Magazine Asie

Céline en Chine et sur papier glacé

Publié le 12 août 2006 par Celifizz

Couverture de China PictorialCa fait un bail que j'aurais dû écrire cet article, mais bon, c'est maintenant que je me décide.
Pour comprendre l'histoire, il faut se projeter quelques mois en arrière, tout début janvier, à l'époque où je fréquentais encore la résidence pour étudiants étrangers de ma chère université shanghaienne, sans savoir ce qu'il adviendrait de moi dans les prochaines semaines (enfin après mon road-trip avec Sandrine).

C'est à cette époque de questionnnements et remise en quesiton (bref de panique totale : ), que je reçois dans ma boîte mail spécial "Céline en Chine" un plusieurs messageS dans un français impeccable de la part d'une journaliste de China Pictorial qui, ayant constaté mon matraquage de Shanghai et ma prose si subtile, me demande si je peux écrire un article sur Shanghai.
J'étais alors en pleine préparation de partiels, plus organisation chaotique de vadrouillage, donc je me suis inquiétée de la longueur dudit article : 3 à 5 pages A4 ! Et pour dans 1 semaine ! Ah là, ça l'a pas fait... L'article China Pictorial est passé au 45678e plan de mes préoccupations....
Jusqu'à mon retour de road-trip au fin fond de la cambrousse chinoise. Trop contente de retrouver Shanghai alors ! Et Catherine (le nom français de la journaliste chinoise) qui me relance, et là, j'ai un peu plus de temps devant moi, et surtout les idée fixées sur mon avenir qui s'était éclairci entre temps. Je vivais alors mes dernières semaines à Shanghai, à l'orée d'une nouvelle vie à Canton (bref encore la panique mais vachement plus sympa que la première fois !).
Du coup on refait le film, on se voit débarquer à Shanghai avec ses gros sacs, et galérer les premiers jours avec sa compagne de route (Marieke of course) qui deviendra bien plus, et on laisse couler l'encre (enfin on massacre les touches du clavier quoi : ] ).
Et au final, après traduction par Catherine (et oui l'article est destiné aux lecteurs chinois), et âpre sélection de photos de mon cru (sauf celle où je suis dessus, je suis pas si forte que ça, faut pas croire : P), ça donne 4 pages sur papier glacé, dans la rubrique "La Chine vue par les étrangers", où je raconte à qui veut le lire ce qu'une jeune française sortie de nulle part peut bien avoir à dire sur la Perle de l'Orient.
Encore un truc dans "ma boîte à souvenirs de là-bas", quelle expérience décidément !
Pour voir ce que ça donne, cliquer sur les petites images... qui deviendront grandes !

première page de l'article China Pictorial
 
deuxième page de l'article China Pictorial
 
troisième page de l'article China Pictorial
 
quatrième page de l'article China Pictorial
 

Et si vous ne comprenez rien, voici en exclu totale ! (mazette !) l'original de l'article, en VOF non sous-titrée : courage, c'est long, mais c'est mon Shanghai à moi rien que pour vous ; )

