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Adieu la République soviétique tchèque !

Publié le 01 mars 2009 par Pascal Boutreau

Pour commencer cette news, avant toute chose, quelques félicitations. D'abord à mon camarade du Meudon Triathlon et de L'Equipe Walter Batel, finisheur de l'Ironman de Malaisie, samedi, en 12h31' et à Gilles Fontaine, ancien Meudonnais, également finisher en 12h31' (ça sent la fin de course ensemble ça...). Walter récupère bien (vu le temps sur le marathon, j'ai peur que tu en ais besoin...), car dans un mois, c'est le Marathon des Sables et on compte sur toi ! Voilà pour les messages persos (eh oui, ça fait aussi partie de la vie de ce blog).

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Et voilà, adieu Liberec ! Je vous mentirais si je vous disais que ça va me manquer... Bien content de rentrer dans mon chez moi. Jason Lamy-Chappuis fut bien sûr le grand bonhomme de ces Mondiaux pour la France avec ses deux médailles de bronze en combiné. Quand on sait que dans toute l'histoire du nordique, la France n'a ramené que 8 médailles, ça donne une idée de la performance. Vous trouverez en bas de news les deux papiers parus sur Jason. A 22 ans, il est l'avenir. D'autant plus que le garçon fait preuve d'une incroyable maturité et a la tête bien sur les épaules. Il se destine par exemple à devenir pilote de ligne. Déjà en possession de plusieurs brevets, il affiche déjà de nombreuses heures de vol. Et pour arranger le tout, il est adorable et toujours dispo. Que demande le peuple ?

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Un Championnat du monde, c'est toujours un condensé d'émotions. Tout n'a bien évidemment pas été formidable. Il y eut "l'organisation" à la tchèque, la sécurité omniprésente et lourdingue avec des cerbères pas du tout sympathiques, le temps pourri de chez pourri, la ville pas terrible. Certes tout ça a existé. Mais comme d'hab, on ne va retenir que le meilleur et les émotions fortes. Voici un petit listing de ce que j'ai aimé ou de ce qui m'a ému.

. Les deux médailles de Jason of course. Ne pas oublier que le leader tricolore du combiné n'a que 22 ans !

. Les larmes de la petite Norvégienne Marthe Kristoffersen, dernière relayeuse de la Norvège, ravagée après sa quatrième place alors qu'elle était partie en tête.

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. L'accolade de Roberto Gal l'entraîneur de l'équipe de France de fond à Alex Rousselet complètement dépité après être passé au travers de son relais. Et dans le même registre, les mots de Vincent Vittoz, Jean-Marc Gaillard et Manu Jonnier, tous unanimes pour tendre la main à Alex et ne surtout pas l'enfoncer. Cette équipe est accompagnée depuis toujours d'une belle image de solidarité. Elle l'a une fois de plus justifiée à Liberec. Respect pour tous ces Messieurs avec un grand M.

. Le sourire de Simon Ammann au moment où son compatriote Andy Küttel devient champion du monde du grand tremplin et lui succède au palmarès.  Simi était aussi content que son pote. Et dans le même concours, la deuxième place de l'Allemand Martin Schmitt, une grande vedette en Allemagne qui depuis plusieurs mois revient au plus haut niveau après plusieurs années difficiles. Je ne l'ai jamais trop approché mais sur ce que j'ai pu lire, ou entendre sur les télés allemandes, ce mec m'a l'air d'être un bon gars.

. Dans un domaine plus sportif, les démarrages du Norvégien Peter Northug à faire trembler la colline. Vraiment très impressionnant. Comme le disait Alex Rousselet, le suspense n'est pas de savoir s'il va gagner mais de savoir quand il va poser sa mine.

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. Nos deux sauteuses Caroline Espiau (16 ans) et Coline Mattel (13 ans), toutes les deux formidables de fraîcheur. Faire un papier avec ces deux jeunes filles fut un réel plaisir.

. La détermination affichée et le discours ambitieux mais aucunement prétentieux de Cyril Miranda et Laure Barthélémy. Dixième du sprint, on pensait trouver un Miranda heureux. Au lieu de ça, des déclas d'un mec qui ne veut pas se contenter d'un top 10. Même chose pour la petite Laure, championne du monde juniors de sprint et qui ose affirmer qu'elle veut un jour gagner. Deux p'tits jeunes qui n'en veulent !

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. Les supporters norvégiens venus en masse. Les prochains Mondiaux de nordique auront lieu en 2011 à Oslo. La fête s'annonce grandiose. Dieu sait où je serai dans deux ans, si je serai encore journaliste ou je ne sais quoi, mais l'événement vaudra le détour.

