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Puisaye, Auxerrois, Gâtinais et Pays d'Othe

Publié le 22 mai 2009 par Jlhuss

… La rando Carte IGN 2619 O

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Rappel de la règle du jeu: L’itinéraire est une boucle. Il peut être reconstitué sur la carte titre à l’aide des nombreux indices semés dans le texte. À l’exception des hameaux comptants, au plus, dix maisons, aucun nom de ville, village ou bourg n’est cité.

L’hirondelle est de retour, le merle moqueur guette les premières cerises et, malgré les dépressions d’origine océanique, le randonneur peut envisager de pique-niquer les fesses et les pieds aux secs. En avant donc pour une ballade dans cette partie du désert français où Puisaye, Auxerrois, Gâtinais et Pays d’Othe se mélangent dans un fouillis de champs, de bois et de prairies avec, en prime, la surprise d’un vignoble tout juste renaissant.

Le village de départ a planté son clocher, au beau milieu du pli le plus au sud de la carte, par 47°53′ de latitude nord et 3°20′ de longitude. On s’y gare facilement à l’ombre des tilleuls (ou des platanes, ma mémoire est infidèle) de l’unique place où, dans l’herbe plus ou moins récemment tondue, des enfants disputent de fabuleuses parties de foot.

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Par la venelle qui court entre les bâtiments d’une exploitation viticole très artisanale, des jardins et des longères plus ou moins retapées, on gagne une rue qu’on prend sur la gauche. Par là on atteint la petite route qui monte vers le réservoir municipal et le Mont Egly (239 m au-dessus du niveau de la mer).

Le chemin grimpe solidement (mais pas très longtemps) entre forêt et campagne. Si le temps est clair, le randonneur verra, sur sa droite, les champs étendre leurs camaïeux de vert et de jaunes des lieux-dits l’Epine aux Prêtres et le Moulin Brûlé jusqu’aux buttes jumelles du Gros Mont et du Montholon. Une fois sur la crête, il faut s’engager résolument sur la droite dans le bon chemin qui file plein est à travers bois. A la saison, les amateurs de champignons ouvriront un œil. L’endroit peut leur réserver de belles surprises. Reste que même si morilles, girolles, cèpes ou craterelles sont aux abonnés absents, ce passage en sous-bois reste un plaisir. Il débouche assez vite  en lisière. Rien d’étonnant si une paire de chevreuils s’enfuit en bondissant  vers la Prée Murée qui aligne ses taillis de l’autre côté des champs ou si l’on entend grogner un sanglier en route pour sa bauge. Pas de panique ! Des postes d’affût des chasseurs locaux offrent, en cas de besoin (une chance sur des milliasses), de sûrs refuges

Pas de bête noire ?  Suivez la lisière à main droite, jusqu’à trouver un chemin d’exploitation qui, à votre gauche, file à travers champs jusqu’au mince hameau de Couilly. A partir de là, toujours en direction de l’Est, il faut marcher sur la petite route qui, par les Bertrands, conduit à la corne du bois des Vaux.

Un chemin dévale sur la droite jusqu’au ru de Bellefontaine. Prenez le et, une fois franchi le filet d’eau, montez tout droit jusqu’aux Jouards qui entassent leurs maisons au pied du Château d’eau du bourg voisin. Continuez, ensuite, jusqu’aux Goubillons où une pelouse tondue au millimètre, des massifs de vivaces, vierges de toute mauvaise herbe, quelques éléments de décoration artistement disposés et les volets clos annoncent, sans doute possible, que le lieu est régulièrement occupé par un résident secondaire soucieux de la qualité de son environnement.

On laisse sur sa droite ce bel exemple de réhabilitation « Côté Bourgogne » et l’on gagne le carrefour de la chapelle. Ce bâtiment a disparu. Il n’en reste, à l’abri de lilas jamais taillés et de ronces en pleine croissance, qu’une stèle qui rappelle au souvenir du passant curieux la mémoire d’un notable du XIX° siècle.

De là un chemin s’en va tout droit, Nord Nord Est vers le Bois des Ventes et les Coudroits. Au passage, on aura un regard admiratif pour la ferme de Marchais-Linois qui dresse son solide quadrilatère de forteresse paysanne à quelques centaines de mètres sur la droite.

A la sortie des Coudroits on prend sur la droite un chemin qui, entre deux propriétés descend vers une petite vallée. A mi-côte, il se noie dans une piste venant de la forêt d’Argent. On part alors à gauche jusqu’à atteindre, au bas de la vallée d’Auxerre, le hameau de Preux dont, entre murailles et rideau d’arbres, on peut tout juste deviner le château.

