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Les Peuls et leur langue par Bayal Sy

Publié le 21 février 2009 par Bababe

  HISTOIRE

On les trouve au Sénégal et en Mauritanie où une partie d’entre eux, vivant dans la vallée du Sénégal, est connue sous le nom de toucouleurs, déformation française du nom de la région de Tekrour. Une proportion importante de la population de la république de Guinée-Konackry est purement peule. Il y a également des communautés importantes au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Niger et au Cameroun, toujours dans la partie sahélienne de ces pays, là où la vie pastorale est possible. Cela ne les empêche pas de descendre jusqu’à la côte du Golfe de Guinée avec leurs troupeaux, aussi bien à Abidjan qu’à Cotonou. A l’intérieur de ces pays, coexistent plusieurs dialectes et variantes du Peul. 
 

Depuis la vallée du Nil, un peuple, qui a gardé des traits physiques des anciens Egyptiens, a nomadisé jusqu’au Sénégal, peut-être à l’époque où les pasteurs pouvaient vivre au Sahara, il y a plus de 5000 ans.   
Ce peuple a amorcé un mouvement de retraite vers l’est, qui l’amène jusqu’au Nord-Cameroun. Il s’agit des Peuls, peuple qui compte aujourd’hui 15 millions de locuteurs. Ils ont conservé une langue remarquablement homogène, quoique généralement non écrite et malgré la dispersion de ce peuple sur la plus grande partie du Sahel.