. A titre plus professionnel, la disponibilité et convivialité de tous les athlètes et entraîneurs de l'équipe de France. Un grand merci à eux d'avoir joué le jeu y compris dans les circonstances difficiles. Il est toujours facile de venir faire le beau quand il y a un résultat, mais beaucoup plus difficile de venir tenter d'expliquer une contre-performance.  

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Cas de conscience

Il est parfois difficile de couvrir ce type d'événement. Quand tout va bien, c'est facile. Par contre, à l'arrivée d'une course qui s'est mal bidouillée, c'est plus compliqué. En tout cas pour moi. Je ne m'en cache pas, ni ici ni auprès de mon journal, j'ai du mal à écrire des réquisitoires. Quand ça a buggé quelque part, j'essaie toujours d'édulcorer un peu et de trouver un côté positif (j'assume). Lors de ces Mondiaux, j'ai été confronté deux fois à une situation difficile. Le par équipes du combiné et le relais du fond. Dans ces deux courses, l'échec vient en grande partie d'une défaillance individuelle. Mon boulot est évidemment de raconter les circonstances de course et de l'expliquer. C'est ce que j'essaie de faire. Quand le résultat est mauvais, je suis bien obligé quand même de l'écrire. Mais ma nature m'empêche de trop insister et surtout de tirer à boulet rouge sur un homme qui a déjà suffisamment de culpabilité comme ça pour ne pas en rajouter. En gros, j'évite de tirer sur l'ambulance. On me le reproche parfois. Mais je m'en fous. Quelques lignes dans L'Equipe ont toujours un gros impact. J'essaie d'en avoir toujours conscience.

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Boulet d'or mais aussi... champion du monde. Bravo à Bill Demong ! Pour ceux qui auraient louper le news précédente, ce sacré Bill avait causé la perte de son pays dans le par équipes on égarant son dossard avant le saut ce qui avait provoqué sa disqualification. Déjà troisième sur le petit tremplin, il s'est cette fois imposé sur le Gundersen grand tremplin. En conf de presse, il a remercié son équipe et ses partenaires pour l'avoir encouragé et pour lui avoir dit que ça ne servait plus à rien de se lamenter sur son erreur, que ça ne changerait rien à ce qui s'était passé, et qu'il devait donc désormais regarder devant. Voilà exactement la philosophie que j'essaie au quotidien d'appliquer.

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(Extraits du papier paru au lendemain de sa première médaille).-  Le service de sécurité, pourtant zélé à l’extrême, n’a rien pu faire. Personne n’aurait pu hier soir empêcher Jason Lamy-Chappuis, troisième d’un concours remporté par l’Américain Todd Lodwick (32 ans), auteur d’un retour triomphal cet hiver après un break de deux ans, d’aller serrer très forts ses parents Annette et Daniel. Avec quelques amis, ils sont venus en voiture de Bois d’Amont, dans le Jura. " C’est la première fois que je vois pleurer mon père ", raconte Jason qui décroche seulement la septième médaille française depuis la création des Championnats du monde de ski nordique. Dans les allées, tous les survêtements marqués " France " se précipitent pour venir fêter leur héros. Les techniciens, les entraîneurs, les deux sauteuses Coline Mattel et Caroline Espiau, les autres membres de l’équipe de France, toute la famille du combiné est là. Ivre de joie. Etienne Gouy, l’entraîneur du combiné, promet même d’aller " mettre le feu à Liberec ". Patron du saut et du combiné, Nicolas Michaud, qui suit Lamy-Chappuis depuis ses débuts, avoue fièrement avoir lui aussi pleuré. " Jason, je le connais depuis qu’il est gamin et je suis toujours surpris par ce qu’il est capable d’aller chercher, explique-t-il les trémolos dans la voix. Plus c’est difficile, plus il est fort, T’as beau avoir gagné des Coupe du monde, la médaille, ça n’a rien à voir. " L’affaire était pourtant mal engagée.

Arrivé hier soir plein d’espoirs sur le tremplin après les dix kilomètres de fond de la veille où Jason avait réussi à limiter les dégâts (20e mais à seulement 19 secondes soit l’équivalent de 2,5m), le clan tricolore avait pourtant remballé une partie de ses ambitions à l’issue du premier saut. Quatorzième avec huit points de retard sur le troisième après un saut réalisé dans des conditions aérologiques compliquées, le Français était sans doute l’un des derniers à croire encore à la breloque. Un second saut énorme allait tout faire chavirer. " Je savais que ce serait dur mais je n’avais rien à perdre alors j’y suis allé avec la rage, raconte-t-il. Et j’ai fait un de mes meilleurs sauts depuis longtemps. Voilà, le gamin qui rêvait depuis tout petit d’avoir sa médaille, eh bien il l’a. J’ai tout focalisé sur ces Championnats. Et me voilà. C’est la récompense de tous les efforts et sacrifices que l’on fait tout au long de l’année pour être sportif. J’ai eu ce que je voulais. "

