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Rock et littérature, rencontres à Deauville

Publié le 04 mai 2009 par Castor

Le salon « livres & musique » a pour thème « rock et littérature ». D’emblée, on est frappé par le thème abordé, les invités et le lieu de ces rencontres. Deauville, ville rock ? Pas vraiment. Sur les planches, on peut croiser quelques dandys au look savamment étudié mais l’esprit rock a déserté les lieux. Reste quelques bonnes pages et leurs auteurs. Et le public qui répond présent puisque ce sont 8 000 visiteurs (contre 6000 l’année dernière) qui ont poussé ce que l’on peut appeler, le temps d’un week-end, la plus grande bibliothèque rock de France.

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Très sollicité dans les conférences du dimanche, Patrick Eudeline, impérial derrière ses lunettes noires, cigarette à la main et veste noire, souligne qu’il a joué à Deauville à l’époque de son groupe Asphalt Jungle, en pleine explosion punk.
Il précise que le punk rock, c’était les New-York Dolls, Marc Bollan, des groupes comme le Velvet qui le fascinaient. C’était différent . Parmi ses souvenirs, en 1973, « je me baladais dans la rue en blouson de cuir avec lunettes noires, tu te faisais emmerder et traiter de nazi. C’était de ce niveau là. Simplement, parce que tu étais habillé en cuir noir. C’était la fin du trip hippie.
Les gens qui ont fait le punk rock à Londres, les Clash, les Pistols, Génération X et tout ça correspondaient à notre génération, on avait tous le même âge. On avait raté la grande révolution des années 60, nous étions arrivés juste après.
Ensuite les Metal Urbain, Asphalt Jungle, Stinky Toys, c’est vraiment la même bande. C’était une des premières fois où ça se passait en même temps à Paris et à Londres. Marc Zermati, on doit lui reconnaître ça, avait créé le pivot de toute cette génération avec l’Open market.
Quand j’ai commencé à écrire en 1973, le mot punk était utilisé à toutes les sauces. On le mettait dans l’attitude, dans le rock’n roll et tout ça. Dès 1975, je m’en souviens, avec Kent, on disait le mot punk, c’est un mot de l’année dernière. Et puis, le mot est revenu 2 ans après et là, ça a vraiment explosé. On s’est tout pris dans la gueule et ce fut une divine surprise. L’explosion du punk rock, c’était comme un pétard mouillé qui met longtemps à exploser en fait. Les prémices, c’était 1973 ».
Selon P. Mikaïloff, « en 1977, le punk, c’était déjà presque « débranché ». On raconte que les hippies se coupaient les cheveux et s’inscrivaient sur leur t-shirt le mot punk. A Mont de Marsan, en 1976, on raconte qu’il y avait plein de gens sur les trottoirs. C’étaient des hippies qui s’étaient coupés les cheveux. Ils avaient acheté tous les ciseaux de la ville de Mont de Marsan pour se couper les cheveux avant d’entrer dans le festival. C’était donc un truc qui devenait très populaire en 1976, 1977. »
P. Eudeline intervient pour signaler « les cheveux longs, c’était un truc important. C’était un truc violent, un signe de reconnaissance évident. Un mec qui avait les cheveux longs, on savait que c’était avant tout un copain. A partir de 1974, même les types qui travaillaient à la poste avaient les cheveux longs alors qu’avant, tu te faisais virer. Finies les pattes d’eph. On remettait les baskets, utilisait les codes rock des années 50, les perfecto. Et tu te faisais taper la gueule, on te traitait de PD ou de je ne sais quoi, ou de fasciste. D’ailleurs, les concerts, c’était des bains de sang. Lors des tournées qu’on a fait en 1977, il n’y a pas un concert où ça ne s’est pas fini par des bagarres. J’ai vécu trois séjours à l’hôpital en un an et demi parce que c’était des bagarres tous les jours ! On ne pouvait pas sortir seul. C’était hors de question. Lorsque ce n’était pas des hippies, tout le monde en avait après nous. C’était vraiment violent et sauvage. Mais la vie est violente. C’est un vieux débat politique, tu vois. Est-ce que la révolution doit être violente ?
Le débat, c’est aussi : est-ce qu’il faut échapper aux choses, rêver ou au contraire, mettre la tête dedans. C’est le débat entre Montesquieu et Alembert. L’art est-il fait pour faire rêver et échapper à la réalité ou est-il fait pour te faire prendre conscience des choses ? C’est un exorcisme, une catharsis (NDR : représentation dramatique antique destinée à purifier les spectateurs ou en psychologie, une méthode de traitement fondée sur la décharge émotionnelle résultant du sentiment de revivre des événements traumatiques).
Il n’y a pas eu une génération spontanée de génies qui ont eu 20 ans en 66 et depuis, il n’y a plus personne. Les gens sont là. Mais le système est tellement coercitif, tellement fermé … On vit dans une période de rock non fumeur ! C’est un drôle de concept. Le public est là mais le système ne permet pas d’exploser.
Il ne suffit pas de critiquer bêtement sur Internet (« les majors se gavent … ») mais il convient de réfléchir sur le pouvoir de Google. Peut-être que cela n’a rien à voir. Mais tu ne peux pas faire la révolution seul dans ton coin en surfant dans ta chambre. Ça ne fonctionne pas. Il faut t’en donner les moyens. Il faut le faire sur une scène et après, c’est le monde autour de toi qui changera. Ça passe par la radio, ça passe par le pouvoir. Déjà en 1977, ce qu’on appelle l’underground rêvait de gloire. Si les Beatles, Bob Dylan et les Stones ont changé le monde, c’est aussi parce qu’ils sont passés à la radio. On est dans un système que tu peux pervertir que de l’intérieur.
A l’époque quand Pathé Marconi est venu me voir, j’ai dit : on y va, bien sûr. Plus ça marchait, plus on était content.
Les gamins qui forment des groupes aujourd’hui, ceux qu’on appelait les baby rockeurs, au début, c’était les meilleurs amis du monde et évidemment après, ça devient difficile. C’est la vie.
A propos des Sex Pistols, c’était juste avant que Johnny Rotten arrive. Malcom leur a donné 3 t-shirts et leur a fait payer les autres C’était culotté ! L’autre a piqué un perfecto dans la boutique de Macolm. Celui-ci voulait être le chanteur du groupe. Il se sentait déjà trop vieux et il n’avait jamais vraiment travaillé ça.
Et aujourd’hui, qu’est-ce qui est rock ?
Ce qui est important, c’est la force intérieure. La force artistique comme chez les surréalistes ou les écrivains et poètes décadents du siècle dernier. Baudelaire n’était pas rock car le rock n’existait pas. Ça n’empêche que c’est le plus grand poète français.
Si l’on partage pour beaucoup, les mêmes influences, celles qui ont marqué beaucoup de gens, je crois qu’il faut se méfier des clichés. Je crois être plus influencé par Huysmans que par n’importe qui finalement.
Qu’est-ce qu’une écriture rock ? Quand est-ce qu’un livre est rock ?
C’est une question qui me gonfle. Le mot rock me fait penser à des trucs comme Metallica qui n’ont rien à voir avec ça. Je me sens plus d’affinités avec Michel Delpech qu’avec du n’importe quoi qui se prétend rock et porte du pantacourt.


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