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Contribution logement pour la soirée organisée par la CNL Champigny Chennevières

Publié le 26 juin 2009 par Glaco

La crise du logement qui sévit et s’accentue depuis déjà quelques années en France met en cause directement les choix de société et les politiques menées depuis des décennies. Le chiffre, émanant du Haut Commissaire à la solidarité, de 800 000 logements sociaux manquants en France en dit long sur notre déficit d’offres locatives sociales. Le désengagement de l’état à travers la baisse du financement des logements locatifs sociaux (78 000 PLUS et PLA-I contre 100 000 en 2008), la baisse de la subvention unitaire ainsi que la suppression des crédits Palulos pour la réhabilitation ne fera qu’accentuer cette situation.

Un parc HML saturé

D’autant que la demande globale de logements ne cesse d’augmenter. Cela est dû, pour partie, à une mutation de notre société où le nombre de personnes vivants seules par choix, suite à un divorce ou à une séparation est beaucoup plus important que par le passé. La flambée des prix de l’immobilier dissuade les ménages d’accéder à la propriété et les maintiens dans le secteur locatif social. Aujourd’hui, en Ile-de-France, seul 1 ménage sur 5 vit dans son logement social depuis moins de 3 ans. Le turn-over est paralysé. Le parc HLM est saturé et les personnes aux revenus les plus modestes restent aux portes du logement social. Sans pouvoir trouver d’offres adaptées à leur situation dans le secteur privé, ces personnes sont ainsi précarisées encore d’avantage.

Des erreurs à ne plus commettre

Durant les années 60/70, pour répondre à des problèmes de salubrité et de logements des Français, des choix d’urbanismes mal maîtrisées, en fait une interprétation hasardeuse des concepts de Le Corbusier, ont conduit à construire de grands ensembles déshumanisés à l’extérieur des villes. Concentrant les problématiques sociales, ces quartiers sont devenus, aujourd’hui, de véritables ghettos en rupture avec la république. L’un des phénomènes les plus marquants est que la jeunesse de ces quartiers est exclue et s’exclue de la citoyenneté. Désabusée elle est en proie au désarroi qui se traduit sporadiquement par de la violence car elle a du mal à se situer dans notre société. Sans parler des origines ethniques, le simple fait de renseigner son adresse sur un CV fait fuir les employeurs. C’est dire à quel point, les choix urbanistiques sont cruciaux pour le devenir de notre société.

Une mixité sociale indispensable

La mixité sociale indispensable à la cohésion de notre société est une priorité à respecter impérativement lorsque l’on établit de nouveaux programmes immobiliers. Il ne s’agit pas, à l’instar du Baron Haussmann, de loger des employés sous les combles mais bel et bien d’imposer au cœur de copropriétés du logement social. La loi SRU, allègrement bafouée par certaines communes y compris dans notre département, insistait sur le caractère d’intérêt général que représentent le logement social et la mixité sociale. Malheureusement, les sanctions financières ne semblent pas être suffisamment dissuasives face aux Maires récalcitrants. Certes, la spéculation immobilière a rendu l’achat de terrains difficiles pour les bailleurs sociaux, certes la concentration urbaine ne laisse que peu de place pour de nouvelles constructions mais avant tout cela reste une volonté des élus qui ne souhaitent pas mettre en dangers leur réélections et perdre une partie de leur électorat en s’engageant résolument pour le logement social.

La mixité sociale c’est aussi l’interrogation que l’on doit avoir par rapport à la résolution du problème des « quartiers » comme l’on dit pudiquement. Comment se satisfaire de la destruction de tours ou autres barres lorsque l’on connaît la crise du logement actuelle. Comment laisser en l’état ces parcs de logements sociaux, véritables bombes à retardement. Créer de la mixité sociale, cela peut passer par la vente de certains logements et établir des copropriétés de fait au cœur de ces quartiers aussi. Bien évidemment, cela ne peut dédouaner de l’effort de construction de nouveaux logements qui doivent s’ajouter à ceux construits en remplacement des biens locatifs vendus. Une règle simple devrait être établie : Pour 1 appartement vendu, 1 appartement construit en plus de réels programmes de constructions ne nouveaux logements supplémentaires (les 800 000 manquants).