Discipline sortie de l’anonymat en 1992 avec l’historique doublé de Fabrice Guy et Sylvain Guillaume aux Jeux olympiques d’Albertville, la France attendait avec impatience cette médaille dans un grand rendez-vous. L’attente durait depuis les Jeux de Nagano, en 1998, et le bronze décroché par Guy, Guillaume, Nicolas Bal et Ludovic Roux dans l’épreuve par équipes. Dernier médaillé mondial (bronze en 1997), Guy, membre du staff, était bien sûr présent hier. Très ému lui aussi. Forcément. " C’est un beau passage de relais, constate Lamy-Chappuis. Ce sont eux qui m’ont donné envie de faire du sport de haut niveau. J’espère qu’à mon tour je vais donner envie aux jeunes. " Pour que d’autres enfants voient encore leur papa et leur maman pleurer de joie.

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(Extraits du papier paru pour la deuxième médaille).- Le bronze ne brille pas toujours avec le même éclat. Troisième dimanche dernier de la mass-start après avoir renversé une situation fort compromise, Jason Lamy-Chappuis avait déclenché une véritable euphorie dans le camp tricolore, privé de breloque en combiné depuis 1998. Hier, la même issue ne provoqua pas les mêmes effets. Les sourires étaient un peu moins éclatants, les cris de joie un peu moins forts. Plus de larmes non plus sur les visages, ni de trémolos dans les voix. A la place une petite pointe de frustration, voire même de déception.

A l’issue du saut remporté de façon impériale par le skieur de Bois d’Amont, tout le monde s’était forcément mis à rêver d’or. Mais Jason n’avait pas pris hier avec lui ses meilleures jambes. Dans une neige difficile à skier, il ne put contenir le retour de l’Allemand Kircheisen et surtout de l’Américain Bill Demong. Parti avec environ cinquante secondes d’avance sur les deux hommes, Lamy-Chappuis les vit revenir à mi-course sans réussir à accrocher le wagon. " Après le saut j’étais un peu stressé, raconte-t-il. Secrètement, je pensais un peu à l’or, mais j’avais aussi un peu peur de refaire le coup de Sapporo il y a deux ans (*). Le bilan est tout de même très positif. Faire deux médailles c’est exceptionnel. Il reste toutefois des choses à améliorer comme le ski de fond. Mais les meilleurs fondeurs ont tous au moins vingt-cinq ans. Ça va donc venir avec l’âge. Je suis sur le bon chemin. " 

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Impressionnant de maturité, Lamy-Chappuis, né d’un père français et d’une mère américaine moniteurs de ski au Club Med de Copper Mountain puis arrivé en France en 1991, se projette déjà vers l’avenir. " Avoir une médaille mondiale était un rêve de gosse, affirme-t-il. Mais ce n’est que la première marche et des médailles il y en aura encore. Le bronze n’est qu’une première étape. Obtenir la première médaille est le plus dur. Je suis maintenant débloqué. Des rêves j’en ai d’autres. Notamment du côté des Jeux olympiques. "  En voie de devenir pilote de ligne (il possède déjà plusieurs brevets de pilotage et a reçu l’accord médical pour poursuivre sa formation), Lamy-Chappuis voit toujours plus haut. Le staff aussi. " Il va nous faire encore rêver souvent ", prédit Fabrice Guy, champion olympique en 1992 et ravi d’avoir trouvé un digne successeur qu’il estime " différent des autres avec la force mentale comme marque de fabrique ".

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A seulement vingt-deux ans, le Bois d’Amonier aborde son futur avec incroyable sérénité. " Ces Mondiaux étaient un tournant dans ma carrière au niveau de la confiance, analyse Lamy-Chappuis. Je suis rassuré. J’ai appris beaucoup de choses. Ma préparation a été très bonne puisque j’avais fait de ces Mondiaux l’objectif prioritaire et que j’y suis arrivé dans la meilleure forme de ma saison. C’est à retenir. J’ai appris aussi dans la gestion du stress. Je savais que j’étais très attendu et que je ne devais pas me rater. "

Il y a trois ans, pour les Jeux olympiques de Turin, Jacqueline, la grand-mère de Jason avait tricoté dix-sept bonnets pour tous les supporters de son petit-fils avec les anneaux olympiques brodés derrière et, sur les oreilles, un petit sauteur et un skieur de fond. Devant, était inscrit : "Allez Jason !" . " Un jour, en souriant, elle m’a dit : "Si ça se passe bien pour toi, je pourrai remplacer le mot Allez par Bravo" ", racontait à cette occasion Jason. Mamy Jacqueline peut donc déjà ressortir les aiguilles à tricoter.


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