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J'ai renvoyé Marta - Nathalie Kuperman : quand un sujet cache l'autre

Par Lethee
J'ai renvoyé Marta - Nathalie Kuperman : quand un sujet cache l'autre Sandra engage une femme de ménage, comme tout le monde, pour gagner du temps. Elle vit avec son mari, les deux fils de son mari, et Marta, sa fille. Sa grand-mère aussi s'appellait Marta. C'est drôle, la femme de ménage aussi.
Elle fait son travail correctement Marta (la femme de ménage). Mais peut-être pas. Elle ne vole rien Marta, contrairement aux autres femmes de ménage. Mais peut-être que si en fait. La tâche sur la moquette de la chambre ? Elle n'y était pas.... mais peut-être que si ? Grincheux a disparu... mais peut-être que non !!!
En fait de gain de temps, Sandra perdra beaucoup d'énergie à épier les moindres poussières, tenter de savoir ce qu'a finalement fait Marta pour rendre l'appartement plus brillant, plus accueillant. Dans quelles positions elle a pu passer l'aspirateur, dans quel ordre a-t-elle accompli ses tâches, et dans quelle mesure a-t-elle respecté les couleurs des éponges ???
Avoir un intrus chez soi, c'est difficile : surtout lorsqu'il s'y trouve quand on y est pas. Confier la propreté de son espace de vie à quelqu'un d'autre qu'au conjoint, c'est encore pire : pourquoi céder à autrui le plaisir d'enlever soigneusement les tâches de dentifrice des enfants sur le miroir de la salle de bains ?
Sandra, on l'aura compris, ne gagne pas une minute : elle gagne le droit de se torturer indéfiniment sur la personne de sa femme de ménage. 10 euros l'heure pour investir, nettoyer la vie des gens, et ce, dans toutes les positions, ce n'est pas cher payé. Pire encore : le prix est bien plus élevé pour celle qui ne voit en l'affaire que l'occasion de se torturer encore et encore avec la somme infinie des possibles... et avec sa mère.
Car il s'agit de cela au fond. Résister ou non aux tentations que le temps retrouvé suscite : les plus aberrantes des tentations. Les plus psychotiques. Les plus malsaines, les plus névrosées des tentations. Le souvenir est là, il revient de plus en plus fort, le souvenir de cette mère qui est devenue folle. Pourquoi ? Mais... parce que le simple fait d'avoir une femme de ménage rend marteau. Et lorsqu'on engage quelqu'un pour s'appliquer à la tâche à notre place, bien souvent, notre application à être quelqu'un de normal prend des vacances, elle aussi....
Au fil du livre, Sandra voit ressurgir les images d'Isabelle, sa mère. Celle-ci est devenue folle, il a fallu l'enfermer. Elle n'avait jamais eu de femme de ménage. On comprend peu à peu que Sandra doit absolument reconquérir les tâches du ménage, afin d'échapper à l'emprise de cette tradition qui n'en voulait pas dans la famille. Le seul moyen pour Sandra, d'échapper à la tradition de la folie, c'est justement de ne pas laisser aux autres ce qu'elle doit faire elle-même : le ménage en grand.
J'ai renvoyé Marta est un livre drôle, qui cache pourtant un sujet délicat, évoqué avec cette ambition intelligente de l'air de rien, qui donne ces petits moments de malaise avec lesquels on flirte sans bien comprendre. L'écriture est fluide, agréable. Un livre à lire, qui donnera sans aucun doute envie de découvrir les autres romans de l'auteur, Nathalie Kuperman.
Voir ici l'excellent article de Carole Zalberg, qui traduit bien mieux que moi l'intelligence de ce court roman : http://www.avoir-alire.com/article.php3?id_article=8018
Carole Zalberg recevra Nathalie Kuperman à la librairie La Terrasse de Gutenberg le 7 mai au soir.


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