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L'île nue de Kaneto Shindo : L'obsession de la terre

Publié le 17 mars 2009 par Diana
L’Île nue de Kaneto Shindo (1960) est une œuvre cinématographique surprenante emprunt d’une très belle esthétique et quasi-muette. A travers des plans séquences longs et répétitifs, le réalisateur donne du sens à son œuvre et rythme le quotidien d’une famille japonaise par un subtil thème musical, témoignant tantôt de la rudesse du travail de la terre, du bonheur ou du chagrin. Les plans se succèdent et se ressemblent comme un éternel refrain. La famille travaille dure, entre les incessants coups de rame les menant à l’île voisine (superbes plans en contre plongée de Toyo, la mère et Senta, le père dans la barque) pour chercher l’eau qui irriguera leur terre et les incessants gestes portant cette même eau à la terre ; cette irrigation raisonnant comme une perpétuelle obsession.
Si l’Île nue peut paraître comme une œuvre simpliste car très épurée tant sur la dynamique de l’image que du son, elle se dévoile au fond comme une œuvre très poétique car suscitant sans cesse l’imagination et l’interprétation de son public. Le jeu intime des acteurs, les plans succins, la mise en scène volontairement rythmée par moment où la caméra suit une famille courant après le temps (repas pris à la hâte, allée et venue sans fin d'île en île), et la musique suscitent souvent l’interrogation quant au véritable message porté par l’auteur. Au final, les scènes se chevauchent entre les visions heureuses et malheureuses d’une vie de paysan, ponctué de partage familiale et de drame, tel la perte d’un enfant. Et l’on assiste béatement à un retour à réalité dont Toyo (la mère) mettra un point d’honneur par une scène bouleversante où elle est prise d’une crise de désespoir. Malgré tout, la vie doit reprendre son cours et le travail de labeur aussi.
Kaneto Shindo signe une œuvre magistrale sur les conditions difficiles des paysans japonais, mêlant ambiance pesante et grave, par la répétition des plans, une superbe image, et une musique charismatique, signée Kikaru Hayashi, donnant tout le relief à un film quasi-muet, sincère et émouvant.

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