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La mondialisation de gauche

Publié le 23 septembre 2007 par Argoul

France loves Administration and nothing can be done without an official Report. The last one is on ‘globalization’. It is rather eccentric that it has been written by a Left wing member but asked by a new elected Right wing President. Is France nowadays changing? It could be. Mr Védrine asks for more realism in the globalization approach : be no more moralist but rather pragmatic. The assets of France are well known, why not to work them ? For that purpose, a politics is needed, a clear objective for people, with aid when necessary.

J’aime bien Hubert Védrine : c’est un réaliste, un homme qui analyse plutôt que de grimper de suite aux rideaux de LâMôrrrâlll. Et pourtant, ce lubrifiant de moraline est tellement à la mode à gauche - celle qui n’a rien à dire, au fond, et qui se réfugie ainsi dans « le discours ». Refuge confortable du quant à soi idéal, d’où faire la leçon aux autres en restant protégé par son statut, empli du contentement de la « pose » théâtrale. Védrine, fils spirituel de Mitterrand qui l’a connu tout petit, est anti-idéaliste, anti-bouffons, un membre de la seule gauche apte à gouverner à l’image de ses consœurs européennes. Il a décapé en lui toute trace de romantisme de barricades et toute trace d’autoritarisme popu style stalinien – ces deux attitudes qui plombent « la gauche » depuis des décennies.

Il a donc dirigé une commission, à la demande du nouveau Président de la République, et rendu début septembre son « Rapport sur la France et la mondialisation ». Peu de blogs en ont rendu compte, par indifférence ou flemme. Et ils se disent « citoyens » !…

Ce n’est pas nouveau, cela reste « l’exception française » un peu partout : la méfiance règne. Certes, la perte de statut historique, un temps masqué par le discours gaullien, y est pour quelque chose. Mais c’est surtout le sentiment d’immobilisme politique et social depuis 20 ans qui engendre cette méfiance envers l’ouverture accélérée du monde : le train passe et les franchouillards restent à ruminer leurs envies, tels des Bové anti-progrès. Védrine cite une enquête IFOP 2007 où 84% des Français estiment que le pays peut rattraper son retard « si des réformes importantes sont engagées ». Oh, certes, les Français ne sont pas les seuls à voir dans ‘la mondialisation’ des inconvénients – mais le terme de ‘mondialisation’ n’a certainement pas le même sens en américain et en français ! Pour les Etats-Unis, il s’agit de l’ingérence du terrorisme, de l’envolée du pétrole, de la concurrence des produits chinois. Pour la France, il s’agit des délocalisations, de l’hégémonie de la finance dans les entreprises, de la ‘marchandisation’ des relations.

Védrine explique la méfiance française surtout par un « manque de confiance » en soi. Révérence envers l’Etat-papa et au « tout-politique », ce volontarisme sensé tout pouvoir depuis Bonaparte ; délitement du parler français hors de l’Hexagone ; « jalousie envers ce qui est perçu comme une américanisation » ; « répugnance morale persistante » envers marché et profit qui discriminent et différencient, alors que l’imprégnation « catholique et marxiste » enjoint l’égalité de tous devant Dieu-papa ou le regard envieux des autres ; « la crainte de l’avenir et la perte de confiance dans le progrès » - malgré les Lumières et après la chute de l’eschatologie communiste. La « menace écologique » apparaît ainsi comme une Grande Terreur ou un châtiment divin que seule le mea culpa du « principe de précaution » peut éventuellement retarder. Conclusion : « le débat en France sur la mondialisation frappe par son caractère théorique sans rapport avec les réalités » ; et cela parce que seulement « la moitié des sondés déclare “comprendre” l’économie » !

Il y a donc guerre de religion entre :

  1. les « pro » mondialisation, qui n’y voient que des avantages et considèrent une quelconque régulation comme insupportable et la solidarité comme une figure de rhétorique. On trouve ces cléricaux chez les « chefs d’entreprise, le patronat, une grande partie des économistes et des médias » ;

  1. et les « anti », tout aussi bornés, qui n’y voient que des inconvénients et rêvent soit de se retirer de l’histoire, soit d’imposer aux pays émergent une régulation-bien-de-chez-nous… Les cléricaux de ce courant se trouvent chez « les “alter”, la plupart des écologistes et la gauche de la gauche ».

Védrine note en passant un thème qui me tient à cœur sur ce blog : « quel dommage que le beau mot de “libéral” passe pour négatif ! » Eh oui, « libéral » signifie « qui laisse libre », au contraire de tous ceux qui veulent imposer, considérant qu’ils savent mieux que vous ce qu’il vous faut. Etre libéral, c’est être responsable. L’inverse, c’est vouloir l’infantilisation, par peur des libertés (et goût de garder pour soi le pouvoir).

