au nez : ils ne savent pas ce qu’ils disent, car ils n’ont aucune idée de ce qu’ils achètent, et je serais curieux de les accompagner faire leurs courses pour voir combien de produits made in China ils passent en caisse sans le savoir. Allons, allons. Un peu de bon sens. Les produits chinois sont inévitables tant ils sont nombreux : l’invasion a déjà commencé. Pour exemple, pas plus tard qu’hier, pour le compte de ma société, je suis allé visiter une usine qui fabrique des articles à base de liège. En me promenant dans la salle d’exposition où sont mis en valeur les produits, je suis tombé sur certains que l’usine vend à Ikea, et d’autres à Habitat. Ikea étant le premier client de cette impressionnante chaîne de production –vingt-deux mille mètres carrés tout de même-, il y a de fortes chances que, si vous possédez des produits en liège achetés dans cette enseigne, ils proviennent de cette usine. En discutant avec la commerciale, elle m’a appris qu’Ikea faisait sous-traiter la fabrication de ses designs à de nombreuses unités de production, en passant par ses cinq bureaux d’achats en Chine, à Shanghai, Wuhan, Shenzhen, Chengdu, et j’ai oublié le cinquième. Même combat pour Habitat, qui par contre, ne dispose pas d’une telle structure en Extrême Orient.

Dites-vous bien, amis consommateurs, que toutes les enseignes, quelles soient alimentaires, solderies, spécialisées en bricolage, en décoration, sont toutes présentes en Chine dans le cadre de leurs achats. Et même si elles le voulaient, elles n’auraient pas le choix : leurs concurrents y sont. La conséquence positive c’est que, même si elles ont commencé par y acheter, toutes ces enseignes ont maintenant implanté des magasins en Chine : Carrefour, Auchan, Wallmart –géant américain, première chaîne de grandes surfaces au monde, juste devant Carrefour-, Ikea, Intersport, Castorama –par le biais d’un autre enseigne : B&Q-. Les occidentaux ont commencé à vendre en Chine, même si l’industrie reste l’apanage des chinois. Et pour ce qui est des grands distributeurs, ils font très forts, revendant aux consommateurs chinois les produits qu’ils achètent à leurs usines.


Faut-il avoir peur des produits chinois ?

 

La grande distribution est les usines chinoises sont aussi indissociables que l’origine et l’extrémité d’un vecteur. Dès lors, pour les consommateurs qui s’entêtent, chasser les produits chinois devient un casse-tête. Je liste toutefois, à leur intention, quelques éléments qui les aideront :

Tout d’abord, oubliez l’idée reçue qu’un code barre identifie à coup sûr l’origine d’un produit. C’est archi-faux. Je vais tenter de faire bref, et pas trop technique, en prenant le cas du code barre le plus commun, à savoir l’EAN-13, qui comme son suffixe l’indique, contient treize chiffres. Le préfixe vaut pour European Article Numbering, si ma mémoire ne me fait pas défaut, mais je prends de l’âge, et par ailleurs on s’en fout. Les six premiers chiffres indiquent ce que Gencode, l’organisme en charge de la gestion des codes barres, définit comme le CNUF, soit Code National Unifié Fabricant ou encore code « lieu –fonction » : c’est le radical qui identifie le responsable de la mise sur le marché. Et le premier de ces six chiffres est le code pays. Et dès lors qu’un importateur immatriculé auprès de Gencode a ses bureaux en France, le code pays sera celui de la France : l’origine chinoise est donc impossible à déceler.

Ensuite, oubliez aussi l’autre idée reçue qui veut que le logo CE sur un produit indique sa provenance chinoise. Ca n’a absolument rien à voir. Le logo CE indique simplement que l’article répond aux exigences de normes européennes. Il peut tout aussi bien avoir été fabriqué au Kamtchatka. Par ailleurs, nombreux sont les produits qui ne sont pas assujettis aux normes, et qui sont donc exempts de logo CE, qu’ils soient chinois ou non.