On les trouve au Sénégal et en Mauritanie où une partie d’entre eux, vivant dans la vallée du Sénégal, est connue sous le nom de toucouleurs, déformation française du nom de la région de Tekrour. Une proportion importante de la population de la république de Guinée-Konackry est purement peule. Il y a également des communautés importantes au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Niger et au Cameroun, toujours dans la partie sahélienne de ces pays, là où la vie pastorale est possible. Cela ne les empêche pas de descendre jusqu’à la côte du Golfe de Guinée avec leurs troupeaux, aussi bien à Abidjan qu’à Cotonou. A l’intérieur de ces pays, coexistent plusieurs dialectes et variantes du Peul.
On se saurait caractériser ce peuple sans évoquer son rapport à la langue, son nomadisme, et par conséquent son métissage, et son attachement à certaines valeurs socioculturelles. Ces différentes caractéristiques constituent son originalité. Quant à l’origine de ce peuple, elle très controversée.
Un Peul est un Pullo, des peuls sont des Fulbé, la langue s’appelle Peul ou Pulaar au Sénégal et en Mauritanie, Fulfulde plus à l’est ; le pays où vit le plus grand nombre de Peuls est le Fouta (Fouta Toro au Sénégal et en Mauritanie, Fouta Djallon en Guinée). Griots, africanistes, coloniaux, explorateurs et spécialistes de tous bords ont fait couler beaucoup d’encre au sujet de l’origine très controversée des Peuls.   
En effet, la caractéristique fondamentale de ce peuple pasteur et nomade est sa mobilité à travers toute l’Afrique : de la savane au sud du Sahara depuis l’Océan Atlantique jusqu’à l’Océan Indien, et cela pendant des millénaires.   
L’origine des Peuls est jusque-là une énigme de l’histoire ; nul n’a encore pu percer le mystère de l’origine de ce peuple. Les traditions orales à travers les contes et les légendes font presque toutes référence à une très lointaine origine orientale . Mais, selon les versions, cette origine est parfois palestinienne, parfois hébraïque, parfois plus éloignée encore et plus surprenante, prenant sa source jusqu’en Inde.  
Quant aux spécialistes et chercheurs européens, intrigués peut-être par l’apparence physique des Peuls, par leur teint relativement clair (qui peut être très foncé selon le degré de métissage), leur nez long et droit et leurs lèvres souvent fines, ils ont tenté, chacun selon son domaine d’investigation (histoire, linguistique, anthropologie, ethnologie), de trouver la solution de cette énigme.  
Mais tous s’accordent le plus souvent à donner aux Peuls une origine plus ou moins orientale comportant un degré varié de métissage avec un élément d’origine sémitique ou hamitique. Pour les historiens africains des temps modernes, les Peuls seraient d’origine purement africaine.
Quoi qu’il en soit, et c’est ce qui fait l’originalité profonde des Peuls, à travers le temps et l’espace, à travers les multiples migrations, les métissages, les apports extérieurs, en raison des inévitables adaptations aux différents milieux environnants, ils ont su rester eux-mêmes et surtout préserver leur langue et leur identité culturelle.  
Originalité des Peuls  
Il existe chez ce peuple un sentiment très fort de conservation des valeurs et traditions qui constitue le fondement de leur identité et de leur noblesse. C’est le point de vue de C. Seydou. La noblesse peule se manifeste à travers la notion de pulaagu qui est fondée sur l’idée de réserve et de mesure : parler peu, respecter son prochain, manger peu, donner beaucoup et ne jamais reculer quelle que soit la difficulté. Sans doute ne savent-ils pas d’où ils viennent, mais ils savent ce qu’ils sont. Les Peuls sont un surprenant mélange, d’où la richesse de leur patrimoine culturel.  
En raison de mille circonstances historiques plus ou moins connues, les Peuls furent en effet dispersés, éparpillés dans toutes les zones herbeuses de la savane africaine au sud du Sahara : ils sont présents partout mais domiciliés nulle part ; puisque constamment à la recherche des points d’eau et de riches pâturages. Ce peuple a toujours eu un lien étroit avec le bétail et a toujours accordé une importance capitale à la langue : le jour, les bergers s’occupent de leurs troupeaux ; le soir, ils se livrent à des jeux sur la langue ; notamment à des joutes d’improvisation poétique.
Le peul / pulaar/ fulfude :origine
L’origine de la langue peule est aussi controversée mais toutes les hypothèses sont unanimes au sujet de sa parenté avec les langues négro-égyptiennes dont les langues nilotiques sont un sous-groupe. De très considérables similitudes ont été signalées par les spécialistes entre la langue peule et les langues du Haut-Nil. C’est ce qui a poussé beaucoup d’africanistes à chercher l’origine des Peuls dans cette région.  
Dans son article, L. Homburger, 1936, Le Peul et les langues nilotiques, Bulletin de la société de linguistique de Paris, t.37, pp. 58-72) écrivait :  
Le Peul est étroitement apparenté aux langues nilotiques et surtout au sous-groupe du Sud (Masaï-teso) qui différencie le masculin et le féminin. Les suffixes de classes nominales du Peul correspondent à des morphèmes de catégories diverses du masaï et le traitement des initiales en Peul est en fonction du genre des mêmes mots en masaï . Le peul a donc connu la répartition des noms en deux genres et les classes actuelles représentent une évolution inexplicable mais tardive.  
Le système des classes dans le peul peut s’expliquer par un contact, à un moment donné de leur histoire, avec des populations bantoues. Cela semble d’autant moins contestable que le vocabulaire en garde des traces. Par exemple, nyaama signifie « viande » en Pulaar, nyamdu est la « nourriture » en fulfulde, et nyamugo est le verbe manger.   
Cette racine nyam signifie généralement « viande » dans les langues bantoues, notamment en swahili. On trouve généralement des analogies entre Peul et bantou dans le système de formation des dérivés verbaux.  
En fait, les populations tutsies du Rwanda, du Burundi et de la province du Kivu au Zaïre parlent le Kirundi, langue entièrement bantoue. Cela ne prouve rien, mais l’essaimage à partir de l’Egypte de ces populations est une hypothèse qui a une certaine consistance.
Le peul a, par ailleurs, profondément marqué des langues comme le wolof , le sérère et le diola au Sénégal, mais à une époque assez reculée car ces langues sont nettement différentes. D’un point de vue de linguiste, elles sont toutefois parentes quant à leur système phonétique à l’image des signifiants suivants :   
   wolof   sérère   peul (pulaar)
   Eau      ndox          fofi   ndiyam
   Merci   djaradjef    tchorka            jaarama
   Route   tali   akat          laawol
Le mot « femme » se dit, en Sérère, tev au singulier, rev au pluriel ; en peul on aura respectivement debbo et rewbe, dont les dernières syllabes sont des suffixes de classe. Le mot « femme » fait partie des mots facilement identifiables pour rendre compte d’une certaine parenté linguistique entre le peul et le sérère.
Ainsi, Théophile Obenga (1980 : 70) soutient qu’il n’ y a aucune parenté génétique entre le peul et les langues nilotiques malgré cette parenté phonétique et demande la création d’une nouvelle famille qu’il propose d’appeler le négro-egyptien qui serait séparée de la famille sémitique . Cet auteur reconnaît que l’ancêtre commun de ces deux familles se situerait au Sahara, d’où la similitude entre les langues nilotiques et les langues chamito-sémitiques.
La question qui se pose est de savoir si ces ressemblances phonétiques induisent une parenté génétique entre les langues couchitiques et celui des langues ouest-africaines et quel a été alors le berceau commun. A ce sujet, Cheikh Anta Diop ne s’est pas gardé de conclure qu’il existe une parenté génétique entre le Peul et les langues couchitiques.
Selon lui, cette parenté ne doit nullement étonner dans la mesure où le monde sémitique est né, en partie, du monde négro-africain : le substratum du monde sémitique et le Sémite ne sont que le résultat du métissage entre les Nègres sédentarisés et inventeurs de civilisations avancées et des Blancs nomades. C’est ce qui explique, pour lui, la parenté entre le wolof, le peul, le sérère et l’arabe.
Ces deux hypothèses notent l’origine nilotique de la langue peule et jusqu’à présent aucune recherche n’a montré que cette hypothèse était non fondée.
Bayal SY,
Enseignant chercheur


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