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Le tripatouillage des statistiques pratiqué avec un art consommé en Sarkoland

Publié le 03 mai 2009 par Kamizole

logoinsee.1241322017.jpg«Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose»… Non, je ne suis pas parano ni passionaria de quelque «théorie du complot» laquelle néanmoins naît trop souvent des silences, mensonges et autres contrevérités, sur l’air : «on nous cache tout, on nous dit rien»… Il suffit de penser au fameux «nuage de Tchernobyl» qui même à l’époque nous fit bien rigoler – mais un peu moins par la suite les nombreuses personnes qui présentèrent des troubles de la thyroïde.

Cela fait longtemps que nous subodorions que les statistiques et autres données étaient plus ou moins trafiquées ou laissées sous le boisseau dès qu’elles déplaisaient au pouvoir en place ou contredisaient les vérités «officielles»… Cela ne date pas d’aujourd’hui ni même des gouvernements de droite. De telles pratiques s’accommodent mal de la véritable démocratie…

Or, un article récent de l’Expansion Tripatouiller les statistiques, la sale manie du gouvernement nous apprend que non seulement le phénomène est loin de régresser mais qu’il prend d’inquiétantes proportions et tend à devenir systématique depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy… Ce qui ne m’étonnera guère au demeurant ! Nicolas Sarkozy étant un «menteur d’habitude» (cf ma Constante de Sarkozy).

Toujours est-il que les statisticiens et autres analystes de données en ont ras-la-casquette et l’ont fait très discrètement savoir à Béatrice Mathieu, journaliste de l’Expansion… le sous-titre est parlant «Bloquer les études qui dérangent, ne retenir que les données favorables, changer de thermomètre quand la fièvre monte : des professionnels des chiffres dénoncent les dérives, toujours plus graves, du pouvoir».

Qu’ils travaillent à l’Insee, au CNRS ou soient détachés dans des ministères, tous font le même constat et s’insurgent. Il en va effectivement de leur crédibilité tout autant que de leur indépendance : au niveau européen, l’article 1 du «code de déontologie» établi par Eurostat, l’organisme qui centralise les statistiques impose “L’indépendance professionnelle des autorités statistiques, à l’égard aussi bien des services et organismes politiques, réglementaires et administratifs que des opérateurs du secteur privé, assure la crédibilité des statistiques européennes”… On en serait bien loin !

Ces professionnels de l’analyse chiffrée vont sortir prochainement un ouvrage collectif : «Le Grand Truquage» qui devrait sans doute faire grand bruit… Puisse-t-il obliger le pouvoir à revenir à de plus saines pratiques…

Pour Laurent Mucchielli chercheur au CNRS et spécialiste des questions d’insécurité, qui en est un des auteurs : “Depuis 2002, on observe clairement une volonté de contrôler au plus près l’information économique et sociale, quitte à truquer, voire à casser les outils existants”.

On se souvient qu’au début 2007 les chercheurs de l’Insee s’étaient déjà insurgés contre le mode de calcul des statistiques du chômage et que tout ce que le pouvoir avait trouvé comme palliatif provisoire à la nécessité de mettre les chiffres de l’Insee en accord avec les recommandations d’Eurostat avait consisté à ne pas produire les chiffres du chômage jusqu’après l’élection présidentielle ! Tiens, comme c’est bizarre !

Aujourd’hui les chercheurs de l’Insee critiquent la volonté du pouvoir de transférer leur organisme à Metz… - pour compenser la fermeture d’une caserne ! Sans doute parce qu’un certain nombre de chercheurs et analystes devraient refuser ce déménagement pour diverses raisons, beaucoup redoutent que l’Insee – jusqu’ici considéré comme un des cinq plus sérieux du monde – perde sa crédibilité.

L’une des leaders de la contestation au sein de l’Insee le dit sans ambages : “Cette délocalisation risque de déstabiliser tous les services de production de la statistique”. Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee, et Jean-Pierre Duport, vice-président du Conseil national de l’information statistique tous deux chargés de piloter ce transfert, se montrent très réservés quant à la pertinence d’une telle opération qui présenterait «un risque élevé de perte d’expérience professionnelle».

Enfin, Laurent Bisault, attaché de l’Insee détaché au ministère de l’Agriculture et responsable d’une publication, Agreste Primeur, témoigne. “Il y a quinze ans, lorsque je publiais une étude, je l’envoyais à l’imprimeur en même temps qu’au cabinet du ministre. Par la suite, je l’ai d’abord adressée au cabinet, pour information… puis pour validation.”

La rétention de l’information est une stratégie comme une autre.

Les citoyens ont le droit d’être informés. Tous n’ont pas le temps d’aller puiser dans diverses sources plus ou moins confidentielles et/ou de faire des recherches approfondies. Ils n’en ont sans doute pas moins l’intuition que les chiffres et les affirmations du pouvoir ou du patronat sont loin d’être conformes à la réalité qu’ils vivent au quotidien.

La véritable démocratie commande que les citoyens soient réellement éclairés sur tous les aspects de la vie politique, sociale et économique. Sinon, leurs choix sont biaisés.

Il me semble plutôt plaisant que cette question de «transparence» et de vérité des données soit mise sur le tapis à quelques semaines des élections européennes. Qu’elle fût des plus gênantes pour Sarkozy & Consorts est une évidence…


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