Ne reste plus qu’à longer l’autoroute du soleil jusqu’à un modeste village. On traverse son unique rue sans grand risque, la circulation y variant de rien à pas grand-chose. Un passage souterrain permet aux troupeaux, au gros gibier et aux randonneurs de passer de l’autre côté de l’autoroute. Presque immédiatement on s’engage, sur la gauche, dans le petit chemin très herbu et très charmant qui s’en va, par la vallée d’Arquebise jusqu’au Petit Bailly.

Ici, il y a quarante ans, chaque ferme, ou presque, avait sa mare et son chien. Le nombre des quadrupèdes s’est considérablement réduit ce qui est heureux pour nos mollets. Quant aux mares, entre roseaux, algues et branches mortes, elles disparaissent petit à petit au grand désespoir des batraciens et de tous ceux que bouleverse le reflet de la lune sur l’obscur miroir d’une eau dormante.

Entre les champs du Fourneau et du Marchais Noir, un chemin conduit tout droit jusqu’au point le plus au nord de la ballade. Là, une piste se dirige vers le Sud Ouest et le petit hameau de La Motte qu’on traverse en lorgnant, à droite sur des chambres d’hôte et, à gauche, sur un petit étang qui pourrait tout aussi bien, être une grande mare.

La piste devenue route coupe la Départementale 943 (déjà franchie avant d’arriver au Petit Bailly). Elle se poursuit sous la forme d’un chemin forestier et descend raide jusqu’au vallon au fond duquel dort ce qui reste de la Chartreuse de Val-Profonde.

Montez sur le versant qui vous fait face et installez-vous en lisière car, si vous êtes partis entre huit et neuf heures du matin, il est temps de vous arrêter pour reprendre des forces. Chacun aura composé, selon ses ressources et son imagination, un pique-nique à la fois roboratif et savoureux. En dépit du voisinage de la chartreuse sur laquelle vous avez une vue à la fois plongeante et imprenable, rien ne vous oblige à imiter l’austérité des disciples de Saint Bruno. De solides et savoureux sandwichs, faisant appel aux multiples ressources de la charcuterie locale, une salade mixte transportée dans un récipient ad hoc (c’est-à-dire rigoureusement hermétique), une belle tartine de fromage, quelques poignées de cerises, le tout arrosé d’eau fraîche et pure et d’un verre d’aligoté (ces deux boissons transportées dans des bouteilles thermos où elles seront à l’abri de la chaleur du jour) et voilà de quoi dérider le plus grognon des misanthropes. Pour terminer, faites la surprise à vos compagnons, si vous en avez, d’un digestif en accord avec le lieu, en leur offrant un morceau de sucre de canne imbibé de trois gouttes de l’élixir végétal de la Grande Chartreuse. Ces trois gouttes ne sont pas là par avarice mais sur la recommandation expresse des producteurs de cette boisson miraculeuse qui titre quand même ses soixante-dix degrés. Si vous êtes seul, que cela ne vous empêche pas de consommer vous aussi, avec la révérence qui convient, ce reconstituant souverain contre les jambes en coton et le moral en berne.

Vous voilà prêt à repartir. Le jarret ferme, l’œil vif et l’âme en fête, vous rejoignez l’endroit où le chemin privé qui passe devant la chartreuse s’enfonce dans le bois de Charmoi où se cachent, du côté de la Sauverie, les ruines d’un donjon que je n’ai jamais pu retrouver.

Un bon kilomètre de forêt et la vallée du Valentois vous offre une belle échappée sur la vallée de l’Yonne et ses coteaux, que coiffe la masse sombre de la forêt d’Othe. Tout de suite avant que le chemin que vous suiviez jusqu’ici ne rentre dans le bois, il faut prendre à droite celui qui mène au hameau de Bel Air (c’est plat et parfait pour accompagner la digestion heureuse du pique-nique de tout à l’heure).  Deux cents mètres après les maisons, revoilà le paysage du matin. Vu sous un autre angle, il mérite quelques minutes d’arrêt et d’admiration.

Ici s’impose un petit « hors sentier », très facile d’ailleurs. Il suffit de suivre la pente et le bord des vignes pour arriver au petit chemin qui vous permettra de rejoindre rapidement la départementale 67. Traversez la et, continuez dans la direction de l’ouest, pour rejoindre en moins de cinq cents mètres, la belle piste qui s’en va  droit vers le sud en direction de l’autoroute qu’on franchit en suivant la départementale 178.

Deux kilomètres de goudron et revoilà la piste de tout à l’heure. Elle vous mènera jusqu’aux premières maisons du village que vous avez quitté ce matin. Là, pour rejoindre votre point de départ, vous choisirez celle des rues vers laquelle vous mènent le temps, votre humeur et la douceur des choses. Toutes ont leur charme et, si vous avez autant de chance qu’une de mes amies, peut-être y ferez-vous la découverte qui ajoutera, au bonheur de la journée le plaisir de l’inattendu.

Chambolle

NB Ce parcours, à effectuer hors période de chasse, convient également aux marcheurs et aux vététistes.


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