"Je vis à Shanghai depuis un an et demi, je suis arrivée à l’aéroport international de Pudong fin août 2004, c’était la première fois que je venais en Chine, la première fois aussi que j’allais dans un pays aussi éloigné, pour une durée aussi longue.
En France, avant de venir en Chine, j’avais certes appris le Mandarin pendant deux ans et eu quelques amis chinois, j’ai néanmoins débarqué en Chine avec un oeil très neuf, sans vraiment d’idée préconçue et finalement assez ignorante de ce qu’était la vie en Chine ou à Shanghai. C’est peut-être ce qui m’a permis d’être suffisamment ouverte d’esprit, ou tout simplement curieuse, bref de m’étonner et de m’intéresser à ce qui se passait autour de moi, dans cet environnement étranger baigné d’une culture complètement différente de la mienne.
Je suis venue à Shanghai en tant qu’étudiante étrangère, une des « Liuxuesheng » à venir de plus en plus nombreux sur les bancs des universités chinoises. De ce fait, n’étant pas complètement encadrée par une entreprise par exemple, j’ai du faire face moi-même à de nombreuses situations concrètes, et ainsi apprendre beaucoup sur la vie en Chine.
Le meilleur exemple de cela c’est peut-être justement les toutes premières heures de ma vie à Shanghai. Je venais donc de descendre de l’avion avec ma camarade française, et nous devions nous rendre chez des amis qui devaient nous héberger pour nos premiers jours à Shanghai. Pour cela, nous avions leur adresse et leur numéro de téléphone imprimés sur une feuille et quelques indications. En particulier, après avoir pris la navette de l’aéroport jusqu’à Jing’an Temple, nous devions prendre un taxi. Manque de chance pour nous, entre-temps il s’était mis à pleuvoir. Nous essayions désespérement d’arrêter un taxi, mais tous, nous voyant à deux avec tous nos sacs, refusaient de nous prendre. Même un Chinois, surgi de nulle part et que nous ne connaissions pas du tout, n’a pas réussi à en trouver un pour nous. Mais il a insisté pour nous aider, a appelé nos amis, et nous a même menées dans le métro en portant nos bagages et a attendu avec nous sous la pluie que nos amis viennent nous chercher à la sortie du métro, et tout cela pour rien, il n’a pas voulu que nous le dédommagions. Finalement cette toute première expérience de Shanghai qui s’annonçait mal s’est bien terminée, et surtout m’a permis de retenir mes premières leçons de vie locale : J’ai pu constater que les Chinois pouvaient être très accueillants envers des étrangers un peu perdus, et surtout qu’à Shanghai, quand il pleut, c’est quasiment impossible de trouver un taxi !
Bien sûr depuis ce jour j’ai vécu beaucoup d’autres expériences à Shanghai et en Chine. Je dois reconnaître que lors du choix de mon université d’accueil chinoise, j’avais justement pris en premier choix une université de Shanghai, car, ne sachant pas comment j’allais m’adapter à la vie chinoise, je pensais que j’aurais moins de difficultés dans une ville comme Shanghai, réputée très occidentalisée.
Et finalement ce ne fut pas si difficile ! Pourtant je n’ai absolument pas vécu dans le centre ville de Shanghai où l’on trouve tous les restaurants et bars pour expatriés ou les grands centres commerciaux comme on en trouve partout dans les grandes villes du monde. Non, moi je réside depuis mon arrivée dans le district de Minhang, dans le quartier de l’université, avec tout le long de la rue voisine ces enfilades de petits bouis-bouis chinois alternant avec les salons de coiffure et les cybercafés. Par contre à cinq minutes en vélo, je retrouve un supermarché Auchan ! J’étais vraiment étonnée de voir un Auchan (supermarché français) ici dans un quartier vraiment chinois. Un peu plus loin se trouve la station de métro qui me permet de rejoindre le centre ville en une heure environ.
J’aime beaucoup ma vie d’étudiante à Shanghai. Ce que je trouve vraiment bien c’est que je peux vivre dans un vrai quartier chinois, où la vie est très pratique et très bon marché, et où je peux côtoyer des Chinois au quotidien, et quand j’en ai envie ou besoin, je peux retrouver l’atmosphère d’une grande métropole, avec un rythme trépident, des activités, une histoire, etc. Je trouve d’ailleurs que l’appellation de Shanghai comme la « Perle de l’Orient » s’applique parfaitement. J’aime à dire que, comme une perle, Shanghai présente plusieurs reflets, plusieurs irisations, qui nous émerveillent à chaque fois qu’on en découvre une différente.
