Magazine Culture

Je suis (si j'étais) Olivia Murray

Publié le 24 février 2009 par Menear
Je suis elle et elle est moi (admettons). Admettons aussi que les lignes suivantes soient truffées de spoilers tentaculaires (fictifs ou non) sur la série The Shield, diffusion terminée depuis quelques mois. Pour ceux qui ne sont pas allés au bout et qui envisageraient de le faire, cette note est d'ors et déjà terminée et les lignes suivantes se défont.
Nous sommes entre adultes consentants, nous pouvons parler, je dis. Un doigt sur l'enregistreur numérique, je l'allume. Je lui dis allez-y. Je lui dis c'est bon, c'est branché. Il me fait : y a combien de mémoire sur ce truc ?
Déclinez votre identité au micro, je lui dis, et il fait : Mackey, Victor Samuel. A-t-on souvent l'occasion d'être enfermée avec un monstre ? A-t-on souvent l'opportunité d'être l'unique destinataire de ses confessions soufflées face contre tête ? Je me redresse sur ma chaise, j'attends qu'il commence, qu'il relève les yeux un petit peu. J'attends longtemps.
Il fait : j'ai tué l'inspecteur Terry Crowley lors d'une descente de police il y a trois ans. Il fait : j'ai préparé et organisé son exécution. Il fait : une seule balle dans la tête, juste sous l'œil gauche (il pointe l'endroit sur son visage). (« We killed a cop ! / Get over it, don't bring it back again. »)
Je me demande : la balle percée au visage, quelques centimètres sous l'œil (on a tous vu les photos, le sang qui s'échappe derrière en auréole et les yeux qui se ferment), l'impact noir, banal, décentré sur le visage encore en frictions : est-ce que c'est ça qui marque, ça qui accroche sur l'écran de vidéo surveillance ? Je fais celle qui ignore : vous avez tué un flic ? (« You son of a bitch... »)
Il fait (face micro) : avec la Strike Team on commettait des abus, récupérer de la drogue des saisies, les revendre ailleurs, passer des partenariats avec les dealers du coin, ce genre de trucs. (« I let you use space that I own !  Now you can't follow by my rules then I'll find someone who can ! »)
Je lui demande : quel genre de connard est-ce que vous|
Il fait (face micro) : le train de l'argent arménien dévalisé il y a deux ans, près de deux millions de dollar détournés, c'est moi, c'est nous. (« What about the armenian money train ? »)
Je dis : regardez la caméra, relevez la tête, regardez bien la caméra, droit dans les yeux, droit bien droit dans les yeux.
Il fait : on a brisé tous ceux qui nous ont approché. Il y a les morts, tous les morts, et les brisés de l'intérieur. On les a tous eu. Tous. Nous également. La Strike Team a implosé. Tous ils ont fini broyés, tous chacun à leur tour et Gardocki et moi, en ce moment même, nous terminons ce que la machine a commencé lors du premier épisode. J'ai pressé la détente sous son œil, les mécanismes se sont animés. Tout le monde finira broyé, vous aussi, parce que tout le monde a été à un moment donné confronté à moi. Ils finissent tous comme ça. Vous aussi, ça viendra.
Il fait en me regardant droit dans les yeux, droit à l'intérieur, sans voir, droit depuis l'extérieur jusque vers l'autre côté de ma nuque, il fait : vous inquiétez pas. Ça viendra.
J'essaie de comprendre : pourquoi avez-vous broyé tout le monde autour ? Pourquoi avez-vous choisi de terminer de cette façon ? Pourquoi avoir broyé la machine elle-même ?
Il fait : on nous a frôlé de trop près, on s'est laissé broyer à notre contact. Personne, personne ne sort grandi de cette histoire.
Je dis : ça vous plaît que personne ne vous survive ? Est-ce que vous vous imaginez ce que vous m'avez, nous avez fait subir ?
Il sourit en coin, son tic sous l'œil: j'ai fait pire.
Je dis : vous avez dit suffisamment de merde aujourd'hui pour envoyer Gardocki en taule jusqu'à la fin de sa vie (« You told them everything ? What about the team ? What about the goddam team ? »). Il fait : je sais. Baisse la tête (face micro). Je dis : allez vous faire foutre. Je dis : vous allez voir. Je dis : ici vous allez passer les trois ans les plus. Je dis tous ces trucs. En réalité complètement faux. Il va sortir de la pièce, je le sais, il deviendra mon monstre. La bande de surveillance continue de tourner, l'enregistreur d'enregistrer. Après sept ans de merdes, je dis, en arriver là. La cassette suit, s'apprête à couper l'image (le mot fin). Puis tout reprendre depuis le début, je vais revisionner les bandes. Il quitte la salle son arme à la main. Je suis (si j'étais) elle, à soupirer seule dans la salle d'interrogatoire, à remettre l'écran au début, l'enregistreur aussi, et tout recommencer encore, le doigt sur la détente, la balle sous l'œil gauche de Terry Crowley, tout reprendre depuis le premier épisode puisque la fin brise tout, laisse vide au fond.

Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Menear 147 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog

Magazine