« Ce schématisme binaire, politique et social, enkysté, cette opinion divisée, ne servent pas nos intérêts. Parce que nous ne reconnaissons pas explicitement l’économie globale de marché comme un fait, nous sommes moins efficaces pour en tirer parti et moins convaincants pour trouver des alliés et des partenaires en Europe et ailleurs pour en corriger les défauts. »

Dès lors, chto dielat ? (titre d’une célèbre brochure de Lénine : ‘Que faire ?’)

  1. « Ce consensus souhaitable n’est atteignable que si cette policy mix (mesures coordonnées) est présentée et expliquée comme un ensemble cohérent et que chacun de ses volets est assumé comme indispensable et légitime, y compris les politiques de protection et de solidarité. »

  2. « Le but à atteindre est que les Français se convainquent que la France sait quoi faire et comment faire non plus face à la mondialisation mais dans la mondialisation. »

  3. « Préalable (…): être conscients de nos atouts (…) et les valoriser. »

Les handicaps « tournent tous autour de la rigidité et de notre économie, de son manque de réactivité, du décrochage de notre système de formation et du manque d’investissement pour l’avenir. Tout le reste en découle. » De plus, la France a des dépenses sociales particulièrement inefficaces contre la pauvreté, en raison du « ”poids et de l’inefficacité financière de la sphère publique” (Camdessus). »

Les atouts sont que la France, avec 1% seulement de la population mondiale, reste encore la 5ème puissance économique mondiale, avec (mais pour ceux qui travaillent seulement) une productivité par tête élevée et 39 entreprises françaises sur les 500 premières du classement ‘Fortune’. Une « position de premier pays au monde pour le tourisme, l’attractivité de son territoire (beauté, diversité, accessibilité, réseaux, infrastructures) atout très important à l’heure où ce sont les entreprises globales qui mettent en concurrence des territoires. » Une langue, une culture, un savoir-faire juridique, un potentiel agricole, une capacité d’influence militaire et diplomatique.

Stratégie à suivre :

  1. « Valoriser nos atouts et libérer les énergies tout en essayant de corriger les mécanismes. » Exemples : faire profiter les consommateurs des baisses de prix ; accroître la capacité exportatrice de la France notamment en confortant les PME ; conserver la qualité de ses infrastructures et services (le plus souvent d’Etat) ; exploiter l’image culturelle du pays, notamment en faisant « de Roissy la première vitrine d’accueil des étrangers » ; mettre à niveau l’éducation, notamment supérieure, et développer très tôt l’apprentissage des langues étrangères ; renforcer nos pôles d’excellence, en se situant dans la nouvelle perspective ‘durable’.

  1. « Ne pas hésiter à nous protéger quand il le faut. » « D’abord des protections contre les pratiques commerciales ou capitalistes déloyales, les ententes, les cartels, l’absence de transparence financière ou sur les actionnaires, l’impossibilité de la réciprocité, le non respect des engagements, etc. ». « La détermination et la protection de secteurs dits stratégiques” ou de “souveraineté”. »

  1. « Réguler la mondialisation. » Notamment les excès de la titrisation, illustrés par la crise des ‘subprime’ américains l’été dernier. Pour cela il faut élargir le Conseil de sécurité de l’ONU comme le G8. Sans exiger des institutions internationales qu’elles composent un utopique « gouvernement global » - elles ne sont pas créées pour ça. « Il faut donc ne plus penser au multilatéralisme comme à une panacée, un substitut à la volonté et à la responsabilité de chaque gouvernement mais agir, à l’intérieur du système multilatéral, ou dans le cadre de négociations intergouvernementales ad hoc pour exercer une action régulatrice. »

  1. « Il faut absolument aussi des politiques de solidarité ciblées au bénéfice des victimes directes de la mondialisation, aux niveaux européen, national ou régional, plus généreuses, plus volontaristes, plus rapides. »

  1. Presser l’Union européenne : « Les Européens, et la Commission, ont eu en effet ces vingt dernières années une attitude trop ingénue. Ils ont trop cru qu’ils vivaient déjà dans une “communauté internationale” consensuelle et post-tragique, que le “doux commerce” allait dissoudre tous les conflits et nos normes étendre notre système. Ce n’est pas le cas. »

« Il ne s’agit pas de tout faire, mais de ne pas céder à la lassitude historique d’être nous-mêmes, et d’être cohérents. » En bref, cesser d’être infantiles en regardant l’avenir dans le rétroviseur et donner l’exemple à nos adolescents en prenant nos responsabilités dans le monde qui change – et qui continuera de toutes façons de changer, avec ou sans nous ! 

Références :

Le Rapport Védrine consultable par tous

Le blog dévoué à Ségolène Désirs d’avenir

Le blog d’Aiglon, socialiste et démocrate

Le blog de Nacène, vivant en Chine

Le blog Social-démocratie dans le 06

Comme on le voit, aucun “blogo-gouverneur”… trop pris par leurs querelles de clochers, peut-être.

Et “zéro résultat” sur AgoraVox si l’on recherche “rapport Védrine” !

La “mondialisation” reste-telle un tabou à gauche quand on la traite de façon réaliste ?


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