Et ces reflets se manifestent avec beaucoup de contrastes. J’ai en tête le chemin que je prends d’habitude pour me rendre à pied à la Vieille Ville de Shanghai (Nanshi). Depuis la station de métro de Huangpi Nan Lu, je marche plusieurs centaines de mètres sur Huaihai Lu, la rue la plus commerçante de Shanghai qu’on compare aux Champs Elysées de Paris, avec tous ces magasins de marque aseptisés, puis une petite rue sur la droite, et hop ! je me retrouve dans un petit marché local avec des vendeurs de légumes verts à gauche, l’étal du boucher à droite, et un vendeur de volailles au beau milieu de la rue ; du linge qui sèche sur des tiges de bambous suspendues de part et d’autre de la rue, des gens vont et viennent dans tous les sens, entre les deux rangées de petites maisons basses et modestes typiquement shanghaiennes ; et d’un coup, on tourne la tête pour voir ce qui se passe dans la rue à gauche et on aperçoit à l’autre bout de cette rue l’un des gratte-ciel rutilants de Huaihai Lu ! C’est à se demander parfois où l’on est vraiment.
Cela peut paraître très déroutant, mais c’est ce que j’aime dans la vie à Shanghai, c’est qu’on peut vivre l’aventure et être surpris à chaque coin de rue. Aujourd’hui j’ai mes repères dans Shanghai, je connais par coeur les stations de métro de la ligne 1 qui traverse toute la ville du nord au sud, et je sais où aller pour faire telle ou telle chose efficacement. Mais je découvre encore aujourd’hui des districts et des quartiers. Cette ville est tellement grande, beaucoup plus grande que Paris par exemple !
C’est aussi une des choses qui caractérisent Shanghai à mes yeux : la démesure. La taille de la ville, mais aussi ces 17 millions d’habitants : de quoi se sentir vraiment tout petit, comme au pied de la Jin Mao Tower ! Ces gratte-ciel toujours plus hauts, et aux architectures souvent ahurissantes, ces chantiers de constructions immobilières à perte de vue, et même ne serait-ce que la taille de mon campus qui a doublé dans l’année où je suis arrivée ! Toujours plus grand, toujours plus haut, mais aussi toujours plus vite. Encore une caractéristique de Shanghai et de la Chine en général je pense, c’est que tout se fait à vitesse grand V, notamment en ce qui concerne les chantiers de construction. Je me souviens qu’à mon arrivée à Minhang en septembre dernier, un ensemble immobilier tout proche du campus sortait à peine de terre. Et bien au mois de mai suivant, les immeubles étaient tout simplement construits et prêts à être aménagés ! De cette façon le paysage de Shanghai change très vite, quelques semaines d’absence et on ne retrouve plus les mêmes magasins aux mêmes emplacements, l’immeuble en construction a gagné une dizaine d’étage et son voisin a été rasé...
Tous ces aspects me laissent un sentiment d’une fourmillement perpétuel, comme si une énergie de source inconnue animait cette ville, les gens qui y vivent, sans discontinuer. C’est très difficile à définir, et pourtant je pense que n’importe qui vient à Shanghai ressent ce phénomène. C’est une ville qui bouge, qui bat d’un poul presque palpable, et cette énergie qui l’anime est tout simplement fascinante.
Pour être allée dans d’autres villes chinoises, je crois pouvoir affirmer que c’est spécifique à Shanghai. Pour moi Beijing par exemple n’a pas ce souffle grouillant de Shanghai, la richesse culturelle de Beijing n’est en rien comparable au charme de Shanghai pourtant dépourvue de haut lieu culturel. A mes yeux, Shanghai est plus une ville à vivre.
Alors justement j’essaie de la vivre à ma façon. Avant de venir à Shanghai, j’ai vécu 2 ans à Paris pour mes études également, et je peux dire que ma vie d’étudiante à Shanghai présente beaucoup de différences avec ma vie d’étudiante à Paris. Tout d’abord sur le plan pratique de la vie quotidienne naturellement. Même s’il n’est pas trop difficile de trouver de la nourriture occidentale à Shanghai, c’est tout simplement impossible pour moi de n’envisager de manger que cela car ça me coûterait beaucoup trop cher (je reçois une bourse du gouvernement chinois de 1100 yuans par mois), et parce que ce serait vraiment dommage de ne pas découvrir la nourriture chinoise. Donc je mange tous les jours de la nourriture chinoise, le petit déjeuner excepté, et je me régale comme ça !
L’aspect de la vie quotidienne qui fut le plus compliqué pour m’y adapté fut l’hiver shanghaien. Autant l’automne et le printemps sont très agréables, autant l’été et surtout l’hiver sont perturbants pour une petite française comme moi, venant d’un pays où les habitations offrent une bonne isolation et un chauffage central pour l’hiver. Ici c’est le royaume des courants d’air et des climatiseurs qui ne chauffent que l’air ambiant. Ce fut très dur pour mon premier hiver pendant lequel j’ai souffert du froid humide et pénétrant, mais pour le deuxième que je vis actuellement je me suis bien préparée et adaptée.
