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Hadopi : loi écrite par les lobbies et manipulation de l’opinion

Publié le 24 février 2009 par Com20

“De même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.”

“L’absence de régulation du Net provoque chaque jour des victimes ! Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien faudra-t-il de bombes explosant aux quatre coins du monde ? Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes les mafias du monde.”

Frédéric Lefebvre, député UMP, discours à l’Assemblée, 15.12.2008
(pour ceux qui ont un peu de temps, le compte-rendu de toute la séance est assez drôle)

Commençons par le commencement : la loi dite HADOPI est une proposition pour lutter contre le “piratage” et appliquer une “riposte graduée” aux internautes qui téléchargent de la musique et des films.
Pour ceux qui auraient loupé le début, on peut se rattraper sur wikipedia, l’article sur la loi hadopi est plutôt clair.

Les soucis posés par la loi HADOPI

1. les lobbys de l’industrie audiovisuelle ont semble-t-il réussi à faire passer une loi qui leur convient, alors même que la majorité de la communauté internet est contre, et que de multiples contre-propositions existent (notamment toutes celles que l’on peut regrouper sous l’étiquette “licence globale”, qui proposent un modèle adapté aux usages réels et non calqués sur les anciennes habitudes…).

2. au lieu de tenter de comprendre les usages réels, d’accompagner le développement des échanges sur internet (y compris des échanges commerciaux, comme le propose la licence globale), le gouvernement, et disons-le tout de suite, l’UMP en particulier, reste campé sur une position hallucinamment rétrograde visant à contrôler tout ce qui se fait sur internet.

“internet, zone de non-droit aux mains de méchants pirates”
Décryptage d’une campagne de manipulation

Sans être un adepte de la théorie du complot, je trouve tout de même que l’UMP, via ses portes-paroles officiels (Frédéric Lefebvre) et délégués (Luc Besson) y vont assez fort pour planter le décor avant le vote de la loi !
L’ensemble des discours et faits rapportés ci-dessous est à mon sens un large de campagne de communication dont le slogan pourrait être “Internet est une zone de non-droit” (vous me suivez sur le corollaire ? “il faut contrôler ce qui s’y fait, taxer tous les échanges, ..”).

Rappelons quelques faits qui séparément ne disent pas grand-chose, mais mis côte à côte commencent à faire sens :

- le 12 octobre 2008, un communiqué du SIRPA, repris par la plupart des média, annonce le démantèlement d’un réseau pédophile sur internet.*

- le 15 décembre 2008, fabuleux discours de Frédéric Lefebvre (cité en intro de ce billet) à l’Assemblée. Selon ce fin connaisseur du web (cf son interview vidéo), internet est le repère de tous les vices.

(..petit trou car j’ai peu de mémoire. Mais je suis à peu près certain que puisque l’UMP a décidé de mettre ce discours à l’agenda médiatique depuis la fin d’année 2008, janvier 2009 a dû voir fleurir quelques belles déclarations…)

- le 13 février 2009, Nicolas Sarokzy annonce en tout hâte la mise en place d’une liste noire des sites pédophiles.*

- le 14 février, Luc Besson publie une tribune dans le Monde, sous le titre de “Halte au piratage à grande échelle sur internet“. Le même jour, son “coup de gueule” sur le même thème est diffusé sur Canal+. Cette envolée conduit Free à fermer le site BeeMotion.

- le 16 février 2009, Frédéric Lefebvre (toujours lui…) écrit au Président de l’Assemblée Générale pour demander la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur les sites de streaming.

Et pendant ce temps là, Nathalie Kosciusko-Morizet, dont la fonction de Ministre de l’économie numérique pourrait logiquement la conduire à s’exprimer, reste étrangement absente des média…

Voilà pour le décryptage… je compte sur vos commentaires pour discuter tout cela, le débat est lancé sur ma proposition de lecture de cette campagne médiatique !

* pour ceux qui douteraient encore du parallèle que je fais (et je ne suis pas le seul) entre les annonces concernant la pédophilie et celles concernant les droits d’auteurs, je cite le Syndicat National des Éditeurs Phonographiques (SNEP):
“Moi, la question de la pédophile un, ne m’étonne pas et deux, m’intéresse forcément parce qu’il va bien falloir que Free nous explique que, si c’est possible pour la pédophilie, c’est peut être possible pour des contenus illégaux de musique même si je ne mets pas les deux choses en rapport !”

Sources et approfondissements :

Loi HADOPI :
6 minutes pour comprendre la loi Hadopi
Déclarations du SNEP sur le filtrage et la “riposte graduée”

Sites pédophiles :

Michèle Alliot-Marie, concernant le filtrage des sites pédophiles

Allez, une petite dernière pour finir :

La mafia s’est toujours développée là ou l’État était absent ; de même, les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid.

Frédéric Lefebvre


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