La mixité sociale c’est aussi la diversité des offres locatives du secteur social. Au-delà des offres de logements sociaux, nous avons aussi besoin d’élargir les offres de logements intermédiaires car les personnes dépassant le seuil de revenus pour l’obtention d’une HML, tout en ayant des revenus insuffisants pour convaincre des propriétaires privés de leur proposer une location, peuvent rester très longtemps dans des difficultés de logement. Les jeunes par exemple se trouvent très souvent dans cette situation et sont contraints de vivre chez leurs parents pendant des années avant de trouver leur autonomie.

Le cas Adoma et la fausse solution du village de l’espoir

Que veulent-ils ? Des logements, donnez-leurs des bungalows, pour paraphraser une citation attribuée à Marie-Antoinette.

Pour répondre à la situation dramatique de milliers de mal logés, d’une part et d’autre part, pour sortir du piège de la loi DALO, le gouvernement a choisi une solution peu onéreuse et rapide. Construire des sortes de camps de réfugiés améliorés où seront logés dans des habitations de types bungalows des personnes qui actuellement sont hébergés dans des hôtels sociaux (souvent insalubres, il est vrai) pour la plupart. D’une pierre 2 coups, une réduction des coûts de l’hébergement pris en charge par l’état assortie d’une soit disant réponse aux besoins de logements. Peu à peu, l’état tente d’installer un parcours résidentiel qui passerait par la case bungalow, puis par l’accession à un véritable logement social. Belle perspective pour la jeunesse. En plus des interrogations sur la dignité de l’accueil que cette solution propose, il y a aussi un aspect concernant l’organisation sur le plan communal qui pose problèmes.

Sur la dignité.
Comment penser que des personnes qui seraient accueillis pour quelques mois, dans un lieu fait de constructions temporaires qui vont forcément mal vieillir, concentrées dans une zone grillagée sans aucune intégration dans le tissu urbain, ne soient pas stigmatisées par la population. Comment accepter qu’au détriment d’autres solutions plus durables, l’état se dédouane de son devoir, en construisant au rabais des logements pour les pauvres. Face à l’urgence, les réquisitions d’immeubles vides, comme l’autorise l’ordonnance de 1945, notamment ceux appartenant à l’état ou bien aux collectivités locales, nous semble une réponse bien plus efficace et digne pour mettre fin à l’errance de famille de plus en plus marginalisées.

Sur les problèmes d’organisation
Ces villages d’un nouveau type proposent d’accueillir en priorité des travailleurs pauvres en attente de logement pour quelques mois (de 3 à 6 mois). Les familles avec enfants seront prioritaires. Imaginons les problèmes que cela entraînent pour l’accueil de ces enfants dans les écoles en cours d’année scolaire. Le travail des enseignants sera mis à rudes épreuves. Une arrivée, au gré à gré, de nouveaux enfants tout au long de l’année implique qu’aucune stabilité dans les effectifs ne peut être projetée, qu’aucun suivi de ses enfants sur du moyen terme ne peut être envisagé, qu’aucune intégration réelle de ses enfants dans la classe ne sera possible. De quoi démobiliser les plus motivés du corps enseignant. Pour les structures sociaux-culturelles municipales, il en va de même (crèches, centres aérés, centre social, CCAS, etc.). Il semble que cet aspect n’est pas été pris en compte par les tenants de cette solution.

Conclusion

L’emploi et le logement sont centraux dans notre société car ils affectent directement la dignité humaine. Les personnes sans emploi et/ou sans logement, subissent une exclusion de la société qui les atteint au plus profond de leur être. Ces personnes sont reléguées dans une sphère sociale mal définie et considérés comme assistés. Bien sûr, on leur manifeste de la compassion mais en même temps, on peut parfois être enclin à les « infantiliser », au regard de leur incapacité supposée à acquérir une autonomie. Pourtant, c’est notre société, nos choix politiques et économiques qui ont créé ces situations de chômage de masse et de crise du logement. C’est notre modèle de société qui en permettant une spéculation immobilière incontrôlée a exclu toute une catégorie de la population du centre des villes et a rendu l’achat de terrain tellement onéreux que les bailleurs sociaux hésitent à investir pour construire les logements dont nous avons cruellement besoin. Ainsi le logement est devenu pour les familles les plus modestes, le poste le plus important de leur budget (24,8% de leur consommation). Alors oui, le logement comme l’emploi, sont des sujets fondamentaux qui devraient être au centre des préoccupations de tous.


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