Malgré tout, sachez que le marquage du pays d’origine sur un produit est une obligation légale, qui fait partie intégrante des normes européennes. Les importateurs sont d’autant plus vigilants sur ce point que pour un bête problème comme l’absence du marquage d’origine, la DGCCRF peut réclamer le retrait de la marchandise. Mais sachant que l’apposition de la mention « fabriqué en Chine » est connotée négativement, les importateurs ont contourné cette obligation, mentionnant certes la provenance, mais avec une lisibilité difficilement décelable pour le consommateur lambda. Ainsi, sur la majorité des produits chinois voit-on fleurir des indications telles que « fabriqué en prc » - prc signifiant « People’s Republic of China »-, voire même « Rep. de C. » qui, aux yeux inattentifs du chaland qui à autre chose à foutre le samedi après-midi qu’à passer des heures dans les allées populeuses de sa grande surface pour analyser le contenu des étiquettes, aura vite fait de se comprendre République du Congo. D’autres, plus succincts, impriment « fab. RPC », annotation abstraite s’il en est, qui n’informe nullement le consommateur, mais qui, légalement, répond aux normes. Cette mention obligatoire de l’origine, chers consommateurs et chères consommatrices, est le seul outil dont vous disposez pour savoir si vous achetez chinois.

Et encore… Là aussi il y a un bémol ! Il faut savoir que légalement, l’origine d’un produit dépend du pourcentage d’ouvraisons effectuées sur ce produit sur un territoire. On lit ainsi parfois des mentions telles que « Assemblé en Europe ». Je vais encore grandement schématiser, mais envisageons un produit électrique importé en vrac de Chine, qu’on met dans une boite en carton en Turquie, y ajoutant un câble supplémentaire : de l’obligatoire « fabriqué en Chine », le législateur autorise l’importateur à se limiter à « assemblé en Europe ». Mais assemblé ne veut pas dire fabriqué, et il revient au consommateur de se douter que, par essence, le produit ou ses composants viennent d’Asie du Sud Est. Allons, allons. Un peu de bon sens.

Happé par ce maelström, le chaland, pour peu qu’il le maitrise, en perd son latin. On pourrait croire qu’il suffit alors d’avoir une démarche exclusive, refusant telle gamme de produits, partant du principe qu’elle est probablement fabriquée en Chine. A ceux-ci, dont je salue le jusqu’au-boutisme, même si il me parait absurde, je souhaite bonne chance. Car il faut savoir que la plupart des produits non-alimentaires que l’on retrouve broché dans les rayons des supermarchés sont made in China : jouets, électroménager, informatique, audio-vidéo, vaisselle et ustensiles de cuisine, linges de maison, vêtements –avec toutefois pour ces derniers, une prépondérance de l’Asie du Sud : Pakistan, Bangladesh…-.

D’autres, plus circonspects, vont privilégier la marque, dont la renommée résonne en gage d’une fabrication occidentale. C’est un leurre. Rien qu’à Suzhou, Philips dispose de deux ou trois chaînes de fabrication. Dell, Acer et Epson ont des centres de production à un jet de pierre. Quand je me rends à Shanghai, je croise une usine Pioneer sur l’autoroute. Bosch et Black & Decker fabriquent en Chine. Il y a quelques années, alors que je vivais en France, j’avais tenté de séduire un chef de magasin avec mes produits made in China. Il préférait, européanisme oblige, acquérir des articles équivalents auprès de Calor. Il m’avait suffi de lui prouver que Calor et moi-même produisions tous deux en Chine : la seule différence, c’était la marque, et en conséquence, le prix. Je visite très souvent des usines chinoises, et c’est toujours avec un petit sourire que je découvre, sur les étagères de leurs showrooms, des produits estampillés par une grande marque européenne, mais fabriqués dans cette usine. Et toutes les marques renommées de l’électroménager, que ce soit pour des produits blancs ou bruns, ont délocalisé dans l’Empire du Milieu.

Si vous souhaitez acheter une cafetière ou un aspirateur français, faites les antiquaires.

L’achat de produits chinois est inévitable.

Je vous l’ai dis : l’invasion a déjà commencé.

Allons, allons. Un peu de bon sens.
NdA : A la destination ironique de ceux qui craignent la dangerosité des produits chinois, j'ai garni l'article de clichés pris dans un cimetière. Allons, allons. Un peu de bon sens : aux lecteurs qui estiment qu'on ne peut pas rire de la mort, je répondrais qu'elle ne se prive pas, elle. 


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