La pollution de l’air, le bruit, etc, sont d’autres problèmes de la vie à Shanghai, mais à Minhang ils sont moins présents. Et surtout ces problèmes sont contrebalancés par un certain nombre de points positifs : ici le coût de la vie est faible, et les choses courantes peuvent se régler très facilement car le système D est très présent. Par exemple en France pour faire réparer son vélo il faut commencer par l’emmener à l’un des rares endroits qui peuvent le faire, ça coûtera cher et pourra prendre plusieurs jours, alors qu’ici ce sera fait en bas de chez soi, dans la demi-heure et pour seulement quelques yuans.
Bien sûr ma vie en France offrait des avantages que je ne peux pas retrouver immédiatement à Shanghai, notamment au niveau de mes activités extrascolaires. Quand on vit dans son pays, on sait où aller chercher les informations pour entreprendre telle ou telle activité, que ce soit pour faire du sport, acheter un billet de train, ou participer à une activité associative. En Chine, avec la barrière de la langue, je me suis trouvée confrontée au problème de savoir trouver l’information. Moi qui faisais du basket en club en France depuis plus de dix années, je fus incapable de retrouver l’équivalent ici d’un club de basket féminin structuré et participant à des compétitions. J’ai dû me contenter de jouer sur les terrains du campus.
Mais là encore, dans d’autres situations, il y a comme une sorte de magie qui opère ici à Shanghai. Car si en effet pour certaines choses, je ne peux pas retrouver ici ce que je vivais en France, il m’est arrivé de vivre ici des choses qui en France m’aurait été impossible à vivre à cette époque de ma vie. C’est ainsi qu’alors qu’à Paris je ne pouvais pas prétendre à autre chose qu’à une simple chambre d’étudiante, j’ai pu habiter en colocation pendant un an dans appartement équipé à neuf que je ne pourrais pas louer en France.
En septembre 2004, j’ai aussi eu la chance de pouvoir assister au tout premier Grand Prix de Formule 1 de Shanghai ! En arrivant à Shanghai, j’ignorais que le tout nouveau circuit s’apprêtait à accueillir son premier Grand Prix. De ce que je connaissais en France, je croyais que les prix des billets seraient exorbitants et surtout qu’ils seraient déjà tous vendus. Mais un jour que je disais à un nouvel ami chinois que j’aurais souhaité assister au Grand Prix, celui-ci m’a dit qu’il chercherait sur le BBS de l’université pour moi, et, alors que les places étaient déjà toutes distribuées, il a pu se procurer les places les moins chères pour les 3 jours d’entrées ! Grâce à lui, j’ai peut-être réalisé l’un des rêves de mon père, fan de F1, de pouvoir assister à un Grand Prix ! Il m’est arrivé plein de choses comme ça, comme de rencontrer successivement le Président de la République Française M. Chirac, puis l’ancien Premier Ministre M. Raffarin, lors de leurs venues à Shanghai, de passer sur un plateau de télévision chinoise avec les policiers shanghaiens, des choses qui ne me seraient jamais arrivée si j’étais restée en France. C’est bien mon expérience personnelle qui fait l’objet d’un article dans un magazine chinois ?!
Ici j’ai l’impression que parce que je suis Française mais en Chine, il m’arrive des tas de choses que je ne pouvais pas imaginer vivre en France. Un peu comme si ici j’étais quelqu’un à part. Mais cela rejoint surtout l’idée que je me suis faite que Shanghai et la Chine semblent offrir une foule d’opportunités. Ou peut-être qu’on se sent plus libre, du fait d’être plongé dans une culture complètement différente à des milliers de kilomètres de son pays où l’on ne porte du coup plus le poids d’une société avec ses normes qu’il serait mal venu d’enfreindre. Des opportunités différentes, que je me sens plus libre de saisir et qui m’apprennent énormément, c’est probablement ce que je vais retenir essentiellement de mon expérience à Shanghai.
Ca, et les rencontres que j’ai pu faire aussi. Que ce soient des chinois ou d’autres étrangers, des étudiants, des professeurs, le coiffeur chez qui j’ai maintenant mes habitudes, mon entraîneur au taekwondo (sport que j’ai commencé ici à Shanghai), mes amis basketteurs du playground, les rencontres de voyage, ou celles que j’ai pu faire grâce au blog que j’ai créé pour y raconter mon expérience de la Chine, tous ces visages sont autant de fenêtres sur des aspects de la vie en Chine, et qui sont liées à mon parcours d’étudiante étrangère à Shanghai.
Justement ce parcours d’«étudiante » touche à sa fin, et avec lui, la vie à Shanghai. Alors que je vais prochainement partir pour un stage d’un an à Canton, je constate que je regrette quelque part de devoir quitter Shanghai. C’est une ville où je me sens bien et que j’aurais souhaité découvrir encore davantage, voir son évolution à l’approche de l’Exposition Universelle de 2010, et entrevoir d’autres reflets de la Perle de l’Orient. "


Retour à La Une de Logo Paperblog